P.Factory, les startups et l'épineux financement de l'amorçage

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(Crédits : iStock)
Installé à Marseille et Nice, l'accélérateur œuvre depuis 5 ans sur le territoire régional. Une ancienneté qui lui permet de mieux mesurer la profondeur du marché et – évidemment – de pointer là où ça fait mal, très mal : la recherche de fonds pour encourager les premiers pas prometteurs. Un manque prégnant qu'il serait de bon ton de ne pas prendre à la légère. Car il en va de la diversité et de la bonne santé du tissu économique, pas seulement à court, mais au-delà.

1 et 5 sont, d'une certaine façon, en ce début d'année, les deux chiffres porte-bonheur de P.Factory. 1, comme le million investi au total dans les startups, depuis 2014. 5, comme donc le nombre d'années passées depuis la création de l'accélérateur par Patrick Siri et Bertrand Bigay. Deux pilotes dans un avion de chasse qui protège jalousement ses pépites des influences extérieures et qui leur enseigne une valeur cardinale : produire du chiffre d'affaires. C'est-à-dire avoir des clients.

Moins mais pas mieux

Une orientation qui pourrait paraître une lapalissade. Sauf que pas du tout. Si désormais on assiste à une retombée de soufflé, force est bien de se rappeler qu'il y a encore quelques mois, la startup innovante était devenu une sorte de gimmick et que toutes les idées transformées en entreprises ne présentaient pas forcément le potentiel pour devenir ni PME, ni licorne. Une sorte de bulle startups qui s'est dégonflée - et c'est tant mieux - sans pour autant exploser - et c'est tant mieux aussi. Ce qui vient aussi peut-être du fait que les startups nées il y a dix ans sont aujourd'hui des licornes, Blablacar ou Deezer montrant l'exemple.

Ancré en Provence Alpes Côte d'Azur depuis 2014 donc, d'abord à Marseille avant d'essaimer à Nice, P.Factory a l'ancienneté, le recul et l'expérience. Si son bilan de demie décennie est bon - 56 tours de table réalisés pour 42 entreprises dont 18,2 M€ levés en capital et 26,7 M€ en dette et capital - le constat est à la fois limpide et un peu amer : il devient problématique de trouver un financement en amorçage.

Drame de l'amorçage

Le constat est partagé. Mais Bertrand Bigay pousse la réflexion au-delà. "Dans les premières années, nous investissions 50 000 euros dans les startups que nous financions", rappelle-t-il. L'arrivée au capital de la CDC puis de la Caisse d'Epargne CEPAC a affiné la stratégie qui était désireuse d'investir dans davantage de projets prometteurs. D'où un ticket passé alors à 25 000 euros. Sur l'engouement pour la startup, Bertrand Bigay reconnaît que moins nombreux sont les projets qui se lancent. "Il y a un plus grand réalisme de la part des porteurs de projets". Ce qui pourrait laisser croire à un accès meilleur au financement. Erreur.

Des startups qui sont (quasiment) toutes confrontées au "drame de l'amorçage". Ce petit coup de pouce en espèces sonnantes et trébuchantes qui aide à passer un cap, à financer un prototype, voire une mise sur le marché, bref une aide bienvenue à une étape cruciale pour la jeune entreprise. Mais un financement de plus en plus ardu à obtenir. Par manque de fonds présents en région notamment. Et parce que les fonds exigent souvent un chiffre d'affaires atteignant 1 M€. Ce qui est loin d'être, évidemment le cas de toutes les pépites.

Provence Business Angels (PBA) comme Région Sud Investissement (porté par la Région NDLR) jouent bien leur rôle dit Bertrand Bigay. Mais il ne faut pas oublier que le second intervient toujours en co-investissement. Encore faut-il trouver le co-financeur... Retour à la case départ.

Et les privés ?

Comment sortir du cercle infernal ? "Pourquoi ne pas suggérer aux pouvoirs publics d'inciter les banques et des acteurs privés à créer un fonds d'amorçage privé ?" suggère Bertrand Bigay. Qui poursuit son raisonnement tout prévenant : "Si on ne trouve pas de solution pour financer l'amorçage, le risque est que dans dix ans, il n'y ai plus d'entreprises dans la région". Dix ans étant le temps nécessaire à l'émergence de pépites les plus prometteuses. Quant aux "zinzins", ces investisseurs institutionnels qui ont annoncé mi-janvier débloquer 6 Mds€ pour la French Tech, "nous ne les voyons pas venir en région", souligne Bertrand Bigay. Reste donc à ce qu'une sorte d'alliance public convaincant le privé s'organise. Le plus tôt sera le mieux. Question d'homogénéité du tissu économique, d'emploi, d'économie, d'attractivité. Des arguments assez nombreux pour convaincre...

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