Comment ACRI-ST veut contribuer au nouvel âge spatial

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(Crédits : Handout .)
Avec son projet de recherche Cubisme, l’entreprise spécialisée dans le traitement des données environnementales issues de l’observation de la Terre par satellite, basée à Sophia Antipolis, entend s’appuyer sur l’afflux massif d’informations engendré par le New Space pour développer de nouveaux services liés à l’environnement.

Avec le New Space, l'industrie spatiale change d'ère. Moteur de cette (r)évolution, l'arrivée depuis les années 2010 de nouveaux entrants, publics comme privés, qui profitent de la baisse des coûts portée notamment par le développement de micro et nano-satellites pour investir un secteur traditionnellement réservé à quelques grandes institutions industrielles et étatiques. Et qui dit plus d'acteurs, dit plus de données, beaucoup plus de données... qu'il s'agit d'exploiter à des fins tant scientifiques que commerciales. C'est là que se positionne ACRI-ST, l'une des deux branches du groupe sophipolitain ACRI spécialisé en télédétection spatiale, en dynamique des fluides, en modélisation physique et numérique, en traitement de données et services à l'Environnement.

De la simulation au traitement des données

Fondé en 1989 par une poignée d'ingénieurs et chercheurs, le groupe emploie aujourd'hui plus d'une centaine de personnes pour un chiffre d'affaires (2017) de 15,3 M€, dont 10,6 M€ engendrés par la seule filiale ACRI-ST. Laquelle accompagne depuis 1992 les programmes d'information environnementale de l'Agence Spatiale Européenne (ESA), d'abord en intervenant en amont des missions satellitaires (simulation, spécification fonctionnelle et instrumentale...) avant d'élargir, à la faveur du programme européen de contrôle et de surveillance de l'environnement Copernicus, son champ de compétences à la chaîne de traitement des données recueillies, archivage compris.

L'entreprise a en effet été sélectionnée, après appels d'offres, comme Centre de performance mission des quatre satellites actuellement en vol Sentinel 2 et 3, Centre d'archivage Sentinel 3 puis Centre d'archivage de toutes les données d'observation de la terre de l'ESA, hors Copernicus. Une activité orientée Big Data pour laquelle une filiale, AdwaisEO, a été créée en 2016 au Luxembourg afin de recueillir, gérer et distribuer les données aux agences spatiales, entreprises, établissements publics et centres de recherche. "ACRI-ST intervient ainsi sur l'ensemble de la filière, de la définition de mission spatiale jusqu'à l'exploitation de la donnée dans des services, et ce via notre filiale anglaise Argans, spécialisée dans le développement d'applications environnementales comme, par exemple, l'édition de cartes marines officielles pour le compte d'Etats", résume sa présidente, Odile Fanton d'Andon qui précise que ACRI-ST connaît une croissance annuelle de plus de 20% depuis trois ans et a, en matière de commandes, une visibilité à trois ans. Bref, une jolie success-story qui entend bien se poursuivre dans ce nouvel âge spatial.

Combiner les données satellitaires et terrain

"Les nouveaux entrants du New Space préfigurent une explosion des flux de données à très haute résolution spatiale grâce à des constellations de micro-nano-satellites, mais celles-ci risquent d'être sous-exploitées du fait d'un processus d'accès complexe aux coûts directs et indirects souvent prohibitifs", explique la dirigeante. Qui entend donc démocratiser leur exploitation au travers de son service Cubisme (nom provisoire), un système de gestion environnementale à usage des collectivités territoriales, associations et entreprises, dont la particularité tient en sa capacité à combiner et corréler les données satellitaires à celles recueillies sur le terrain par les citoyens de plus en plus concernés par des enjeux environnementaux. Les applications d'un tel dispositif sont nombreuses et relatives à la qualité de l'air et de l'eau, à la surveillance et la réduction des déchets, à la préservation de la biodiversité ou encore à l'organisation territoriale.

Centre de données satellites et participatives à Grasse ?

Lancé mi-octobre 2018, le projet Cubisme, doté d'une enveloppe de 4,4 M€ d'investissements R&D, vient d'être présélectionné au concours Innovation Espace par le Programme d'investissements d'avenir opéré par Bpifrance et devrait, à court terme, se transformer en une spin-off. C'est, en tout cas, le souhait d'ACRI-ST qui s'est portée candidate à l'acquisition d'anciens locaux du CNRS, le Cerga, un Centre d'Etudes et de Recherches en Astronomie situé sur les hauteurs de Grasse et déserté depuis 2004, à l'origine de plusieurs gros instruments d'observation en géodésie spatiale comme la station laser-Lune. "Nous souhaitons y développer notre projet Cubisme et, par la même occasion, ressusciter le projet de planétarium de la Ville que l'on ouvrirait au public", détaille-t-elle. Grasse deviendrait ainsi le centre de traitement d'un réseau mondial de stations de réception des données transmises par les satellites en vol que ACRI-ST compte implanter au sein de ses filiales, au Canada, en Angleterre et en Inde où ACRI Bhârat est en cours de création. L'idée étant d'avoir "une couverture globale pour développer une approche répondant aux enjeux locaux" avant de, pourquoi pas, boucler la boucle en fabricant "nos propres nano-satellites dans le cadre d'un co-développement avec des industriels du secteur".

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