Le coronavirus, les entreprises et le principe du roseau

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(Crédits : Jean-Paul Pelissier)
Entre annonces et contre annonces, activités suspendues, nécessité de conserver une activité économique… les TPE et PME tentent d'appliquer le principe du "plier mais ne pas rompre".

La crise est inédite. A tout point de vue on le sait. Sanitaire évidemment, en premier lieu. Et par effet de ricochet, économique aussi. Entraînant toute une série d'incertitudes et de craintes pour un monde entreprenarial qui, une fois encore, essaie de faire preuve de cette qualité tant préconisée : l'agilité.

Agiles, les TPE PME le sont par définition. Capables d'être réactives et de s'adapter à leur environnement. En ce début d'année 2020, le crash test s'appelle Covid-19. Et ses conséquences, sont aussi évidentes que pour l'heure, indéfinissables.

C'est dire si les aides annoncées par le président de la République ou, depuis le 16 mars, par les différents ministres, jouent un rôle capital dans ce qu'elles vont permettre, l'oxygène financier étant un élément indispensable de la survie immédiate pour beaucoup de petites et moyennes entreprises. La compréhension des spécificités de chaque secteur aussi.

Reprendre l'activité, oui mais...

Le meilleur exemple, si on peut dire, est celui mis en exergue par le couac entre Muriel Pénicaud, le ministre en charge du Travail et le secteur du BTP. Sommés de reprendre les chemins des chantiers, les professionnels du bâtiment et des travaux publics ont réagi comme un seul homme. Une explication de texte et un accord signé plus tard, ça va mieux mais ça n'enlève rien à la problématique.

Qu'explique assez bien Philippe Renaudi, le président de l'UPE 06. "Les chefs d'entreprises écoutent et se sont adaptés. Mais ils ont besoin de clarté. Nous faisons face à une crise sanitaire et économique : il faut être précis", tempête celui qui est aussi à la tête de l'entreprise familiale de TP, Tama, basée à Cagnes-sur-mer. Et pour qui, il est impensable de demander un retour sur le terrain et dans les tranchées sans mesures de protection adéquates pour ses salariés. Dans le Var, Cyril Bolliet ne dit pas autre chose. "La reprise d'activité doit être réfléchie en fonction de l'ensemble de la chaîne qui entoure le chantier, en amont comme pendant". D'autant que "les conditions d'approvisionnement sont très dégradées. Cela va prendre du temps d'aller récupérer des sacs de ciment quand on sait que tout se fait par le drive et que les livraisons ne sont pas à l'ordre du jour", ajoute le secrétaire général de la FBTP 83.

Compliqué, c'est bien le sentiment de Jean-Pascal Decroix, dont l'entreprise, STME, basée à Grasse et à Salon-de-Provence, est spécialisée dans le génie climatique et électrique. L'arrêt de l'activité a permis aux 40 salariés "de rester en sécurité chez eux". Mais celui qui est aussi le président de la zone d'activité des Bois de Grasse au cœur de la Cité des parfums a aussitôt déclenché une chaîne humaine, à laquelle ont participé certains parfumeurs dont IFF et Isnard Transalcool, livrant à l'Hôpital de la ville, 1 000 litres de gel hydroalcolique. Un beau geste qui n'édulcore en rien la réalité du chef d'entreprise. "Notre activité repose à 70 % sur les marchés publics. Est-ce que les donneurs d'ordre vont tenir ou pas ? Quid du paiement des fournisseurs ?" dit celui qui s'interroge également sur la souplesse de l'administration française concernant paiement et remboursements. "Nous voulons sauver notre entreprise. Et l'entreprise c'est l'humain. Nos partenaires bancaires nous suivent, nous reportons le prélèvement des crédits. Désormais la règle, c'est la mienne".

Aujourd'hui c'est déjà demain

S'adapter signifie certes courber l'échine dans la tempête en essayant d'essuyer le grain de la façon la moins impactante possible. Selon leurs spécialisations, certaines modifient ou adaptent lignes de production et activités pour satisfaire à la continuité économique. A Aubagne, Oxytronic fabricant d'équipements électroniques pour l'aéronautique, dont l'équipe est constitué de 45 personnes, dont 17 demeurées à la production, a créé un prototype d'hygiaphone. "Nous avons acheté du plexiglas et nous proposons aux pharmacies et commerces autour de nous de les équiper en contrepartie d'une légère une participation", explique le PDG Serge de Senti pour qui la vraie question est dans l'après. "Notre carnet de commande est satisfaisant. Nous nous attendons plutôt à un trou vers septembre/octobre. L'activité aéronautique reprendra-t-elle ?". Même anticipation de la phase d'après chez Areco. Le spécialiste de la nébulisation, basé à Grasse, profite de la période actuelle pour mettre à jour les dossiers qui doivent l'être, les contrats de maintenance des machines assurant à l'entreprise une activité constante. Mais si elle est délicate, cette période doit aussi servir à "être prêts dès que les activités vont repartir à plein", conseille son co-fondateur et dirigeant, Michel Gschwind. A quelques encablures, toujours à Grasse, Luc Tournaire partage la même philosophie. "Nous ne savons pas exactement de quoi demain sera fait, nous naviguons à vue. Les difficultés sont obligatoirement devant nous", décrypte Luc Tournaire, qui dirige la PME spécialisée dans l'extraction de matières premières et l'emballage. Laquelle a connu un afflux de commandes, "des achats de précaution", début mars mais qui s'attend à un mois d'avril plus calme, craignant également une reprise, période où "tout le monde voudra de tout et où il n'y aura plus rien". A Aubagne, l'entreprise de transports NAP, dont la clientèle est composée d'établissements scolaires et d'associations, essaie de maintenir une activité que le confinement lui a de fait, supprimé. "Pour travailler, encore faut-il pouvoir le faire", souligne son PDG Alain Bouzemane. 20 des 40 chauffeurs ayant opté pour le volontariat, ce sont les croisiéristes et autres personnels devant rejoindre leur domicile qui bénéficient des autocars de la PME. "Nous préparons le rebond" indique Alain Bouzemane. "Il y a ce que l'on nous demande et il y a le principe de réalité. Les collaborateurs ont aussi besoin d'impulsion. Les reports, les décalages, c'est bien. Mais il va falloir assurer les échéances ensuite. Et avec une trésorerie mise à mal..."

"La trésorerie qui retrouve un bon niveau, les machines à relancer... tout cela se fera par vagues", estime Philippe Renaudi. Et le président de l'UPE06 de rappeler que la Chine a retrouvé un niveau d'activité de l'ordre de 60 % seulement, après 3 mois de mise en sommeil de l'activité. Quitte à adopter la philosophie du roseau, autant que ce soit aussi celle du roseau pensant.

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