Le pari "régional" de Geoffroy Roux de Bézieux

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Si Geoffroy Roux de Bézieux devait donner un conseil aux entrepreneurs, ce serait celui-ci : « Soyez curieux, investissez dans le digital, le machine learning, l'analyse des data. Le numérique transforme tous les secteurs et est créateur d'opportunités. »
Si Geoffroy Roux de Bézieux devait donner un conseil aux entrepreneurs, ce serait celui-ci : « Soyez curieux, investissez dans le digital, le machine learning, l'analyse des data. Le numérique transforme tous les secteurs et est créateur d'opportunités. » (Crédits : DR)
Lyonnais d'origine, parisien d'adoption, investisseur et patron de plusieurs entreprises basées ici et là dans l'Hexagone, candidat récidiviste à la présidence du Medef, GRDB dispose d'un atout majeur avec sa connaissance des territoires.

Lui se définit comme un entrepreneur actif dans les secteurs de la transformation et de la technologie. Un résumé plutôt bien trouvé tant le parcours de Geoffroy Roux de Bézieux est pluriel. De ses débuts « classiques » au sein de l'empire L'Oréal jusqu'à la reprise de l'enseigne provençale Oliviers & Co il y a eu quelques étapes, semble-t-il franchies avec naturel. Bien sûr, il est plus facile, avec le recul, de voir cet enchaînement d'aventures entrepreneuriales sous le prisme du succès, comme si entreprendre, avoir des idées et en faire des réalités, était si simple. Mais on sait bien que, en vrai, c'est bien plus complexe.

Dilution du capital

Tout tient dans les choix, forcément déterminants, qu'ils soient bons ou mauvais. Ainsi, à la création de The Phone House en 1996 avec Pierre Cuilleret [qui dirigera ensuite Micromania, Ndlr], « il ne devait y avoir qu'un million de mobiles en France », se souvient Geoffroy Roux de Bézieux. Pourtant l'idée est bonne et la réussite, au rendez-vous. Mais comme pour Virgin Mobile, qu'il dirige ensuite, « pour faire grandir rapidement ces entreprises j'ai fait le choix de la croissance ». C'est-à-dire d'accepter la dilution du capital. Un choix souvent cornélien que connaissent tous les entrepreneurs.

« Nous sommes passés entre 2006 à 2014 de zéro à 400 millions d'euros de chiffre d'affaires, cela était impossible à assurer sans se diluer », souligne-t-il. Son credo donc, aujourd'hui comme hier, c'est de « saisir des moments de technologie et de transformation. »

C'est cette même philosophie qui l'amène dès 2014, à racheter des PME issues des secteurs du plein air et de la gastronomie haut de gamme. Le rapport avec la technologie ? Plus proche que ce que l'on imagine. À ces petites entreprises, prospères mais aussi parfois « belles endormies », il applique sa vision du business. Quitte à les bousculer.

C'est ce qu'il fait avec Oliviers & Co, la marque d'huiles d'olive et de condiments installée dans les Alpes de Haute-Provence - reprise en 2016 à Olivier Baussan, le fondateur de l'Occitane dont il pousse les capacités à l'export. C'est la même recette qu'il applique à Chullanka, la marque de sport outdoor présente dans le Sud, filiale de Décathlon, pour laquelle il déploie une stratégie omnicanal. Dans son giron, il y a aussi Chronocarpe, le spécialiste de la vente en ligne d'articles de pêche, basé dans l'Ariège, acquis en janvier 2017, la même année que le Fondant Baulois, cette institution chocolatée de l'ouest de la France.

« Business angel »

Regroupées au sein de la holding Notus Technologies, elles font de Geoffroy Roux de Bézieux un investisseur en direct. Mais il y a aussi Isai, le fonds dirigé par JeanDavid Chamboredon, l'un des leaders du mouvement des « Pigeons » en 2012, cocréé avec les trois autres mousquetaires de l'Internet, Pierre Kosciusko-Morizet (cofondateur de Price Minister), Stéphane Treppoz (PDG de Sarenza) et Ouriel Ohayon (fondateur de Techcrunch), fonds qui apporte ses billes sonnantes et trébuchantes dans des startups aux profils extrêmement différents, du capillaire (Prose) au culinaire (Quitoque) en passant par la health tech (Cardiologs). Une activité d'entrepreneur - peut-on dire de businessman ? - qui occupe bien les journées de Geoffroy Roux de Bézieux. D'ailleurs, s'il devait donner un conseil aux entrepreneurs, ce serait celui-ci : « Soyez curieux, investissez dans le digital, le machine learning, l'analyse des data. Le numérique transforme tous les secteurs et est créateur d'opportunités. » Un sujet qu'il connaît tellement bien qu'il lance une Université du numérique au sein du Medef il y a quatre ans, l'idée étant d'aller porter la bonne parole auprès de tous les entrepreneurs de France et de Navarre.

« Entrepreneur » est d'ailleurs un mot qu'il chérit particulièrement et pour lequel il a une définition précise, « très inclusive », tient-il à préciser puisqu'elle s'adresse « à celui qui aiguillonne, qui a la capacité à transformer », qu'il soit patron de PME comme patron de pizzeria. Ce qui diffère l'entrepreneuriat aujourd'hui à celui d'hier ? « L'accélération » !

Il accepte bien volontiers par ailleurs d'être considéré comme le candidat des régions, qu'il a traversées plus de 80 fois au cours des cinq dernières années et où se trouvent « énormément d'entreprises de qualité, des pépites dans des secteurs très différents ».

Les treize régions, il veut toutes les faire entrer au conseil exécutif afin que leur voix soit mieux entendue. Il est particulièrement sensible au sort des « villes moyennes, dans un contexte de métropolisation de l'économie. Les grandes entreprises en région créent une dynamique, jouent le rôle de locomotive, entraînent la création d'autres entreprises autour d'elles. »

Au business angel, on pose la question du possible trop plein de startups.

« Il existe peut-être une bulle sur les valorisations, mais quoi qu'il arrive, même s'il y a des échecs - et il en faut - ils donneront à ceux qui les subissent soit l'envie de recommencer, soit de devenir des salariés avec un goût de l'entrepreneuriat prononcé. »

C'est ce que ce sportif, pratiquant le triathlon « Ironman », appelle la capacité à rebondir. D'ailleurs le parallèle entre les deux mondes réside du côté de l'endurance, qualité essentielle puisqu'inévitablement « nous passons par des hauts et des bas et que tout ne se déroule pas toujours comme on l'envisage ».

Dans les startingblocks de la course à la présidence du Medef, il se projette - parce qu'on le lui demande - à cinq ans. Il sait juste que, quel que soit le résultat de l'élection, en 2023, il ne sera alors plus au Medef. Il sera passé à autre chose. Mais sans aucun doute toujours dans le monde de l'entrepreneuriat.

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