Jean-Luc Monteil : "A quand un grand ministère de la simplification ? "

Par Jean-Luc Monteil  |   |  588  mots
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De la nécessité urgente de simplifier vraiment la vie du chef d'entreprise. Par Jean-Luc Monteil, président Medef PACA.

"La bureaucratie réalise la mort de toute action". Cette citation d'Albert Einstein trouve une résonance toute particulière dans le contexte tricolore actuel où entrepreneurs comme citoyens croulent sous le poids des normes, de l'inertie de l'administration, des contraintes réglementaires, etc. Corsetée à l'excès, notre économie étouffe littéralement sous l'épais édredon des codes du travail (3 700 pages), des impôts (3 800 pages), de l'urbanisme (3 800 pages) et des quelque 10 500 lois et 400 000 normes qui régissent la vie des entreprises. Et ce n'est pas le "choc de simplification" promis par François Hollande qui a permis jusqu'alors de délier ce nœud administratif qui étrangle entrepreneurs et salariés. En dépit des promesses à l'emporte-pièce, force est de constater que la corde au cou de nos concitoyens continue à se resserrer...

Zigzags permanents

Comme l'a affirmé récemment dans les colonnes du Point Thierry Mandon, ex-héraut de la simplification, "la bureaucratie est un mal français" qui obère la reprise économique et face auquel les chefs d'entreprise sont aux premières loges. Visiblement conscient de cette "exception française" dont on aurait tort de s'enorgueillir, l'exécutif a mis en place en 2012 un Conseil de simplification porté par le duo Mandon-Poitrinal ; initiative qui allait dans la bonne direction certes mais dont les fruits tardent, aujourd'hui, à mûrir. Surtout, elle s'est fracassée sur les zigzags permanents - pour ne pas dire louvoiements - du gouvernement : le compte pénibilité constitue ce faisant l'incarnation parfaite du "choc de complexification" dont nos élus - si peu au fait du quotidien d'une entreprise - ont le secret. Une démarche qui s'inscrit à rebours de la simplification promise ici et là et, de surcroît - en coûtant 15 milliards d'euros par an en vitesse de croisière -, ne pourra que nuire un peu plus à la compétitivité de nos entreprises. A défaut de créer les conditions favorables à l'emploi des chômeurs, l'exécutif préfère produire des normes, inlassablement.

Lenteur

En parallèle, le temps législatif semble ne plus suivre la cadence du rythme effréné de l'économie mondialisée dans laquelle nous évoluons bon gré mal gré. Pour preuve, alors que le président de la République eût annoncé le Pacte de responsabilité le 14 janvier 2014, ses premières mesures n'ont été concrètement mises en œuvre qu'au 1er janvier dernier ; soit après presque deux ans d'atermoiements parlementaires. Une séquence bien trop longue pour répondre à la célérité de la mondialisation.

Sous un autre angle, la loi Macron - projet de loi phare de la deuxième moitié du quinquennat - n'a rien d'un long fleuve tranquille de simplification. Avec 244 pages et près de 5 000 amendements déposés au cours de la navette parlementaire, le texte est ni plus ni moins un maelstrom dont à peine la moitié des décrets d'application ont à ce jour été publiés. Là aussi, un train de réformes de sénateur.

En définitive, alors que Manuel Valls présente aujourd'hui en grandes pompes une nouvelle salve de mesures de simplification, l'assouplissement des procédures administratives apparaît difficilement perceptible. Il serait grand temps que nos responsables politiques suivent enfin l'injonction de Georges Pompidou à Jacques Chirac en 1966 : "Mais arrêtez donc d'emmerder les Français. Il y a beaucoup trop de lois, trop de règlements dans ce pays". Cinquante ans plus tard, cette colère pompidolienne résonne avec encore plus d'acuité.

Simplifier, c'est réformer !