La Mesta ou la chimie fine de “haute volée”

 |   |  911  mots
(Crédits : iStock)
Spécialisée dans la chimie fine de synthèse, l’entreprise basée à Gilette, dans les Alpes-Maritimes, mise sur le développement de procédés de production innovants pour s’imposer auprès de ses grands donneurs d’ordres et ainsi contrer la concurrence des pays à bas coût. Une stratégie de différenciation par la technologie initiée il y a quinze ans et qui porte aujourd’hui ses premiers fruits.

A proximité des berges de l'Estéron, sur une zone isolée de 5 hectares située dans le prolongement de la zone industrielle de Carros, La Mesta fabrique à façon 300 tonnes de molécules chimiques complexes par an, des principes actifs le plus souvent, pour l'industrie pharmaceutique, le secteur des arômes et parfums et la cosmétique essentiellement. Mal connue sur la Côte d'Azur, elle est pourtant considérée, dans le microcosme de la chimie fine de synthèse, comme l'une des usines les plus en pointe au monde. Surtout depuis 2004, date à laquelle l'entreprise de Gilette, fondée en 1971 par des pharmaciens, a décidé de miser sur la technologie et la R&D pour contrer la concurrence des pays à bas coût, la Chine en tête. "Les années 2000 ont été terribles pour notre secteur, tous les produits partaient en Asie", raconte Pierre Giuliano, directeur général de La Mesta. "Pour survivre, nous avons dû changer fondamentalement notre portefeuille de clients afin de ne plus faire des produits que tout le monde savait faire, mais des produits que, grâce à la technologie que nous avons développée, nous sommes les seuls à savoir faire". Une stratégie différenciante que l'entrée du façonnier dans le giron du groupe industriel familial Yriel en 2013 a conforté.

La chimie en continue

Cette technologie, baptisée Raptor, consiste à travailler sur la miniaturisation et l'intensification des procédés pour délivrer une production en continue, et non plus par lots. Concrètement, il s'agit de remplacer les cuves de 6000 litres où "mijotaient" des heures durant de grosse quantité de produits par des réacteurs beaucoup plus petits, de la forme d'un tube de 4 cm de largeur, lesquels fonctionnent en continu à des conditions de température plus élevée permettant d'accélérer considérablement la vitesse de réaction. Les avantages ? "En intensifiant la production, on obtient des molécules de meilleure qualité, surtout, on utilise moins de matières premières et moins de solvants, ce qui diminue les déchets générés et réduit les besoins en énergie", explique le dirigeant. L'usine, classée Seveso, gagne ainsi en productivité et en valeur ajoutée tout en limitant son impact environnemental et les risques liés à la manipulation de produits corrosifs et toxiques.

Gaps technologiques

Imaginée en 2004, opérationnelle depuis 2008, la technologie en continue Raptor est, après une phase de montée en puissance progressive de dix longues années, aujourd'hui utilisée pour la fabrication d'une dizaine de principes actifs que l'on retrouvent, par exemple, dans un anti-vomitif dédié au milieu hospitalier, dans du papier photo ou encore dans des produits de soins pour les cheveux (antichute) et la peau (anti-âge). "Raptor représente à ce jour 20% de notre activité. L'objectif est d'ici à 3 ans de porter ce taux à 30% en développant de nouvelles lignes de fabrication", indique Pierre Giuliano. Qui précise : "Plus largement, notre but est de pousser rapidement l'ensemble de nos procédés différenciants pour réaliser, à moyen terme, 50% de nos produits à partir des technologies en continue". Car Raptor n'est que la partie émergée de l'iceberg La Mesta. D'autres gaps technologiques sont en passe d'être franchis. Parmi eux, "un procédé de distillation très spécifique" développé depuis 2014 et pour lequel l'entreprise a investi une enveloppe globale de 1,3 M€. Il est dédié à la fabrication d'un composé de parfumerie dont la production sera lancée cette année. "Ce sont tous ces projets innovants qui nous permettront de casser le plafond de verre et de franchir les 20 M€ de chiffre d'affaires (contre 17 M€ en 2018, NDLR)", avance le dirigeant.

Dans les produits du quotidien

L'usine de Gilette, qui emploie 80 personnes, a ainsi su se rendre indispensable auprès de ses clients, des grands groupes internationaux principalement, basés en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. Elle commence par ailleurs à profiter du rapatriement par ces grands donneurs d'ordres d'une partie de leur production en Europe, notamment pour des raisons de fiabilité, de traçabilité et d'image. L'image justement. "Nos molécules sont présentes dans nombre de produits du quotidien comme des crèmes de soins, des lingettes, des parfums, des produits allégés (sodas, yaourts...), du papier photo ou encore certains médicaments (antiseptiques, mal des transports, antitussifs...) dont nous sommes bien souvent le seul fabricant du principe actif qui les compose". Pour autant, "parce qu'on fait de la chimie, on est perçu comme le méchant pollueur. C'est toute l'ambiguïté de notre métier". Cette image, qui colle à la profession comme le sparadrap du capitaine Haddock, La Mesta tente de la combattre en étant "hyper vertueuse" en termes de sécurité et d'environnement. "La totalité du site de production est en rétention et nous disposons d'une station d'épuration correspondant à la capacité de traitement d'une ville de 4000 habitants". "Longtemps, pour vivre heureux, on vivait caché, poursuit le dirigeant. Aujourd'hui, on assume ce que l'on fait, de la chimie de haute volée. On en est fier". Et cette fierté s'est matérialisée par la pose, début juin, d'un premier panneau signalétique à l'entrée de l'usine où La Mesta Chimie Fine affiche en grand son métier de chimiste pour la pharmacie, la cosmétique, les arômes-parfums. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour La Mesta, ça veut dire beaucoup !

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :