Pourquoi l'opération séduction du Port de Marseille est la preuve que tout va (plutôt) bien

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(Crédits : Reuters/Jean-Paul Pelissier)
En annonçant un plan d'action ciselé, le Grand port maritime et l'ensemble de la place portuaire jouent une carte maîtresse, celle de l'attractivité. Secondés par la Région, les acteurs portuaires déroulent une stratégie qui, au-delà des raisons qui l'ont créé, montre la force de l'écosystème. Une bonne nouvelle pour l'économie, et pas que maritime.

Le Port de Marseille est-il au bord du gouffre ? Non. Mais les conflits récents ont quelque peu grippé une belle dynamique que les professionnels de l'activité portuaire ne comptent pas laisser s'enrayer.

Evidemment que les grèves récentes n'ont pas fait du bien ni à l'image, ni à l'activité du premier port de France. D'où ce plan d'aide de 5 millions d'euros au total décidé par les acteurs économiques. La Région Provence Alpes Côte d'Azur, en débloquant 3 M€ dans le cadre de son plan "Région Sud Défensif", mouille vraiment le maillot et envoie un signal qui fait du bien aux professionnels du maritime et qui devrait être de nature à rassurer plus largement les clients du GPMM au-delà des frontières régionales et nationales.

Les professionnels du port qui dans un bel élan et tel un seul homme ont donc posé la problématique sur la table et décidé d'un pacte d'engagement où il est question de remises commerciales. Histoire de montrer aux armateurs et aux clients que dans la tempête, le GPMM ni ne plie ni ne rompt. Car, le port affiche de bons résultats pour l'année écoulée. Malgré justement des journées de grève accumulées.

Pas de politique de l'autruche

Ainsi, le trafic global 2019 s'établit à 79 M de tonnes, l'activité conteneurs continuant sa tendance haussière pour la huitième année consécutive enregistrant +4 %, les filières considérées comme diversifiant l'activité, tels le conventionnel, les voitures ou le GNL se comportant de la même manière, le GNL enregistrant même +5 %. Du côté des vracs, charbon et bois destinés à la centrale de Meyreuil sont en chute et les grands industriels de la sidérurgie, comme ArcelorMittal, subissent les effets d'un ralentissement mondial mais les petites vracs, auquel participe l'extension en mer de Monaco (et les granulats nécessaires pour se faire), sont dynamiques. Boom total du côté des céréales qui affichent +34 % alors que les vracs chimiques et alimentaires font +11 %. Ça va bien aussi du côté des croisières, 1,8 million de passagers ayant transité par le port marseillais lequel, au total, a vu 3,1 millions de voyageurs en douze mois.

Sauf qu'entre décembre et février, les grèves ont donné un coup de frein qu'il est de bon ton de ne pas ignorer. La politique de l'autruche ou celle de l'attentisme n'ayant jamais prouvé être une bonne stratégie, le choix de passer à l'offensive commerciale est donc plutôt une réaction et une stratégie saines. Un impact financier de 200 M€, l'activité conteneur qui perd 25 % en début d'année contre l'année précédente... Des éléments suffisamment sérieux pour décider, outre le GPMM, également l'Union Maritime et Fluviale, Via Marseille Fos et le Club de la Croisière Marseille Provence pour se concerter pour dessiner un plan d'actions en commun. Evidemment soutenus par la CCI AMP et le syndicat patronal Upe13.

