Private Equity, un ami qui vous veut du bien

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(Crédits : Reuters)
Il a été craint. Il est aujourd’hui plébiscité. Les chiffres sont là pour l’attester : le capital-investissement plaît aux entreprises régionales. Et voilà pourquoi.

Elle est loin l'image du vilain fonds, prédateur sanguinaire, peu soucieux de la finalité de l'entreprise, davantage accroché aux gains qu'au bien apporté. Mais ça, c'était avant. Avant que la conjoncture - crise et autres soubresauts économiques - ne change la donne. De fait, on dira qu'il y a eu une évolution simultanée des mentalités et des comportements, de la part des chefs d'entreprise pour l'un, et des investisseurs pour l'autre. Lorsque les accès au financement se sont tendus, le capital-investissement a peu à peu été une solution regardée avec plus d'attention par les entrepreneurs. Ce mouvement de bascule est largement démontré par les chiffres. Et Provence-Alpes-Côte d'Azur met son pas dans celui de la tendance nationale. « PACA est la 5e région en termes d'entreprises accompagnées et la 8e de France en termes de montants investis au premier semestre 2016 » note Paul Perpère, le délégué général de l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic), respectivement avec 376 entreprises et 106 M€. Et le nombre d'entreprises soutenues depuis 2013 se confirme, toujours sur la période des six premiers mois de 2016. Ainsi PACA, avec ses 76 entreprises, représente 9 % du total national.« Il y a eu un changement de mentalité », note Olivier Motte, le Président de Turenne Capital qui est présent en région via une antenne à Marseille. « Le fonds d'investissement entre dans les mœurs  », renchérit Guillaume de Trogoff, directeur général d'ACG Management, qui est lui, basé dans la cité phocéenne. Et si c'était surtout parce que ces fonds, que l'imagerie populaire compare aux fonds de pension américains, ont su convaincre qu'ils n'avaient en commun que le nom, mais pas la mentalité ?

Un effet de proximité pour plus d'efficacité

C'est un peu ce que dit Stéphane Assuied. Le cofondateur de Tertium Management explique ainsi que la démarche d'origine a été justement de positionner le fonds comme un acteur de proximité. « Nous voulions faire du capitalisme de proximité. Et de fait, nous avions au départ fait le pari d'épauler les entreprises régionales, en étant proches d'elles et en investissant dans des sociétés qui n'étaient pas à plus de trois heures de distance. » Et cette carte est un véritable atout car elle efface la vision du fonds opportuniste, dans le mauvais sens du terme. C'est ce qu'analyse aussi Guillaume de Trogoff, expliquant « qu'être implanté en région apporte une connaissance particulière que d'autres investisseurs nationaux ne peuvent pas avoir ». Il donne pour exemple les prises de participation dans certaines biotechs régionales, comme en réponse aux besoins du territoire très ancré sur ce segment. C'est aussi ce qui permet aux investisseurs de dérouler toute leur panoplie d'expertises en les faisant correspondre aux besoins des entreprises dans lesquelles ils s'engagent. « Les fonds d'investissement ne sont pas là pour apporter que du cash, mais pour apporter des conseils sur des opérations de croissance externe, sur des négociations, sur le passage à l'international », commente Olivier Motte. Et puis il y a aussi cette notion de « feeling », d'entente qui doit primer entre l'investisseur et le dirigeant. Un point essentiel pour Georges Dao qui a créé FCPR Fonds Entrepreneurial 06 en 2013 à Nice, spécifiquement dédié à l'amorçage, parce qu'il fallait combler le fameux trou dans la raquette et surtout le manque dans la chaîne de l'innovation. « En amorçage, il n'y a pas, par définition, de passé ou alors c'est un passé catastrophique. Tout est donc basé sur l'avenir. Dans ce contexte, le projet compte pour un tiers, le reste c'est l'attitude du dirigeant », analyse celui qui a accompagné au total une dizaine d'entreprises, aujourd'hui toutes en phase de levées ou de revente de leur technologie.

Et la croissance ?

