David Gurlé : "Le succès d'un business, c'est l'équation entre variables et constantes"

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(Crédits : DR)
En installant son centre de R&D au cœur de Sophia-Antipolis, le fondateur de Symphony, la messagerie destinée aux entreprises née à Palo Alto, envoie un signal fort sur les capacités de la technopole à être terre de ressources et de compétences, ce qui tombe bien, exactement l'année de ses 50 ans. Une façon aussi pour l'entrepreneur, azuréen d'origine, d'importer une dose de philosophie US. Qui fait bien là où parfois ça fait mal.

Le choix de Sophia-Antipolis, a été dit-il "un choix délibéré". C'est parce que Symphony rencontrait des difficultés à recruter des talents à Palo Alto - la politique de Trump en matière de visa accordés aux compétences étrangères étant celle que l'on sait - que ce manque causait une inflation des salaires et une "frivolité" dans le changement d'emploi et que David Gurlé en avait assez "de perdre nos investissements", que démarche a été actée pour dénicher le meilleur lieu capable d'accueillir une implantation de Symphony, sous d'autres cieux que les cieux nord-américains.

Sur 19 candidatures, 3 pays seulement ont constitué la short-list finale. Dont la France, mais pas en pôle position, plutôt en seconde, après Singapour. Laquelle s'est révélé posséder un "pool de talents encore plus limité qu'à Palo Alto", pointe David Gurlé. Ce sera donc la France. Mais qui de la Bretagne, de Paris, de Grenoble ou de Sophia-Antipolis ? Sophia-Antipolis l'emporte face à Grenoble, la technopole étant de plus grande taille, possédant une expérience plus large. A ajouter à la connaissance que David Gurlé en avait, puisque c'est là qu'il débute sa carrière.

Dynamisme ambiant

Depuis fin 2018, Symphony est donc installée au sein de la pinède sophipolitaine. 35 ingénieurs s'y activent, ils seront 50 d'ici la fin de l'année, 100 d'ici fin 2020. Alors que Sophia-Antipolis connaît elle aussi des problèmes de recrutement, David Gurlé dit trouver facilement des ingénieurs développeurs, dit aussi que c'est "plus lent" pour ce qui concerne les postes de chef de produit, celui qui a "un pied dans la techno et l'autre dans le business". Mais même "si c'est plus lent qu'à Palo Alto, au moins, nous conservons nos talents", précise David Gurlé, qui se réjouit de la diversités des nationalités, 11 différentes sur les 35 postes, "un vrai melting pot culturel".

Et qui est tout autant ravi du dynamisme de la technopôle, "que l'on ressent", du soutien obtenu des institutions, de la CCI Nice Côte d'Azur à la Région Sud en passant par la French Tech, "de l'accueil humain" qui lui a été réservé. "Notre région a beaucoup d'atouts et cela ne va que s'améliorer".

Des investisseurs, utilisateurs

Le développement de Symphony, née en 2014 à Palo Alto, va "au-delà de nos attentes initiales", souligne David Gurlé, qui a bouclé récemment sa 5ème levée de fonds. Avec un cash flow est positif, "à nous maintenant de transformer ce succès de levée de fonds en succès commercial. Nous devons nous donner les moyens de rester en place, au cas où le marché se comporte mal. Le succès d'un business, c'est l'équation entre variables et constantes. Face aux variables, il y a des coefficients. On se pose constamment la question de comprendre les raisons de nos succès et de nos échecs. La variable la plus importante, c'est le produit. Le deuxième, c'est l'utilisation chez le client, quand celui-ci l'utilise bien".

Cependant, "les clients prennent le temps pour acheter, c'est cela que nous devons accélérer".

Ce qui explique le bon comportement de Symphony, c'est que "la plupart de nos investisseurs, sont nos clients. Nous sommes en train de construire une nouvelle autoroute, sécurisée, sans le tracas de savoir si les données vont parvenir à destination. Avant, il n'existait que des chemins. Avoir nos clients comme investisseurs porte notre stratégie. Ce que nous avons réussi en 4 ans et demi est exceptionnel", souligne David Gurlé, rappelant qu'actuellement, 430 000 utilisateurs utilisent Symphony, dans près de 60 pays.

Moteurs qui tournent

Des investisseurs d'ailleurs aux profils assez divers, à la fois des banques d'investissement mondiales, des fonds de capital risque et des entreprises issues de la tech. Une "jolie ventilation qui apporte une diversité de points de vue, ce qui est très enrichissant", analyse David Gurlé. Qui table sur une croissance devant porter le chiffre d'affaires à 60 M$ pour l'exercice en cours (contre 50 M$ pour 2018) et 500 000 utilisateurs.

"Le pivot que nous sommes en train de faire entre Sophia-Antipolis et Palo Alto est un "long game", avoue le dirigeant. "Nous ajoutons un moteur sur l'avion pendant que les autres moteurs tournent. Nous devons réussir cette transformation".

La France, une vraie Startup Nation ?

Français, vivant aux Etats-Unis, comment David Gurlé perçoit-il la France dont Emmanuel Macron veut en faire une Startup Nation ? "La startup c'est une lutte. Lorsqu'une entreprise démarre, tout est à établir, tout change. Cela requiert une mentalité d'optimisme, de persistance, de persévérance. Il faut être créatif. Le message n'est pas vraiment passé. C'est nous qui détenons les clés de notre réussite. Je crois en ce qu'Emmanuel Macron à fait. Muriel Pénicaud à Business France nous a beaucoup aidé".

Vouloir être la Silicon Valley de l'Europe, ce que souhaite être Sophia-Antipolis, mais également d'autres territoires, est-ce un doux rêve ou une réalité possible ? "La Silicon Valley possède des caractéristiques propres. Il y a des gens qui rêvent et des fous qui n'ont pas peur de conquérir le monde. Il y a ceux qui veulent croire à ces gens-là. Si on leur donne les moyens, ils vont réussir. Et si ça ne marche pas tout de suite, ce n'est pas grave, ça fonctionnera plus tard. Des personnes ont cru en moi. La différence entre la France et la Silicon Valley c'est que dans la Silicon Valley, on adore le succès. Être riche n'a rien de mauvais, c'est inspirant. En France, c'est tabou".

Et David Gurlé de dire à quel point il faut apprécier la réussite. "Il faut la chérir, ne pas la pousser en dehors de notre cadre. Pour être la Silicon Valley de l'Europe, il faut créer un écosystème, des investisseurs, pour nourrir les idées".

Rêver grand

L'initiative du Coq français a-t-elle permis de modifier l'image de la France technologique ? "La France n'était pas bien vue de l'étranger", reconnaît David Gurlé. Qui distille ses conseils : "Il faut rêver grand. Le succès vient à petits pas, à chaque pas on s'améliore. L'effort paye. Il faut penser sur le long terme, on ne réussira peut-être pas comme on l'avait imaginé mais c'est la vie".

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