Renaud Muselier – président Régions de France : "Il faut éviter la casse des savoir-faire français"

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(Crédits : DR)
Sur le pont depuis les premiers jours d'une suspicion d'épidémie galopante de coronavirus, le président des présidents de Régions est à la manœuvre pour soutenir, encadrer et conforter les entreprises. Outre le fonds national de solidarité, d'autres aides, financières mais pas que, sont en cours de déploiement. Une façon de démontrer aussi la force de la proximité territoriale.

En tant que médecin, Renaud Muselier a une assez bonne perception de la crise sanitaire qui secoue la France et le monde. Une crise qui n'est pas sans impacter l'économie. Sur ce point-là, il a aussi une bonne connaissance du sujet.

Et le président de Régions de France de rappeler que chacune des 18 régions qui maillent le territoire se sont, dès le 5 mars, engagées dans la création d'un plan d'urgence à destination des entreprises impactées, débloquant entre 8 à 50 M€. "Chacune avec des modalités différentes, en fonction des spécificités et de leur politique", rappelle Renaud Muselier. "Nous n'avons pas attendu l'intervention du président de la République", pour agir.

Un président de la République qui a validé en quelque sorte la force des Régions, au travers du fonds national de solidarité. Le Premier ministre aussi. Preuve de la "reconnaissance que nous avons du développement économique du territoire. Nous avons déjà eu à déployer ce type d'aide, lors de la crise des Gilets Jaunes, lors des inondations ou lors de la récente crise portuaire", rappelle Renaud Muselier.

C'est donc avec Matignon, les ministères de l'Economie, du Travail, de la Cohésion des Territoires, de l'Action et des Comptes Publics que les échanges ont au lieu. Les Régions infusant 250 M€ dans le fonds d'un milliard d'euros annoncé par l'Etat. 18 M€ provenant de la Région Sud.

Un fonds qui agit en deux vagues. La première concerne les TPE dont le chiffre d'affaires est inférieur à 1 M€ - ou qui se retrouvent dans des situations particulières - via une subvention de 1 500 euros, avec instruction de la DGFIP. "L'objectif est de faire simple pour les entreprises et vite", dit Renaud Muselier.

Qui explique aussi que les dépenses engagées par les Régions devraient être considérées, comptablement parlant, comme des dépenses d'investissements et non de fonctionnement. L'ajustement, sur ce point est en cours actuellement à Bercy.

Ex-député européen et toujours fin connaisseur du sujet, Renaud Muselier a également suggéré de faire appel à la contribution européenne. Ainsi 312 M€ de financement entraînent 338 M€ de crédit, soit 600 M€ plutôt bienvenus seront abondés.

Task force nationale

"Nous sommes en train de mettre en place un troisième volet autour d'outils complémentaires avec les acteurs économiques afin que les PME, les entreprises spécialisées du tourisme, du sport, de l'ESS, du monde associatif, de la culture ne restent pas sur le bord de la route, de par leur statuts particuliers", indique également Renaud Muselier. Un volet donc les modalités restent encore, cependant, à préciser.

Si chaque Région s'organise sur son territoire, en Provence Alpes Côte d'Azur, Renaud Muselier a réuni l'ensemble des parties prenantes que sont les Départements, les Métropoles, les différentes agglomérations, la CDC, Bpifrance, les CCI, le Medef Sud, la CPME Sud, l'Ordre des Experts-Comptables, Rising Sud, le CRT... Une task force qui est pilotée par Bernard Kleynhoff, le président de la commission Economie, industrie, innovation, nouvelles technologies et numérique qui se réunira toutes les semaines et communiquera les données utiles aux entreprises.

Un kit sera ainsi à leur disposition et un site dédié, mis en ligne rapidement.

"Nous essayons d'apporter une réponse transversale", précise le président de la Région Sud. Qui fait, pour sa part, partie d'une autre task force, nationale, incluant le président de la République, Edouard Philippe, Bruno Le Maire ainsi que d'autres acteurs économiques dont la Banque des Territoires, Bpifrance et les établissements bancaires, "pour un suivi central à l'échelle nationale".

La décentralisation, c'est bien

"Il est clair que nous nous sortirons de cette crise", souligne Renaud Muselier pour qui l'impératif est surtout "d'éviter la casse des savoir-faire français". Et qui met en avant l'avantage de la décentralisation, avec des outils adaptés, portée par Régions de France. "Nous avons la volonté d'aider notre pays, et n'avons aucune arrière-pensée politique. Mais avoir un Etat français qui sait se décentraliser, c'est utile", glisse-t-il. Soulignant que l'Allemagne, Etat fédéral, souvent montrée en exemple, peine à cette décentralisation qui permet de bien coordonner. Rappelant que l'après-coronavirus doit trouver l'inspiration dans ce que la crise aura enseigné. Rappelant aussi que le président du Grand Est, Jean Rottner, urgentiste, a apporté son expérience terrain. "Il faut travailler avec nos sachants". Et de redire, "je suis dans le collectif". Que les Régions, surtout, "sont aux commandes du navire". Et doivent, dans la tempête, ramener le bateau Economie à bon port.

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Commentaires
a écrit le 19/03/2020 à 11:05 :
"Soulignant que l'Allemagne, Etat fédéral, souvent montrée en exemple, peine à cette décentralisation qui permet de bien coordonner."
y a peu j'ai cru comprendre le contraire, y avait du mou dans la réaction en Allemagne, chaque Land décidant à son niveau sans chef d'orchestre Zentralisateur, comme quoi ça a des bons et des "mauvais" côtés, comme tout en fait. Un curseur à ajuster. :-)

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