« L'image de grand méchant loup n'existe plus », reconnaît Stéphane Assiued. « Aujourd'hui, les patrons de PME se rendent compte que le capital-investissement est un passage obligé s'ils souhaitent crédibiliser leur tour de table ». Surtout, l'enjeu derrière l'accompagnement, qu'il soit en capital-risque, en capital développement ou en capital-transmission, c'est d'aider les entreprises à croître, à prendre du poids et pourquoi pas devenir suffisamment importantes en taille pour devenir ses fameuses ETI après lesquelles on court. « Nous sommes extrêmement sollicités par les PME », acquiesce Guillaume de Trogoff. Car, étrangement et contrairement sans doute aux idées communément acceptées, ce ne sont pas les startups qui lèvent le plus de monnaie sonnante et trébuchante. Ainsi, sur le territoire régional, les entreprises accompagnées sont majoritairement les PME, à 76 %. « Le capital investissement (private equity) est une opportunité pour que certaines entreprises trouvent des solutions là où il n'y en a pas d'autres », reconnaît Jean-Luc Monteil, le président du Medef PACA. « Mais il reste réservé à une infime partie des entreprises de la région. Nous manquons d'acteurs pour les profils TPE/PME en croissance. Il y a de vrais efforts de pédagogie à faire ». Mais pas seulement...

Flèches décochées

Il y a aussi un coup de pouce à donner. Car il y a le sujet qui revient dans beaucoup de conversations et qui fait partie des dadas (et des propositions) d'Olivier Millet, le président de l'AFIC : le fléchage de l'épargne des Français. « Il faut faire en sorte que l'investissement dans les startup soit naturel », insiste Olivier Motte. Tandis que Guillaume de Trogoff rappelle que « l'avenir de ces dispositifs va dépendre de la politique post-élections ». Et que le conditionnement pavlovien de la carotte est de mise. « S'il n'est pas incité, le particulier n'apportera pas son argent frais dans les entreprises ». C.Q.F.D. Le private equity est donc bien comme l'amitié. Pour durer, il faut l'entretenir... n

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ENCADRE 1/2

Le « private equity »en Provence-Alpes-Côte d'Azur

  • 376 entreprises accompagnées en 2015.
  • L'industrie et le numérique sont les secteurs les plus fortement représentés dans les portefeuilles, avec respectivement 20 % et 19 %.
  • En 2015, les entreprises accompagnéesétaient à 76 % des PME, à 21 % des ETI et à 2% des grandes entreprises non cotées.
  • Montants investis au cours du premier semestre 2016 : 106 millions d'euros contre 3,6 milliards d'euros au niveau national.

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ENCADRE 2/2

«Il faut abonder ce qui fonctionne et créer ce qui manque»

>Entretien avec Pierre Grand-Dufay, chef d'entreprise et président de la commission Economie et emploi au sein du conseil régional Provence Alpes Côte d'Azur


On sait que l'économie est «la priorité absolue» de la Région. Le président de la commission Economie et emploi le rappelle, tous les budgets concernant le sujet ont été augmentés et PACA Investissement, le fonds régional est doté notamment de 54 M€ dont la moitié de fonds européens. L'occasion de redire que Renaud Muselier, le président délégué de Provence Alpes Côte d'Azur «fait un travail exceptionnel» et que c'est grâce à sa bonne connaissance de l'Europe que la Région «bénéficie d'une force de frappe plus importante», en l'occurrence, 435 M€. Mais la question c'est quid des différents outils régionaux d'aide à l'entreprenariat ? Ils sont désormais réunis sous le FIER, le fonds d'investissement pour les entreprises de la Région, doté en 2017 de 127 M€ contre 94 M€ précédemment. «Tous les compartiments du FIER ont été davantage dotés», rappelle Pierre Grand-Dufay. «La stratégie c'est d'abonder ce qui fonctionne et créer ce qui manque». Y aurait-il donc des trous dans la raquette ? «Il existe quasiment tout ce qu'il faut pour financer les entreprises mais ce n'est pas suffisamment organisé et visible. Nous allons créer une porte d'entrée unique et créer les outils qui font défaut». Autre sujet sur le feu, celui du soutien au PFIL, ces plateformes d'aide à la création et à la reprise d'entreprises. «Nous allons travailler sur ce sujet», annonce Pierre Grand-Dufay. Notre but est que pour tous les stades de la vie de l'entreprise - en création, en développement, en innovation... - une solution existe».

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