Biotic Phocea mise sur la diversification de ses activités

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(Crédits : DR)
Installée à Marseille, cette PME est spécialisée dans la dermopigmentation. Une technique qu’elle a d’abord utilisée à des fins médicales puis esthétiques avant de se lancer dans les cosmétiques. Cette pluridisciplinarité demande des moyens et pose une question : celle de la pertinence d’une levée de fonds pour cette entreprise familiale.

e tatouage devrait être un acte médical. C'est la philosophie à l'origine de la création de Biotic Phocea en 1999 par le Docteur Tiziano. Ce chirurgien plastique, expert de la construction des aréoles mammaires post-cancer du sein, sait combien l'implémentation de pigments dans la peau n'est pas à prendre à la légère., ceux-ci pouvant contenir des substances cancérigènes. Il crée donc des pigments stériles pour lesquels il obtient la qualification de dispositif médical. Des pigments grâce auxquels il redessine l'aréole des femmes, chose qui, auparavant, se faisait assez peu. « Soit on ne faisait rien, soit on reconstruisait en volume ou bien avec une greffe de lèvre », explique sa fille, Sandie Tiziano-Schaer, devenue directrice des laboratoires Biotic Phocea.

En plus des reconstructions d'aréoles, la société utilise aussi la dermopigmentation dans le cadre de la radiothérapie. « On implante de l'encre dans des lancettes et on dessine des points pour délimiter la zone à traiter ». Autre usage médical : Biotic Phocea est la seule entreprise à proposer des pigments pour la recoloration de l'iris en ophtalmologie.

Médecine, esthétique et cosmétique

Au départ purement industrielle, l'entreprise familiale a vite compris qu'il fallait aussi former le personnel médical à l'utilisation de ces pigments. D'où la création en 2005 de son centre de formation à Marseille. « Former des médecins a pris du temps. En attendant, il fallait bien vivre ». C'est pour cette raison que l'entreprise s'adresse rapidement à un second marché : l'esthétique. Avec un principe : « qui peut le plus peut le moins. Si notre encre est utilisée en médecine, elle peut aussi bénéficier à ce secteur ». Biotic Phocea s'adresse alors à des salons d'esthétique et de tatouage. Ses pigments sont utilisés pour le maquillage permanent ou encore la trichopigmentation : le tatouage du cuir chevelu pour masquer une calvitie ou une cicatrice post-greffe. Ces activités lui permettent de croître rapidement et représentent aujourd'hui un tiers de son chiffre d'affaire, autant que le médical, et autant que la troisième activité de l'entreprise : les cosmétiques.

« A l'origine, on pensait que le tatouage allait devenir interdit », se rappelle Sandie Tiziano-Schaer. « C'est pour cela que l'on s'est lancé dans les cosmétiques. Il s'agissait en fait d'une porte de sortie ». D'autant que le cadre réglementaire y est bien moins complexe. Si la société a développé une marque à son nom, Docteur Tiziano, l'essentiel de son travail consiste en de la sous-traitance. Elle conçoit des produits contenant au moins 75 % d'ingrédients bio, alors que le minimum requis pour le label Cosmos est de 20 %. C'est ainsi qu'elle parvient à tirer son épingle du jeu sur ce marché très concurrentiel. Elle commercialise également une gamme de produits à appliquer avant et après un tatouage pour en limiter les risques.

Car, c'est aussi le message que veut faire passer l'entreprise : un tatouage n'est en rien anodin. « L'encre s'ancre en nous », insiste Sandie Tiziano-Schaer. Il faut donc la plus grande précaution en ce qui concerne les pigments utilisés. Pour sensibiliser à ce sujet, l'entreprise a lancé une plateforme, Ink me up, qui met en relation les clients avec des professionnels de la dépigmentation triés sur le volet. Une plateforme appelée à prendre de l'ampleur en 2020. « Il va falloir générer du trafic et communiquer auprès du grand public ».

Cap sur la commercialisation

Et c'est loin d'être le seul chantier. Après une année intense de recherche et d'homologation de produits, 2020 doit permettre de valider les efforts sur la partie commerciale à l'international. Ainsi, Sandie Tiziano-Schaer espère voir sa solution ophtalmologique s'exporter au Moyen-Orient et en Asie. « Là-bas, il y a un intérêt esthétique pour ce produit de la part de personnes qui veulent changer la couleur de leurs yeux ». Et les procédures d'homologation y sont plus aisées qu'aux États-Unis.

Du côté des cosmétiques aussi, l'entreprise espère lancer ses nouvelles formules à l'export. Il est aussi question de repositionner la marque pour aider les clients à y voir plus clair dans ce large panel d'activités. Enfin, Biotic Phocea a à cœur de poursuivre ses efforts de recherche et développement, un sujet qui occupe la moitié de son effectif. « On travaille sur des sujets de fond. Il y a des problématiques industrielles dans la mesure où la reproductibilité des pigments est compliquée. Il y a aussi la question de leur devenir dans la peau».

Des projets qui nécessitent des moyens financiers. Jusqu'alors, l'entreprise a toujours été détenue à 100 % par la famille Tiziano. « Nous avons été approchés par des investisseurs mais nous nous sommes montrés prudents. Nous avons une gestion en bon père de famille. Quand on embauche, on y réfléchit ».

Pourtant, Sandie Tiziano-Schaer en est consciente : « Il nous faudrait des moyens commerciaux pour aller à l'export et atteindre 10 millions d'euros de chiffre d'affaire d'ici deux ans, contre 3,6 millions aujourd'hui. Avec des investisseurs les choses pourraient aller très vite. Il est peut-être temps, si nous voulons passer un cap, de recourir à une levée de fonds. On y réfléchit ».

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