Comment WellJob casse les codes de l’intérim

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(Crédits : DR)
Des bornes digitales HucLink, lancées en 2017 pour mieux capter le public éloigné de l’emploi, à la plateforme de dématérialisation Waype, attendue à la fin de l’année, le groupe d’intérim indépendant, basé à Sophia Antipolis, mise sur l’innovation pour se différencier des majors du secteur.

"En matière d'innovation, le métier de l'intérim est un des seuls du secteur des services à n'avoir pas évolué d'un millimètre." Le constat est signé Stéphane Deroeux, co-fondateur et dirigeant du groupe d'intérim sophipolitain WellJob. Fondé en 1997, celui-ci totalise 48 agences généralistes en France, 2 300 intérimaires placés chaque jour et un chiffre d'affaires (2018) de 73 M €. Une belle PME donc, à la croissance organique réglée comme du papier à musique - 30 à 35% par an - qui, depuis 2016, s'est engagée dans une voie digitale innovante. Histoire de se différencier sur un marché où le conservatisme se nourrit "des contraintes techniques et juridiques liées au métier et à la gestion de l'humain". Histoire aussi de bousculer les habitudes sur le principal front concurrentiel du secteur, celui du recrutement des intérimaires, alors que 30% des offres d'emploi sont toujours non-servies en France.

La réponse HucLink

Ainsi naît, en 2017, la start-up HucLink, grâce à laquelle WellJob entend répondre à la problématique du sourcing en allant capter de nouveaux profils, souvent éloignés de l'emploi, directement sur leurs lieux de vie. Et ce, via des bornes digitales et tactiles brevetées, placées dans les centres commerciaux, les gares, les missions locales, les mairies, qui permettent à tout à chacun de postuler, sans CV et en moins de 2 minutes, à des offres situées à proximité émanant du groupe, mais pas que. "On s'est vite rendu compte que le concept devait s'ouvrir à la totalité du marché, les groupes d'intérim comme les TPE, PME, enseignes et grands comptes. D'ailleurs, c'était une demande des foncières qui souhaitaient que leurs commerçants puissent aussi poster leurs annonces", détaille sa dirigeante Nathalie Daoud.

Levée de fonds en préparation

Imaginées en 2016, expérimentées en 2017, commercialisées en 2018, les bornes HucLink prennent aujourd'hui position dans le parcours d'insertion. Et séduisent. Les 30 premières unités ont été installées dans les Alpes-Maritimes (10) ainsi qu'à Paris, Lyon, Lille, Nantes et Bordeaux, dont 7 dans des centres commerciaux Unibail-Rodamco. Quelque 120 autres devraient l'être au cours de l'année 2019. Une année "décisive" où il s'agira de déployer l'outil dans les principaux bassins d'emplois de l'Hexagone afin de pouvoir répondre aux entreprises nationales multi-sites dont les besoins en recrutement sont récurrents. Et auxquelles la start-up propose une offre en marque blanche. La SNCF, l'armée de Terre, Lidl seraient sur les rangs.

"On est à l'orée de quelque chose de grand", se félicite Nathalie Daoud. D'où la nécessaire réorganisation de la production avec la mise en place, opérationnelle dans les prochaines semaines, d'un process industriel faisant appel à des prestataires français "aux ramifications européennes". Car l'ambition de la jeune pousse est bien d'investir l'Europe, à commencer par l'Espagne, l'Italie et la Belgique, dès 2020, une fois son terrain domestique occupé. D'où, là encore, la levée de fonds en préparation, d'un montant espéré d'1 M€, pour passer à la vitesse supérieure. "Avec HucLink, on casse les codes en jouant sur la rapidité, la facilité, la spontanéité", reprend Stéphane Deroeux, chiffre à l'appui : "88% des candidats captés par les bornes n'avaient jamais eu le réflexe intérim".

Sans intervention humaine

Fort de l'essai HucLink, WellJob réitère et se tourne désormais vers ses clients employeurs auxquels le groupe familial entend proposer un parcours entièrement digital en "inventant des process de recrutement sans intervention humaine". C'est tout l'objet du projet Waype. Une plateforme de dématérialisation qui permettra aux recruteurs, grâce à un algorithme de matching entre les offres et les demandes, de sélectionner directement leurs intérimaires et de gérer toute la partie contractuelle. Automatiquement. Un système de notation permettra par ailleurs aux intérimaires bien notés d'augmenter leur chance d'employabilité. "Un peu à la manière d'Uber". Autre avantage, Waype adressera aussi le marché des particuliers, "laissé vacant par notre métier alors qu'il est bien plus important que celui des entreprises". A fin janvier, plus de 12 000 intérimaires internes au groupe s'étaient déjà inscrits sur la plateforme, dont le lancement est programmé au quatrième semestre 2019.

Internaliser les process de développement

Ce virage numérique pris par WellJob il y a trois ans ne doit rien au hasard. C'est même l'une des conséquences de la crise de 2008 qui a poussé le groupe, alors fragilisé, à progressivement internaliser ses process de développement : les travaux en 2014, la maintenance informatique et la comptabilité en 2015, le développement informatique en 2017, jusqu'à la formation en 2018. Et ce, pour accompagner une nouvelle croissance organique de son chiffre d'affaires attendue de 35 % qui s'appuiera, cette année, sur l'ouverture d'une dizaine d'agences supplémentaires. Quant à l'effectif, aujourd'hui de 170 personnes dont 30 au siège, il sera étoffé d'une vingtaine de collaborateurs, principalement des développeurs informatiques et des commerciaux. Lesquels investiront, à partir de 2020, de nouveaux locaux. WellJob s'est en effet engagé dans un projet d'extension de son siège sophipolitain (900 m² à ce jour), acquis il y a une paire d'années, qui prévoit, sur un terrain adjacent, la construction prochaine de 1 500 m² de bureaux ainsi qu'un parking. L'enveloppe consacrée est de 4 M€.

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