Nice-Matin : l'opération d'Iskandar Safa pour rassurer

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(Crédits : DR)
Choisi par la SCIC à 60 %, le projet de l'homme d'affaires libanais, propriétaire de Valeurs Actuelles, inquiète la rédaction du quotidien basé à Nice, soucieuse de conserver son indépendance éditoriale. Même le rachat de 34 % du capital par Xavier Niel ne freine pas la volonté de celui qui compte sur son M. Presse, Francis Morel, ex-Le Figaro et ex-Les Echos pour rassurer les équipes.

Pour Iskandar Safa, le rachat de Nice-Matin devait être (presque) une formalité. Positionné dès le début de l'année comme candidat à la reprise du titre, ayant présenté son offre devant les salariés assez tôt, il ne lui restait plus qu'à attendre que l'opération soit conclue.

Mais c'était compter sans l'arrivée aussi soudaine que surprenante de Xavier Niel et l'annonce de l'entrée en négociations exclusives du patron de Free avec le groupe belge Nethys, propriétaire de 34 % du capital de Nice-Matin.

L'opportunité pour le quotidien de choisir entre deux investisseurs - l'un avec une offre, l'autre avec un plan de développement - s'est rapidement transformée en bras de fer. L'Assemblée générale qui s'est tenue le 12 juillet dernier faisant clairement ressortir les divergences. Car si la SCIC, qui réunit les 456 salariés actionnaires s'est prononcée à 60 % pour le projet présenté par Iskandar Safa, le collège de journalistes, lui, s'est prononcé en faveur de celui porté par Xavier Niel, à 95 %.

Une rédaction inquiète de l'indépendance éditoriale qui pourrait être la sienne si Iskandar Safa devenait propriétaire du titre. Car l'homme d'affaires libanais est aussi le patron de Valeurs Actuelles, très ancré à droite. Et l'idée d'éventuelles synergies, entre les deux titres n'étant pas faire pour plaire.

Pacte dénoncé ?

Près d'une semaine après l'AG du 12 juillet, chacun pose ses jalons. Surtout, il était question d'une dénonciation du pacte d'actionnaires par le PDG de Nice-Matin, Jean-Marc Pastorino - qui n'a pas caché sa préférence pour Iskandar Safa et qui n'a répondu à aucune des nombreuses sollicitations de La Tribune, dénonciation qui pourrait entraîner un redressement judiciaire. Et qui devait être exécutée rapidement.

Selon nos sources, rendez-vous était prévu ce 17 juillet au tribunal de commerce de Nice. Il semblerait que dénonciation du pacte il n'ait pas eu.

Mais en parallèle, Iskandar Safa monte au créneau. A sa façon. C'est Francis Morel, ex directeur général du Figaro et des Echos, qui est chargé de rassurer les troupes niçoises. Chargé du pôle presse de Privinvest Medias, il se rend vendredi à Nice, où il voudrait pouvoir "écouter et entendre". Et de balayer ce qui pour lui relève de "fantasmes". Non, il n'y aura aucune synergie entre Nice-Matin et Valeurs Actuelles - "cela n'a pas de sens, entre un quotidien local et un hebdomadaire" - et cela sera même mis noir sur blanc, via une charte d'indépendance éditoriale qui précisera bien "l'absence totale de liens entre les deux journaux". Et de rappeler que l'arrivée de Serge Dassault au Figaro ou celle de Bernard Arnault aux Echos avaient aussi été sources de craintes de la part des rédactions, crainte aplanie par la signature d'une charte du même ordre.

De même, hors de question de remplacer l'équipe éditoriale en place. Toujours faux - ou à moitié vrai - Francis Morel n'entend pas prendre la présidence du conseil de surveillance, mais "seulement" y entrer, "plus tard".

Safa à des projets, Niel administrateur

Et Francis Morel d'insister surtout sur la volonté d'apaiser les tensions. "Nous sommes à un moment où il faut discuter. Un journal est fait d'un ensemble de compétences. Il n'y a pas de journal sans rédaction mais il n'y a pas non plus de journal sans commerciaux, sans imprimeurs, sans informaticiens". De poursuivre sur la nécessité de distinguer le business et le juridique. Sur la première partie, oui, il y a bien l'intention d'entamer des projets, notamment lié au Hall des rotatives pour optimiser l'usage de l'endroit. "Beaucoup de choses n'ont pas été faites. L'entreprise doit maintenant avancer". D'autant que "ce journal a du potentiel. Mais pas d'argent pour se développer. Bravo à la SCIC pour l'avoir maintenu à flot. L'une des raisons des difficultés de Nice-Matin vient de l'attitude de Nethys", pointe Francis Morel.

Qui pour la partie juridique assure être certain que "nous allons gagner". Et devenir majoritaire dès le début de 2020, par le rachat des parts détenues par la SCIC. Rappelle que aucune offre de reprise ne pouvait être déposée après la date du 28 juin, date définie par la SCIC elle-même. Et que celle de Xavier Niel est arrivée le 12 juillet, date à laquelle le patron de Free est devenu propriétaire des 34 % de Nice-Matin.

Xavier Niel de son côté a annoncé dans un courrier la prochaine nomination de 4 administrateurs. Dont lui-même. Redit son engagement à long terme. Aussi sa volonté de rassembler l'ensemble des équipes autour de son projet. Et assure d'une prise de contrôle "incontestable" du groupe dans les semaines qui viennent.

Le bras de fer continue...

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