La digitalisation active de la Société des Eaux de Marseille

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(Crédits : Leowolfert - Fotolia.com)
Pour atteindre “l’ultra-performance”, le groupe installe de plus en plus les nouvelles technologies dans son fonctionnement et mise sur le développement de l’innovation en interne. Une approche qui a permis d’économiser 12 millions de m3 d’eau en cinq ans.

A l'abri des regards, c'est dans un bâtiment anonyme de la cité phocéenne que se trouve le centre de télégestion de la Société des Eaux de Marseille (SEM). Ce lieu clef, gardé secret pour des raisons de sécurité, surveille les 8 300 kilomètres de réseaux et 1 200 ouvrages hydrauliques chargés d'alimenter en eaux 70 communes. Soit un territoire de 2 millions de personnes. Pour éviter qu'un grain de sable n'enraye la machine, deux personnes occupent le centre 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Derrière un bureau arrondi sur lequel se trouve une dizaine d'écrans et plusieurs téléphones, les deux agents reçoivent les 100 à 200 alertes quotidiennes instantanément pour signaler la moindre anomalie. Cela peut être par rapport à la quantité d'eau dans une cuve, l'arrêt d'une station de pompage ou encore une opération d'un sous-traitant plus longue que prévue. Charge ensuite aux opérateurs d'intervenir si cela est possible ou d'ordonner l'envoi d'une équipe si nécessaire. Celle-ci se réaliser dans les deux heures maximum.

"L'innovation est dans notre l'ADN depuis plus de 70 ans, c'est seulement qu'avant nous ne mettions pas ce mot là", avance Marie Borni, directrice déléguée du groupe des Eaux de Marseille depuis novembre. Elle cite le TruitoSEM. L'idée vient d'opérateurs d'une station d'épuration dans les années 80. Il s'agit d'un aquarium avec des truites, ces dernières étant réputées très sensibles à la qualité de l'eau brut. Leur changement de comportement indique des variations dans la qualité de l'eau. "Nous avons aujourd'hui sur toutes les stations de potabilisation de Marseille ces aquariums", explique Marie Borni.

12 millions de m3 d'eau économisés

Depuis quelques années, le virage pris par la SEM est celui du digital et des capteurs. Ces derniers surveillent d'ailleurs le comportement des truites. Mais pas que. Et pour cause. "Nous voulons atteindre l'ultra-performance", prévient Marie-France Barbier, directrice générale de la Société des Eaux de Marseille. Cela se traduit par une digitalisation des réseaux et leur suivi en direct. Lionel Ercolei, directeur de l'innovation, embraye : "Avoir des alertes en temps réel fait partie de l'ultra-performance. En cas de fuite, nous pouvons aussi savoir quelle partie du réseau nous devons couper, combien de foyer sont impactés, s'il y a des sites sensibles comme un hôpital par exemple. L'idée est d'améliorer notre performance car notre taux de rendement est déjà très haut". Le taux de rendement désigne la part d'eau qui arrive au robinet est de 86 % sur le territoire de Marseille Provence avance Marie-France Barbier. Lors des Assises de l'eau en août 2018, le gouvernement indiquait que la moyenne nationale était de 79,6 %.

"Le volet technologique et digital est bénéfique pour l'environnement, en cinq ans nous avons économisé 120 millions de mètres cube d'eau, cela représente la consommation du pays salonais, soit environ 140 000 habitants, sur un an", explique Marie-France Barbier. Un résultat obtenu grâce à une meilleure évaluation de la consommation qui permet de réguler la quantité d'eau distribuée. La maintenance du canal de Marseille est aussi un aspect important de cette performance. Au-delà du réseau dans son ensemble, l'économie se fait aussi chez les particuliers. En plus du suivi individuel que chacun peut faire ou non avec le télérelevé des compteurs, la SEM peut identifier une éventuelle fuite en cas de consommation trop importante la nuit.

Innover en interne

Depuis deux ans, 1 000 capteurs phoniques ont été installés sur le réseau représentant un investissement d'un million d'euros. Ils permettent de détecter des fuites pour permettre d'intervenir. Ces outils ont été développés avec la start-up originaire de Toulon, GreenCityzen. Une collaboration qui traduit la volonté du groupe des Eaux de Marseille de se tourner vers ses solutions. Le groupe compte ainsi parmi ses sociétés Somei, qui édite des logiciels en lien avec les métiers de l'eau, ou Ecotec, orientée vers l'électromécanique et la gestion énergétique avec un outil permettant d'avoir accès aux données (cartographie, historique d'interventions) en permanence.

"Nous développons en interne pour être très pertinent et adapté à nos problématiques", Marie Borni. "Notre capacité de développement interne nous permet d'avoir une force de frappe, une réactivité et une capacité d'anticipation plus forte et une certaine sérénité pour tester des choses", ajoute-t-elle. L'idée est d'entretenir cette mentalité tournée vers l'innovation. "Cela fait partie d'une culture d'entreprise qui se transmet de génération en génération le fait de se mettre dans une situation de réflexion et ne pas être passif face à une problématique", juge Marie Borni qui a commencé dans le groupe en 2003. Un aspect que la directrice déléguée veut désormais mettre en avant "pour faire comprendre notre métier".

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