Guillaume Dujon ou le principe des combinatoires urbaines

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(Crédits : DR)
Originaire de la Seyne-sur-mer, dans le Var, "monté" à Paris, cet architecte formé au Kyoto Institute of Technology co-dirige Architectes Singuliers, s'intéressant particulièrement à l'accompagnement des métropoles françaises, notamment pour leurs projets urbains. Ce qui l'emmène, entre autres de Toulouse à Marseille, en passant par Sophia-Antipolis.

L'architecture, il y a est venu par passion. Ou vocation. C'est synonyme. Né à La Seyne-sur-Mer, "bon en mathématiques et en disciplines artistiques", il enchaîne prépa HEC et école de commerce. Mais, "ce n'était pas une fin en soi. Assez tôt, j'ai eu de l'appétence pour les choses urbaines", raconte Guillaume Dujon.

Direction alors le Japon et le Kyoto Institute of Technology, où il est formé par Kengo Kuma, l'architecte notamment du FRAC à Marseille. On y verra plus tard une sorte de clin d'œil à rebours. De retour en France, il se spécialise dans l'urbanisme opérationnel et les projets résidentiels. Un mix qui façonnera son projet d'entreprise.

Le principe de l'hypercontextualisation...

Avec Matthieu Hackenheimer, il crée Architectes Singuliers en 2014, en région parisienne. Mais il s'intéresse plus spécifiquement aux enjeux des métropoles françaises, dont "les combinatoires urbaines complexes nécessitent un travail méticuleux d'analyse et une forte émulation autour d'équipes pluri-disciplinaires". Répétant que ce qui crée la valeur d'un projet c'est d'embarquer toutes les parties prenantes dans l'aventure, du maître d'ouvrage aux riverains. "Notre rôle d'urbaniste n'est pas de projeter une vision subjective et personnelle, mais avant tout d'être à l'écoute et de trouver des consensus. L'urbanisme de planification ne correspond pas à notre vision". Au contraire, préconise-t-il, il faut s'intéresser "à l'essence même du quartier. Faire de l'hypercontextualisation". C'est-à-dire s'intéresser à la vie du lieu, "comment se rendre utile aux habitants, puis comment à son tour le quartier peut se rendre utile à la ville, à la métropole".

... et celui de la biophilie

C'est cette vision qu'il imprime dans le projet du parc Borely, porté par Martine Vassal, candidate LR au scrutin municipal de Marseille en mars prochain. Un projet présenté il y a quelques jours, qui vise à agrandir l'impact du Parc sur son environnement. "Le Parc Borely est un signal important, concret même concernant le congrès mondial de la nature qui se tient en juin prochain. On ne peut pas se satisfaire de la forêt urbaine. L'idée du projet est qu'il n'y est pas moins de 500 mètres entre les espaces verts et les habitants. C'est ce que l'on nomme de la biophilie. Les espaces verts permettent de générer moins de stress, d'avoir une immunité boostée et pacifiée", indique Guillaume Dujon. Qui avait en tête la volonté d'étendre le parc, un parc "au rayonnement local", qui ne doit pas être réservé uniquement aux habitants en proximité, d'où cet enjambement pour aller vers la mer et pour s'étendre vers l'Hippodrome. "C'est ce que l'on nomme le principe de la biophilie, le contact régulier voire quotidien avec la nature, même pour les citadins. Au Japon, on observe moins de stress et de pathologies chez les habitants qui pratiquent le "Shinrin yoku" (bains de forêt)".

Parc Borely

Préférer la frugalité

Alors que l'on évoque souvent la ville de demain, de celle vile verte, durable et connectée, comment faire coïncider tous les éléments, dans un équilibre pas toujours facile à organiser ? "Aujourd'hui on ne fabrique plus le logement sans penser en même temps le transport, la mobilité, le travail... Tout est imbriqué".

De même, il est souvent fait mention d'un retour à l'architecture méditerranéenne en terre provençale, alpine ou azuréenne, par ses aspects de prise en compte du climat et des spécificités locales. Pour Guillaume Dujon, c'est encore plus simple. "L'architecture c'est le bon sens de ma grand-mère". Considère qu'il ne s'agit pas des pasticher un style, mais "de réhabiliter la sagesse du mode de vie et des modes constructifs, qui par facilité ont été sacrifiés, sans pour autant se priver d'une gestion innovante et intelligente des énergies".

A Toulouse, l'agence participe à la concrétisation de l'écoquartier de la Cartoucherie, et s'apprête à livrer un projet de 420 logements pour Nexity et Toulouse Métropole Habitat, dont le principe est de rompre la monotonie des ZAC en imbriquant les volumes pour insuffler une perception favorable de la densité. L'équipe d'Architectes Singuliers vient également de remporter l'appel à projets innovants "Dessine-moi Toulouse", sur le site de Jolimont, du nom de la station de métro éponyme, avec l'ambition d'une requalification urbaine exemplaire basée sur les mobilités douces et des îlots de fraîcheur, pour accompagner le programme de 18 000 m2 de logements, bureaux et commerces.

Joliment Toulouse

A Sophia-Antipolis, c'est l'ADEME que Architectes Singuliers accompagne, le site azuréen étant destiné à devenir un site pilote, dans le cadre de l'application du décret tertiaire.
Ce qu'il faut retenir, finalement, c'est "vivre avec le climat" et accorder la place qu'il faut à "une technologie mesurée". Question d'équilibre...

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