Cyril Coulard, entrepreneur et fervent défenseur de l’herboristerie

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(Crédits : DR)
Depuis cinq ans à la tête de Père Blaize, herboristerie bicentenaire basée à Marseille qu’il a rachetée, il cherche à moderniser la maison tout en préservant son âme et sa philosophie. Il est aussi un fervent défenseur de l’herboristerie à laquelle il veut redonner ses lettres de noblesse.

Cela fait un petit moment qu'il attend maintenant, accoudé sur une commode, les yeux décortiquant le contenu des étagères vitrées qui entourent la pièce. Il doit avoir six ans tout au plus, et son père s'est engagé dans une longue conversation avec la pharmacienne. Ils parlent santé ... et plantes surtout. Elles sont partout ici, sous toutes leurs formes - tisanes, feuilles et fleurs séchées en vrac, pommades-, se mélangeant en un bouquet d'odeurs qui semble embaumer le lieu depuis toujours.

Cyril Coulard s'en souvient. Ce petit garçon brun qui attend dans la pharmacie, ç'aurait pu être lui, il y a une trentaine d'année. Lui qui venait souvent avec sa mère et qui se rappelle encore "la file d'attente, le regard ébahi, les tiroirs remplis, le pharmacien qui prépare les herbes". A cette époque, il est encore loin de se douter qu'il prendra un jour les rênes de ce lieu né près de deux siècles avant lui.

De l'utopie à l'entrepreneuriat

Nourri de ces souvenirs et d'un certain goût pour les produits naturel, Cyril Coulard a à cœur de prendre soin des gens et se dirige vers des études de pharmacie. Mais rapidement, il s'inquiète : "plus je connaissais les médicaments, moins j'avais envie d'en prendre et d'en vendre". Son diplôme en poche, il entend dire que Père Blaize est à la recherche d'un repreneur ; Martine Blaize, la dernière héritière, s'apprêtant à partir à la retraite.

 "Pour moi, reprendre le Père Blaize relevait de l'utopie. C'est quelque chose que je n'avais jamais envisagé mais j'ai décidé d'y aller au culot en me présentant à leur porte". Il est déterminé tant l'esprit de la maison lui correspond sur le fond, motivé à l'idée d'entreprendre. Lorsqu'il rencontre Martine De Peretti, plus connue sous le nom de Martine Blaize, l'alchimie fonctionne. Elle choisit de céder l'entreprise au jeune pharmacien, faisant de lui son "fils botanique". Un fils chargé porter l'histoire de la famille, une histoire vieille de presque deux siècles.

"En 1815, Toussaint Blaize, venu des Hautes-Alpes, est arrivé à Marseille pour fonder l'herboristerie dans une petite ruelle à proximité du port de commerce, ce qui lui a permis de se constituer un arsenal de plantes des quatre coins du monde", raconte Cyril Coulard de sa voix rauque. Puis ce sont six générations qui se sont succédé, chacune apportant son lot de nouvelles plantes et les connaissances de son temps. Avec une philosophie : "prendre soin du patient de manière naturelle" et lui accorder du temps.  "En moyenne, un patient passe 8 minutes en pharmacie, dont 2 au comptoir. Ici, il attend beaucoup, il est patient dans tous les sens du terme. Pour des pathologies lourdes, on peut passer une heure avec le client, avec la pile d'ordonnance, le protocole de chimiothérapie, les analyses de sang. On l'écoute et on lui explique tout". L'idée étant de faire du patient un acteur éclairé de sa guérison. Un état d'esprit que veut préserver Cyril Coulard, tout en en faisant profiter davantage de patients.

Rallumer la lumière

A 28 ans, lorsqu'il arrive, il a l'ambition de "rallumer la lumière". A ce moment-là, la pharmacie est difficilement joignable par téléphone et le lieu n'est ouvert que 35 heures par semaine. Alors Cyril Coulard recrute. L'équipe passe de 9 à 27 collaborateurs, sur une amplitude horaire de 54 heures désormais. Le téléphone reprend du service et les pharmaciens répondent même aux mails. "Nous allons également lancer un nouveau site internet, plus clair".

Pour toucher un public plus large, Cyril Coulard ouvre la boutique Maison Blaize, de l'autre côté de la rue. Un moyen pour les touristes et les clients pressés, d'acheter et de déguster les tisanes gustatives de l'enseigne. Une gamme qui s'étoffe et qui s'appuie sur de nouvelles compétences, venues de l'extérieur. "Nous nous sommes octroyé les services de Vincent Eliot, le mixologue du Petit Nice".

Redonner ses lettres de noblesse à l'herboristerie

Mais surtout, à la tête de Père Blaize, Cyril Coulard se donne une mission : redonner ses lettres de noblesse à cette médecine des plantes mise à mal par une série de règlementations, parmi lesquelles la fin de la reconnaissance de la profession d'herboriste en 1941 sous Pétain. "Désormais, les pharmaciens sont restreints tandis que n'importe qui peut vendre n'importe quoi, n'importe comment" : sur internet, dans les magasins d'alimentation bio et même "en tête de gondole chez Gifi", s'agace-t-il, pointant du doigt les dangers liés à un mauvais usage des plantes. "L'huile d'eucalyptus par exemple, vous en prenez 40 grammes et vous finissez par convulser dans un centre antipoison. Quant au millepertuis, largement présent sur les étals de la grande distribution, peu de gens savent qu'il réduit les effets de la contraception et peut provoquer des grossesse non désirées".

Pour lui, il faut remettre les pharmaciens au cœur de la discipline car ils connaissent mieux que quiconque les interactions entre plantes et médicaments. D'autant que la phytothérapie revient sur le devant de la scène. Un changement visible dans la clientèle, plus jeune et plus masculine, mais aussi au sein de la communauté médicale. "Les nouveaux médecins sont intéressés. Récemment, un médecin aguerri m'a même contacté pour être formé pour mieux soigner. Il y a 40 ans, Martine se faisait traiter de marchande d'herbe. Aujourd'hui, on vient nous chercher".

Et même les décideurs politiques s'y penchent puisque le Sénat a lancé l'an dernier une mission d'information sur le développement de l'herboristerie et des plantes médicinales. Un élan dans lequel Père Blaize, seule pharmacie consacrée à l'herboristerie en France, a plus que jamais un rôle à jouer, bien décidée à protéger cette médecine ancestrale et d'en faire profiter, en toute sécurité, les nouvelles générations.

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