Pourquoi Arts&Métiers prend des couleurs américaines

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(Crédits : Rémi Benoit)
L'école nationale supérieure se rapproche de la texane TAMU afin de mettre en place un pôle mixte de recherche, d’innovation et d’éducation sur les matériaux et la fabrication avancés. Les filières visées : l’aéronautique et les énergies décarbonées.

Il s'agit de deux établissements d'ingénieurs aux stratégies, aux traditions et à la vision commune. Qui créent un pôle mixte de recherche, d'innovation et d'éducation sur les matériaux et la fabrication avancés. Le premier, basé à Aix-en-Provence, c'est l'Ensam (Ecole nationale supérieure d'Arts et Métiers). Soit un grand établissement technologique et près de 6 000 étudiants formés jusqu'à bac +8, comme ingénieurs et cadres de l'industrie et des services... Le second, lui, sévit Outre-Atlantique. Il s'agit de Texas A&M Engineering Experiment Station, qui est membre de Texas A&M University System (TAMU). "Le collège d'ingénierie de cette université américaine compte 17 000 étudiantsé, décrit Philippe Collot, le directeur de l'Ensam, revenant donc sur l'idée de ce partenariat : édévelopper des relations transatlantiques, des échanges d'étudiants et de professeurs, mais aussi étudier des projets de recherche communs, le tout avec des entreprises partenaires". Il s'agit de missions très ancrées dans le monde industriel, la technique, en lien avec l'expression des besoins dans deux secteurs particuliers : l'aéronautique et les énergies, notamment décarbonées. "Deux filières qui intéressent le Texas, souhaitant s'implanter dans un environnement où elles sont toutes deux présentes. C'est pour cela que l'établissement aixois a été choisi. L'objet fondamental de ce partenariat, c'est, pour l'université américaine, de disposer d'un hub afin de s'adonner à la recherche et de former les étudiants en partenariat". Et si ce centre physique va donc voir le jour à Aix-en-Provence, "rien n'exclut que A&M ne se développe pas lui aussi côté texan et n'implante un centre dans les années à venir à TAMU".

Recherche corrélée aux besoins

Un accord qui s'illustrera dans trois dimensions : formation, avec le projet d'ouvrir deux MSC dédiées à l'aéronautique et aux énergies décarbonées à la rentrée 2019, actions de recherche et enfin développement industriel, conformément aux spécialités de ces deux établissements. Sur un plan plus concret, "tout va démarrer en juin prochain avec l'accueil d'une école d'été. Des étudiants américains viendront s'immerger dans la culture européenne, un plus lorsqu'ils devront candidater auprès de futurs employeurs. L'Ensam participera aussi à une conférence sur le manufacturing à College Station (la ville du Texas où est implanté TAMU, NDLR) afin de présenter le projet".  Enfin, des actions de recherche dans le domaine des matériaux, des procédés de fabrication, en lien avec les besoins des deux filières précitées seront lancées. Et les industriels présents sur le territoire métropolitain, de fait, notamment Airbus et Dassault Aviation côté l'aéronautique, EDF et CEA Cadarache, contributeur du projet Iter, côté énergies dé-carbonées. "Sur le réacteur Jules Horowitz ou sur Tore Supra, des dispositifs expérimentaux sont à mettre en œuvre en termes de matériaux innovants ou dispositifs d'instrumentation", avançait dernièrement Jean-Michel Morey. Et c'est donc justement à ces besoins que les deux établissements supérieurs entendent répondre de concert, puisque cela entre dans les compétences à chacun. "TAMU travaille aussi dans l'aéronautique, avec la NASA à Houston, via le développement d'un laboratoire dans le domaine des matériaux", illustre Philippe Collot.

Quid des financements ?

C'est donc au côté d'entreprises stratégiques, qui ont des intérêts transatlantiques, que les deux établissements supérieurs vont marcher. A l'instar d'Airbus, qui a "un centre à Marignane, une antenne à Dallas". L'objectif étant in fine de travailler sur des stratégies industrielles entre gros du secteur. "Ce peut être en mobilisant Boeing côté américain, afin d'œuvrer au développement de technologies communes. Lesquelles seront ensuite partagées par les deux fabricants d'avions, Airbus et Boeing". Une mutualisation des compétences qui ne se ferait toutefois pas sans régler la question de la propriété industrielle.

Mais ce projet va se construire et se dimensionner au jour le jour, "en fonction de la volonté à travailler ensemble". L'implantation physique à Aix-en-Provence verrait concrètement le jour aux horizons 2020 et l'Ensam pousse à l'inscription de son financement dans le prochain CPER. "Nous allons engager également des actions de ressourcement, monter des projets européens pour financer les équipes communes".  Et d'ores et déjà, les décideurs voient ce partenariat d'un bon œil. "Provence Promotion s'intéresse au projet, ce peut être un support pour faire venir des entreprises américaines sur notre sol". Idem pour le consul de France à Houston, qui  encourage les actions à même de redorer l'image quelque peu écornée du Texas en termes de bonnes pratiques environnementales.

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