Travail d'équipe

Un travail d'équipe qui joue aussi dans l'efficacité du plan d'action. Car si le Port a souvent fait parler de lui dans le passé, en jouant collectif, c'est une autre image que les acteurs donnent à voir. Bien sûr, la concurrence est rude. Et tous les coups sont permis. Valence et Gênes sont des concurrents actifs et si grève il n'y avait pas eu, le bilan du GPMM serait encore meilleur, voire exceptionnel. Mais ce bilan est aussi la conséquence positive d'une bonne entente entre les différents acteurs de la place portuaire depuis 8 ans. "Le Grand port maritime revient à son bon niveau", analyse Hervé Martel. Qui sait que sur les activités historiques du port - comme le charbon - on ne peut pas s'attendre à de jours meilleurs. Mais qu'en revanche, en pariant sur les activités de diversification, le port à tout à y gagner. "Dès que la parenthèse grève sera refermée, l'activité va repartir. Ce conflit n'est ni portuaire ni marseillais", insiste le président du directoire qui explique aussi que les heures de débrayage sont connues et que donc les activités se sont adaptées à cette contrainte. Ainsi donc le pacte d'engagement commercial concocté "est un signal pour annoncer la sortie du tunnel. C'est un geste important et symbolique à la fois". Et ce n'est pas tout. "La concurrence se construit aussi par des gestes comme cela. Tous les éléments qui ont conduit à la croissance sont toujours là. Les fondamentaux portuaires n'ont pas été entamés". Mieux, pour Jean-Claude Sarremejeanne, le président de l'Union Maritime et Fluviale (UMF), "nous n'avons jamais vu une telle cohésion de l'ensemble des acteurs du port. Nous avons tous les fondamentaux d'un redémarrage".

Et maintenant ?

Si la grève a forcément impacté les clients du GPMM, elle a tout autant eu des incidences sur les TPE/PME du monde portuaire, principalement celles dont les activités sont le cœur de métier du Grand Port maritime, du pilotage, de la manutention, du lamanage ou de la réparation navale. C'est à elles qu'est dédié le dispositif Région Sud Défensif et les 3 M€ qui y ont été alloués. "13 dossiers ont été déposés, en une dizaine de jours, ce qui correspond à 2 M€ déjà consommés", explique-t-on dans l'entourage de Renaud Muselier. Un président de Région qui n'a jamais été insensible - loin s'en faut - au destin du port et les acteurs de la place portuaire ont été sensibles à son engagement, traduit, entre autres, par une enveloppe non négligeable en monnaie sonnante et trébuchante. Une enveloppe qui pourrait aussi venir en aide, via le million encore à allouer, à d'autres types d'entreprises de la place portuaire. Du côté du Port, son président du directoire compte profiter de l'occasion pour aller à la rencontre des clients. Une tournée de France, d'abord, entre mars et avril, à Bordeaux, Lyon, Paris, Toulouse, Strasbourg et Bordeaux. Puis ensuite, davantage à l'international, auprès des armateurs. "Le business se construit aussi via les relations entre les hommes et les femmes", pointe Hervé Martel. Qui peut compter aussi sur les outils de promotion dont dispose la Région Sud et sur l'intérêt de son président, comme le redit l'entourage de Renaud Muselier. Philippe Zichert, le président de Via Marseille Fos, l'association de promotion de la place portuaire entend de son côté se rapprocher d'AfricaLink, l'association qui réunit les chefs d'entreprises provençaux et africains pour aller chercher en Afrique des relais de croissance, vers les ports avec lesquels des liens plus forts pourraient être noués tout en orientant plus largement son propre plan d'attractivité en fonction des savoir-faire de la place portuaire. Car derrière la grève et les plans d'action il faut surtout voir un GPMM qui tient à conserver sa place de premier port de France et à gagner des parts de marché en Méditerranée comme en Europe. Bref, il ne faudrait pas que l'arbre des conflits sociaux cache la forêt d'une vraie dynamique économique...

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Commentaires
a écrit le 26/02/2020 à 11:32 :
Encore sous perfusion d'argent publique.
Merci Muselier pour cette investissement à perte. Ce serait mieux d'investir dans les transports en commun. Région Paca la plus mauvaise région pour les transports.
a écrit le 25/02/2020 à 17:09 :
tout va bien
bon, les armateurs vont en italie, chez des gens civilises, par chez des syndicalistes singes hurleurs qui gagnent bcp mais ne travaillent pas enormement

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