Olipech élargit ses activités, du verger à l’assiette

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(Crédits : DR)
Installée à Grans, cette PME familiale s’est longtemps contentée de vendre en l’état les pêches et olives cultivées sur son exploitation avant de les transformer en huiles et, depuis peu, en tartinables. Un moyen de minimiser les risques face au réchauffement climatique, de fidéliser ses salariés saisonniers mais aussi de valoriser ses produits tout en maîtrisant leur tarif.

Des bouteilles de jus de pêches et de nectarines. De l'huile d'olive sous plusieurs déclinaisons, "à l'ancienne", "fruitée verte" ou adoucie par du jus de fruits frais. Des picholines à déguster à l'apéritif. Des tartinables associant l'olive noire aux oignons confits ou à la sardine... Cette année, à l'occasion du salon Food in sud dédié à la gastronomie méditerranéenne, le stand d'Olipech affiche une grande diversité de produits. Et pour cette entreprise familiale de cinq générations, c'est une nouveauté.

"A l'origine, nous étions producteurs de fruits à noyaux", raconte Hugo Leydier, PDG de l'entreprise. Des pêches et des nectarines vendues pour l'essentiel à la grande et moyenne distribution. Au début des années 2000, son père rachète une oliveraie attenante au verger avec l'idée de se diversifier pour limiter les risques, la pêche étant un fruit fragile particulièrement vulnérable face aux changements climatiques. "Cela nous permettait aussi de garder nos salariés plus longtemps sur l'année". Alors que la pêche ne leur offrait que trois mois de revenus dans l'année, l'olive, qui a besoin de la main de l'homme d'avril à décembre, leur garantit désormais huit mois d'activité. "Cela permet de les fidéliser et qu'ils n'aillent pas voir ailleurs". D'autant que la main d'œuvre est un sujet sensible dans ce milieu, "pour les postes saisonniers mais aussi pour les permanents", regrette Hugo Leydier.

Rendre accessibles les produits locaux

C'est ainsi que le verger familial devient Olipech, où 75 hectares d'oliviers s'ajoutent aux 180 dédiés à la pêche et à la nectarine. En 2012, elle se dote d'un moulin pour produire elle-même son huile et valoriser ses récoltes. Le producteur veut "redonner son vrai prix à l'huile d'olive, sans spéculation", explique Dimitri Dubois, responsable commercial de l'entreprise. Elle doit être excellente pour concurrencer celle importée d'Espagne qui inonde 95 % du marché à des prix très bas. "En grande surface, on en trouve à trois euros le litre car leurs coûts de production sont plus bas, les techniques plus automatisées et la culture plus intensive". Ici, les oliviers sont espacés de huit mètres contre un mètre de l'autre côté des Pyrénées. "Mais elle doit aussi être accessible à tous", et ce grâce à la réduction du nombre d'intermédiaires. Ainsi, alors que l'huile français se vend en moyenne 24 euros le litre, Olipech la propose à 16 euros. "Les consommateur sont prêts à mettre le prix pour avoir de bons produits locaux mais ils ne veulent pas se faire voler".

Une tendance au mieux-manger local dont Hugo Leydier, lorsqu'il arrive aux commandes de l'entreprise, entend bien tirer profit. D'où la création de la marque Lol'ive lancée début 2019 et qui regroupe tous les produits transformés par l'entreprise. L'huile d'abord, déclinée en plusieurs variétés parmi lesquelles des huiles aux fruits frais. "Nous sommes très peu à faire cela. Nous pressons les olives en même temps que les fruits frais", à savoir des clémentines et citrons corses ainsi que du basilic cueilli sur l'exploitation. Il y a ensuite sept tartinables à base d'olives vertes ou noires. Une gamme voulue tout de suite large pour être visible et gagner en notoriété auprès de ses clients potentiels que sont les épiceries fines, les petites surfaces mais aussi les particuliers via la boutique en ligne.

Réduire la distance entre producteurs et consommateurs

Pour se faire connaître, la PME investit beaucoup dans des salons et foires. Pour le moment distribuée en région Provence-Alpes Côte d'Azur, elle n'exclut pas d'étendre son maillage à l'échelon national en étant présente dans des événements à Paris et Lyon. "A terme, on pourrait même avoir des commerciaux multi-cartes dans différentes régions", imagine Dimitri Dubois. De quoi faire grimper le chiffre d'affaire de l'entreprise qui affichait 7 M€ en 2019, dont un pour le volet olives, 6 M€ pour les pêches et nectarines.

A l'avenir, la croissance doit aussi être portée par un plus grand volume d'olives transformées par l'entreprise, et donc à plus forte marge. Dans l'idéal, espère Hugo Leydier, "nous aimerions toutes les transformer. Mais les volumes sont encore trop importants aujourd'hui".

D'ici là, un second moulin devrait être bâti. Prévu aux alentours de 2022, celui-ci, en plus d'accroître les capacités de production et de stockage, comprendrait une boutique ouverte au grand public. "Nous pourrions organiser des visites pour les touristes. Il faut imaginer à quoi ressemble une oliveraie. Ici, c'est environ 12 000 arbres de deux mètres de haut au minimum. On n'entend pas un bruit". Un cadre apaisant qui intéresse le milieu de la gastronomie. "Certains chefs nous ont dit être intéressés pour cuisiner ici, au milieu des oliviers". Autant de projets qui vont à rebours de la division des tâches à l'œuvre ces dernières décennies dans l'agroalimentaire, et qui, au contraire, réduisent la distance entre producteurs et consommateurs, pour une alimentation réhumanisée.

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