Qui sont Jayne Estève Curé et Jina Luciani, le nouveau duo à la tête de la Maison Mode Méditerranée ?

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(Crédits : DR)
Passionnées et expertes de la mode, les deux femmes à la tête de la MMM à Marseille ont à cœur d’approfondir l’institution en renforçant le volet formation, en l’ouvrant sur l’Afrique et en prenant à cœur les nouvelles valeurs d’une filière qui se veut plus soucieuse de l’humain et de la planète.

L'une est franco-britannique. L'autre naît à Beyrouth puis grandit en Côte d'Azur.

La première, Jayne Estève Curé, tombe très tôt dans la marmite de la mode. Son père est jeaner. Elle commence par entreprendre des études littéraires en Angleterre avant de comprendre que "l'acte de création [lui] a toujours plu". Mais ce qu'elle aime par-dessus-tout, c'est de l'aider à émerger, à l'image d'une maïeuticienne. Et parmi les arts qui la touchent le plus : la mode, qu'elle envisage comme un "curseur remarquable pour comprendre les évolutions de la société". C'est ainsi qu'elle intègrel'École supérieure des industries du vêtement puis l'Institut français de la mode avant d'entamer une carrière qu'elle qualifie d'"éclectique", touchant tantôt à la formation, tantôt au consulting, en passant par le personal shopping VIP et l'accompagnement de jeunes créateurs. Un parcours aux quatre coins du monde, ponctué d'escales à Marseille, auprès de la Maison mode méditerranée (MMM) pour qui elle réalise quelques missions. "Une de mes premières missions a été d'étudier le secteur à Marseille pour Maryline Vigouroux, la fondatrice de la Maison". Plus tard, elle travaille avec les lauréats de l'OpenMyMed Prize, le prix organisé chaque année par l'institution. Elle les conseille sur les éléments qui font l'identité d'une marque, des valeurs jusqu'à la stratégie marketing.

Jina Luciani, de son côté, a plutôt opté pour la création en elle-même. Sa première passion, c'est l'humain. D'où le choix de s'orienter d'abord vers des études de médecine. Mais l'appel de la mode est plus fort.  "Je suis partie aux Etats-Unis pour l'étudier, au sein du Fashion Institute of Technology". Ce qu'elle poursuit par des études à Paris où elle se spécialise en lingerie. Puis elle enchaine les allers-retours de part et d'autre de l'Atlantique, travaillant pour de grandes marques comme Victoria'Secret ou Mark & Spencer. Avant de finalement revenir à sa source, le Sud de la France. Là elle fonde la marque Occidente, "des vêtements en coton bio". Une démarche éthique qui fait d'elle une lauréate de l'OpenMyMed Prize en 2016, puis à nouveau en 2019. L'occasion de mettre en avant son regard artistique sur la Méditerranée.

Soutenir la création d'inspiration méditerranéenne

Car comme Jayne, elle est convaincue qu'il existe un style méditerranéen. Une identité que les deux femmes essaient de définir par ces mots : "La générosité, un côté solaire, la fierté d'appartenir à un pays".

Et c'est cet amour d'une mode inspirée de la Méditerranée qui finit par les réunir en 2019, lorsque Jayne Estève Curé devient directrice générale de la MMM et Jina Luciani sa présidente. Un duo qui repose sur "une relation naturelle, instinctive. Nous avons le même regard sur la mode, sur la Maison et ses valeurs". Des valeurs soutenues par une complémentarité d'histoires de vie. Quand Jayne connaît bien l'amont et l'aval de la filière, Jina peut "apporter sa vision de créatrice". Un moyen de porter la parole d'une profession souvent trop occupée par ses défis quotidiens pour faire connaître ses besoins.

Ensemble, elles veulent "approfondir et enrichir l'existant". A commencer par le volet formation. "Nous proposons déjà une licence et deux masters en partenariat avec Aix-Marseille Université", rappelle Jayne Estève Curé. "Nous avons envie de pousser plus loin avec un doctorat de recherche autour de l'identité stylistique méditerranéenne, avec une approche sociologique et philosophique". Elargir l'offre de formation, mais aussi son rayonnement. "Nous souhaitons renforcer les liens avec les institutions dans les pays partenaires. Là, nous passons une convention avec l'école Casa Moda au Maroc".

Cap sur l'Afrique... et sur une mode plus tournée vers l'humain

Car la Méditerranée est historiquement au cœur de l'action de la MMM. Et les deux dirigeantes veulent aller plus loin en s'ouvrant sur l'ensemble de l'Afrique. "D'abord parce que Marseille est un port ouvert sur ce continent depuis des millénaires. Ensuite, parce qu'il y a une forte création en Afrique, à mettre en lien avec la créativité méditerranéenne". Une volonté qui s'illustre notamment par l'intégration d'une nouvelle administratrice : Sakina M'Sa, "originaire de Marseille et dont la famille est comorienne". Surtout, cette créatrice fait figure de pionnière en matière de mode durable et responsable.

Une tendance désormais forte de la mode dans laquelle les deux dirigeantes veulent s'impliquer comme l'illustre leur devise : "Craft, tech et care". Et Jayne Estève Curé de détailler : "Craft c'est le travail artisanal. Tech, c'est l'innovation qui doit être présente sous toutes ses formes. Et Care c'est le soin. Parce qu'il faut prendre soin de l'humain, du process, des matériaux, des employés". Des valeurs particulièrement encouragées auprès des lauréats de l'OpenMyMed Prize qui s'apprête à connaitre quelques réajustements. En plus d'intégrer des créateurs issus des quatre coins de l'Afrique, le Prix proposera une durée d'accompagnement de deux ans, contre un actuellement. Un moyen d'approfondir le processus de création et de répondre à une demande des lauréats qui aimeraient être soutenus sur une plus longue période. Car aller vers plus de qualité et d'humain, c'est, pour Jayne et Jina, aller dans le sens de l'histoire. "La mode évolue grandement", souligne Jina Luciani. "Pendant des années, l'industrie a oublié l'humain. Là, nous entrons dans une démarche beaucoup plus éco-responsable. La mode a évolué avec la société et s'est remise en question. Elle revient à l'humain, son amour premier, celui qu'elle habille".

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