Patrick Mouratoglou, service gagnant

 |   |  804  mots
L’entraîneur et homme d’affaires Patrick Mouratoglou a eu la bonne idée de créer un complexe hôtelier plutôt qu’un simple centre sport-études.
L’entraîneur et homme d’affaires Patrick Mouratoglou a eu la bonne idée de créer un complexe hôtelier plutôt qu’un simple centre sport-études. (Crédits : Mouratoglou Academy)
Le coach qui a redonné confiance à Serena Williams, c'est lui. C'est lui aussi qui a installé sa Mouratoglou Academy sur 12 hectares, en plein cœur de Sophia-Antipolis, la première technopole d'Europe, là où il est davantage question d'innovation que de petite balle jaune. Pourtant, business et disruption vont aussi bien ensemble. Quitte à faire bouger les lignes.

Son nom est forcément associé à celui de Serena Williams. Car un beau jour de 2012, c'est vers ce coach que se tourne celle qui est alors n°5 mondiale et en pleine crise de foi. Une rencontre qui signe le début d'un "Dynamic Duo" permettant à la joueuse américaine de renouer avec la victoire et d'entrer dans l'histoire. Si être le coach de l'une des plus grandes tenniswomen du monde a forcément un peu plus mis la lumière sur lui, Patrick Mouratoglou est surtout perçu comme celui qui décèle les graines de champions comme Coco Gauff, Stefanos Tsitsipas, Alexei Popyrin... D'ailleurs c'est précisément pour donner aux jeunes talents une chance d'accéder au haut niveau que Patrick Mouratoglou créé sa propre Academy, née aux environs de Paris avant de "descendre" dans le Sud, en 2016 et de s'implanter au cœur de Sophia-Antipolis.

"J'avais connu la frustration de ne pas pouvoir arriver pro, j'ai eu envie de donner une chance aux jeunes talents d'y parvenir". Quant au choix de Sophia, il le doit à la fois à la surface disponible - 12 hectares en pleine forêt - et à son taux d'ensoleillement annuel, le tennis étant, dit-il "un sport d'extérieur". Sa volonté de rester sur le sol français et la proximité de l'aéroport international Nice Côte d'Azur feront le reste. Si le montant de l'investissement consenti pour aménager l'endroit - un ancien golf - demeure secret, l'Academy fonctionne depuis comme une véritable ruche. Et ça, c'est grâce au business modèle développé par Patrick Mourataglou, l'homme d'affaires.

Dupliquer le modèle

Car derrière le coach il y a le businessman. Qui sent les tendances, sait surfer dessus, s'en inspirer. Aussi, plutôt que de donner vie simplement à un centre sport-étude, c'est un resort entier qui est pensé. "Je me suis rendu compte qu'il existait des activités connexes et annexes, que les infrastructures sportives, non utilisées lors de certains créneaux horaires, pouvaient aussi faire partie d'un country club" détaille Patrick Mouratoglou. Aux 34 courts disponibles en dur ou en terre battue, s'ajoutent notamment un centre médico-sportif et un complexe hôtelier 4*, proposé sous l'enseigne Beachcomber.

Ou comment développer un concept pile dans l'air du temps, même si sur le chiffre d'affaires généré, Patrick Mouratoglou préfère demeurer discret. Un concept qui a pris le temps de faire ses preuves et qui va être dupliqué, notamment dans un resort de luxe, en Grève, "construit pour nous", dès l'an prochain ainsi qu'en Malaisie, à Kuala Lumpur, pour un programme sport études prenant place dans une pension de haut niveau. "Jusqu'à présent j'ai toujours refusé les propositions de dupliquer le modèle ailleurs. Mais désormais nous sommes prêts". A Sophia-Antipolis, l'enseigne Beachcomber a par ailleurs laissé la place à... Mouratoglou. Question de cohérence est-il avancé. L'opération constitue aussi les premiers pas dans l'hôtellerie.

La techno au service du joueur

Comment ne pas parler technologie quand on est installé au sein de la première technopôle européenne ? Sur le sujet, Patrick Mouratoglou a des idées claires - "il faut savoir exactement ce que le marché attend", "utiliser le bon sens. La techno doit permettre au joueur de gagner plus encore demain" - et des projets. Comme cette plateforme digitale, media à part entière lancée début 2020, proposant du contenu, dévoilant les coulisses et les entraînements de joueurs, parlant matériel... Un projet mené avec Reworld Media et dans la peau de l'investisseur... Serena Williams.

Lorsqu'on évoque son cœur de métier, qui demeure tout de même le tennis, Patrick Mouratoglou ne se fait pas prier pour monter au filet. "La discipline a du mal à attirer les jeunes. Il faut dire que la moyenne d'âge des fans est de 62 ans. Ce que je demande aux instances internationales, c'est de remettre au goût du jour les recettes des années 80", ces années où les McEnroe, Borg et Leconte ne craignaient pas d'exprimer leur colère et leurs émotions sur les courts. "Nous n'apprenons rien à nos enfants en voulant montrer des gens en apparence parfaits. Les jeunes qui arrivent sur le circuit doivent pouvoir exprimer leur personnalité. On doit également autoriser le coaching pendant le match, cela créerait des interactions et permettrait aux spectateurs de comprendre le tennis. Si on blâme des joueurs parce qu'ils sont passionnés, alors on n'a rien compris. La passion, c'est la vie".

___

BIO EXPRESS

  • 1970 Naissance le 8 juin à Neuilly-sur-Seine
  • 1996 Création de la Mouratoglou Academy en région parisienne
  • 2012 Début de la collaboration avec Serena Williams. Ils gagnent ensemble dix Grands Chelems et deux médailles d'or
  • 2016 Inauguration de la Mouratoglou Academy à Sophia Antipolis

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :