Medef et territoires : la preuve de concept ?

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(Crédits : Charles Platiau)
En mettant en œuvre la stratégie de refonte annoncée avant et après l'élection de son président, le syndicat patronal prend le contrepied de l'Etat et son désir de recentralisation en donnant plus largement la parole aux patrons venus des régions. Une façon de faire remonter ce qui va comme ce qui ne va pas. Une approche "terrain" vouée à faire du bien comme le disent les locaux de l'étape, Jean-Luc Monteil, Yvon Grosso et Philippe Renaudi.

L'Etat recentralise ? Le Medef décentralise. Certes, à sa façon. Avec la méthode de Geoffroy Roux de Bézieux. Il faut dire que les territoires, c'est son sujet. Déjà sous la présidence de Pierre Gattaz, son prédécesseur aux commandes du Medef, l'actuel patron des patrons en avait fait sa spécialité. C'est également sur ce même sujet que le candidat Roux de Bézieux a fait campagne. Et qu'il a été élu. S'il a fallu attendre le temps nécessaire pour passer du programme (et du papier) au concret, c'est désormais chose actée. Et c'est pas simplement pour le plaisir de réformer ou faire joli.

Stratégie d'attractivité

Moins bien perçu par les jeunes générations d'entrepreneurs comme un syndicat capable de s'attacher aux sujets modernes de l'entreprenariat, le Medef devait faire sa mue voire sa révolution afin de demeurer attractif. C'est aussi ce qui a contribué à la création du Comex 40, ce groupe qui réunit 45 jeunes chefs d'entreprises de moins de 40 ans. Mais ceci est un autre sujet. Se rendre attractif donc, ce n'est pas à un patron multi-entrepreneur que l'on va apprendre cette lapalissade. Déjà bien avant le scrutin présidentiel, Geoffroy Roux de Bézieux avait donné ses orientations, dont lors de son entretien avec La Tribune, expliquant pourquoi les territoires sont une force à considérer, car c'est là que naissent et vivent "énormément d'entreprises de qualité, des pépites dans des secteurs très différents. Il existe un sujet sur les villes moyennes, dans un contexte de métropolisation de l'économie. Les grandes entreprises en région créent une dynamique, jouent le rôle de locomotive, entraînent la création d'autres entreprises autour d'elles". Après une Université d'été dépoussiérée et rebaptisée REF (pour Rencontre des entrepreneurs de France), relocalisée à l'Hippodrome de Longchamp et non plus sur le campus d'HEC à Jouy en Josas, sorte de partie visible de l'iceberg, il fallait aussi effectuer le changement sur le papier, comprendre dans l'organisation. Ainsi donc le conseil exécutif se trouve élargi (51 membres contre 45), renouvelé (c'est le cas pour la moitié des membres), féminisé. Et plus près des territoires.

"La France ce n'est pas Paris"

Car cette nouvelle organisation a aussi pour but de favoriser une véritable représentation des différents territoires de l'Hexagone. C'est fait, toutes les régions, Outre-mer y compris, ont une présence au niveau national. Et ça, c'est bien pour "montrer que les territoires aussi peuvent produire des idées intéressantes et inspirer le national", dit Yvon Grosso, le président du Medef Sud, qui sait ce que c'est que de faire "remonter" les infos d'en bas, lui qui s'est déjà plié à l'exercice en tant que président de l'Upe06, lors de deux mandats. "C'est dans les territoires que se posent les vraies questions", poursuit celui qui a succédé à Jean-Luc Monteil à la tête du syndicat patronal régional. "La France ce n'est pas Paris, il existe des spécificités dans les territoires qui ne sont pas forcément perçues depuis la Capitale", renchérit le même Jean-Luc Monteil, désormais vice-président de l'organisation nationale, dont il est donc le n°3. "Nous apportons le regard du chef d'entreprise, le regard issu du terrain", appuie pour sa part Philippe Renaudi, le président de l'Upe06, élu au conseil exécutif et membre du bureau national. Lequel avait déjà tâté de la représentation nationale en étant en charge du sujet mobilité avant la refonte pilotée par Geoffroy Roux de Bézieux.

Les territoires, capteur de réalités terrain

Cette stratégie de donner davantage de place aux régions, au détriment des branches, bouleversant le précédent schéma de représentation est une force pour le syndicat patronal. D'abord parce que l'effet recentralisation impulsé par l'Etat donne l'impression que ce dernier s'éloigne encore plus du terrain, un terrain qui de la Bretagne à la Côte d'Azur n'a ni les mêmes problématiques, ni les mêmes moyens. Et si Philippe Renaudi dit bien que son rôle est "d'apporter le regard issu du terrain", c'est parce que c'est effectivement davantage les particularités des territoires qui doivent être prises en compte, plus que le secteur lui-même. "Le président du syndicat des Travaux Publics, Bruno Cavagné et celui du Bâtiment, Jacques Chanut, sont présents au sein du Medef", explique le président de l'Upe06, à la tête d'une entreprise de TP. "Ce que j'apporte, c'est ma vision de ce qu'il faut pour les entreprises des Alpes-Maritimes. C'est cette remontée "locale" dont le Medef a besoin". "Les territoires servent à alimenter les problématiques qui se présentent dans la vie économique. C'est le territoire qui constitue le premier maillon de la chaîne. Les entreprises implantées en région sont à même d'expliquer l'impact des problématiques normatives, législatives. Il faut savoir écouter la base pour concocter une fiscalité, une législation adaptée", détaille Yvon Grosso. "Cette organisation permet, pourquoi pas, d'échanger entre régions, sur les bonnes pratiques dont on peut s'inspirer". Et puis, "il ne faut pas oublier que les ressources viennent des territoires", ajoute Philippe Renaudi.

Pas que les Métropoles

Des territoires qui ne sont pas que les grandes métropoles. Territoires, cela veut aussi dire ruralité. Un sujet que connaît et maîtrise bien Jean-Luc Monteil. Entrepreneur originaire des Alpes de Haute-Provence, le vice-président du Medef sait sans doute mieux que quiconque que les décisions "d'en haut" ne sont pas forcément les décisions qui sont raccord avec les besoins "d'en bas". Et que sur ce terrain plus rural, tout peut vite être différent. Encore plus quand on est une TPE/PME et que les sujets de mobilité, de taxes et autres tracas qui empêchent d'entreprendre en rond prennent une dimension plus importante lorsque l'environnement n'est ni métropolitain ni celui d'une grande entreprise. "Cette réforme qui donne davantage la parole aux territoires, lui donne aussi un droit de vote renforcé. Nous avons affiné le poids de la gouvernance" dit celui qui représente à la fois la ruralité et la PME (il en dirige plusieurs, basées dans son département d'origine NDLR) qui s'épanouit en dehors de la grande métropole. En faisant en sorte de se départir de son costume de syndicat coincé dans un schéma dépassé, le Medef fait peau neuve. Un élan de modernisation qui peut peut-être aussi aider à modifier l'image de l'entreprise, telle qu'elle est perçue par le citoyen : impersonnelle, membre du CAC 40, multipliant les parachutes dorés... L'effet startup y a, malgré tout, contribué. Mettre en avant la diversité d'origines et de tailles devrait aider à rectifier l'image (d'Epinal). C'est aussi cela qui s'appelle faire la preuve de concept...

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