Jean-Marc Filippini - MMV : "Nous craignons le double effet kiss cool du coronavirus"

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(Crédits : DR)
L’opérateur touristique basé à Saint-Laurent du Var, spécialiste des vacances-clubs à la carte en montagne avec 10 000 lits pour un total de 2 400 chambres et appartements subit de plein fouet la crise du Covid-19. Son président et cofondateur, revient sur la gestion des mesures de confinement et leur impact sur l’entreprise de 450 collaborateurs (ETP) qui accueille chaque année 300 000 vacanciers pour un chiffre d’affaires (2019) de 65 millions d’euros.

La Tribune : L'annonce de la mise en place du confinement lié à la pandémie Covid-19 est intervenue en pleine saison, alors que l'activité de MMV était au plus fort. Quelles ont été vos premières mesures ?

Jean-Marc Filippini : Notre premier sujet a été l'évacuation des 10 000 clients, français et européens, qui occupaient nos appartements et chambres d'hôtel. Toutes nos équipes se sont mobilisées pour faire en sorte que le départ des vacanciers se passe le moins mal possible tout en respectant les nouvelles réglementations et consignes. Ce qui n'a pas été aisé à organiser en 24h. Disons-le d'emblée, même s'il est difficile pour un gouvernement d'être aux affaires en ce moment de crise, un minimum d'anticipation aurait évité une sacrée pagaille. Nos derniers clients, ceux qui avaient notamment des problématiques d'avions, sont partis mardi. Le second sujet fut celui de la sécurité de notre personnel, environ un millier de personnes, qui a dû fermer précipitamment nos 12 hôtels et 8 résidences-club, avec l'angoisse pour certains d'être coincés sur place faute d'offre de transport. La plupart ont pu partir mais d'autres sont de fait confinés dans quelques-uns de nos appartements dédiés aux saisonniers.

Quel est l'impact au niveau économique ?

La saison s'est arrêté le 14 mars. Nous perdons donc 6 semaines d'exploitation sur un total de 17, alors que l'activité hiver est essentielle pour MMV qui je le rappelle est un pure-player montagne. Cela correspond à 13 M€ de commandes que nous ne pourrons pas honorer et que nous envisageons de proposer sous forme d'avoirs essentiellement, ou de remboursement pour certains de nos clients professionnels, notamment les plus fragiles (les comités d'entreprise et tours opérateurs représentent 40% du portefeuille clientèle de MMV, NDLR). C'est un manque à gagner énorme pour l'entreprise. Au 2 mars, nous étions à 49,1 M€ de chiffre d'affaires hébergement. Il nous manquait 2,7 M€ pour boucler notre budget. Nous ne les ferons pas alors que nous étions très bien partis...

Cet épisode intervient alors que MMV est en pleine dynamique de développement...

En effet, notre plan de route prévoit une croissance de 25% sur trois ans pour franchir la barre des 80 M€ de chiffre d'affaires à l'horizon 2022. Trois nouvelles résidences ont ainsi été ouvertes l'an passé, une quatrième cette année aux Sybelles dans la Maurienne. Et deux nouveaux hôtels viennent par ailleurs compléter notre offre à La Plagne dont un de 230 chambres pour lequel on réalise 6 M€ de travaux avec le propriétaire.

Envisagez-vous de licencier ?

Non ! Nos salariés sont pour la très grande majorité au chômage technique. Au siège, seuls 7 sur 85 continuent de travailler, soit en présentiel, soit en télétravail. Mais nous ne licencierons personne car la valeur de l'entreprise, outre l'emplacement de nos structures, ce sont les gens qui la composent. Sans eux, les clients ne reviendraient pas. Comme tout le monde, nous avons des problématiques d'embauche, nous n'allons donc pas faire la bêtise de nous séparer de collaborateurs pour, demain, ne pas pouvoir redémarrer faute de personnel.

Justement, comment préparer l'après ?

Tout dépend de quand commence l'après ! Si le pic dure jusqu'à cet été, l'après risque de ne pas sentir bon. L'un des sujets principaux, c'est comment vont réagir les tours opérateurs étrangers ? Vont-ils déprogrammer leurs séjours ? Certains, en France et ailleurs, connaissent déjà de grandes difficultés, vont-ils réussir à absorber cette période-là ? Idem pour les agences de voyages ? L'autre sujet, et pas des moindres, c'est la crise économique qui se profile après la crise sanitaire qui va faire que les gens vont, par précaution, épargner donc réduire leurs dépenses, notamment touristiques. Un double effet kiss kool pour le secteur qui, je pense, sera amené à se restructurer avec la disparition de certains opérateurs. MMV tiendra, mais d'autres, plus petits, plus fragiles, ne résisteront pas au choc, qu'elles que soient les mesures qui seront prises.

Quelles mesures d'aide attendez-vous ?

D'abord, je précise que MMV a le soutien de ses banques et de ses actionnaires (BPI et Arkea, NDLR). C'est capital. Quant aux mesures gouvernementales, si elles ne concernent que le report de charges à 6 mois, cela ne règle rien pour nous car cela nous amènera à octobre qui n'est pas une période de recettes. C'est pourquoi nous allons faire des demandes à nos banques et foncières propriétaires de report des échéances de cette année en fin de prêt ou fin de bail. Après, comme beaucoup d'entrepreneurs, nous rêvons à l'annulation pure et simple d'une partie des charges, mais personne n'y croit un instant. Cela en sauverait pourtant beaucoup.

Vous ne semblez pas très optimiste...

"Point besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer", disait Guillaume d'Orange. Alors, optimiste ou pas, cela ne nous empêchera pas de bosser pour redémarrer.

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Commentaires
a écrit le 02/04/2020 à 14:54 :
Ce que ne dit pas M. Filippini, c'est qu'il arrête de payer les loyers aux particuliers propriétaires. Si ce n'est pas honteux !

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