Open Banking, une opportunité bien réelle

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(Crédits : DR)
Des banques moins refermées sur elles-mêmes, qui ouvrent et partagent certaines de leurs données à des tiers : encore un rêve il y a quelques années, l’Open Banking devient enfin une réalité en 2018, avec notamment des acteurs majeurs comme Mastercard ou Visa qui se positionnent sur le sujet.

La Banque est définitivement à un tournant majeur de son Histoire. Outre les récentes réglementations en tous genres, c'est son rôle même qui évolue ces dernières années. Comme tout un pan de l'industrie, les établissements bancaires se transforment et sont forcés de s'adapter tant aux nouvelles contraintes qu'aux nouvelles technologies. Un maître-mot règne cependant depuis quelques temps : celui de la transparence. S'il a pu sembler antinomique pendant une longue période d'associer banque et transparence, c'est de plus en plus un état de fait.

La banque n'est donc plus ce grand établissement fermé et un peu opaque. Elle s'élargit, décuple ses services, s'ouvre de plus en plus. Entre les néo-banques qui font leur apparition jusqu'à la notion de "places de marché", c'est aussi toute une transformation en profondeur de leurs modèles économiques qui change et évolue. Aujourd'hui, les banques peuvent d'ailleurs s'appeler N26, Revolut ou même Orange Bank, et prennent des formes aussi surprenantes que novatrices (temps réel, uniquement en ligne, etc.). Cette (r)évolution n'est pas née sans un coup de pouce législatif et technologique : elle porte le nom d'Open Banking. Elle permet tout d'abord de répondre aux nouvelles exigences des clients, en apportant plus de confort dans l'interface et l'expérience utilisateur qui est proposée.

Open Banking : la victoire de la technologie

Entrée en vigueur le 13 janvier 2018, la directive européenne sur les services de paiement 2è me version (DSP2) a mis fin à un bras de fer qui a un temps opposé les banques traditionnelles et les FinTech. C'est elle qui a donc tranché sur la question de l'ouverture et de l'accès aux informations, pilier essentiel de l'Open Banking, même si l'application ne sera effective qu'au deuxième semestre 2019.

Poussée par les entreprises de la Fintech, la DSP2 entérine donc un certain nombre de mesures en matière d'ouverture des données. En revanche, pas la peine d'attendre l'année prochaine pour voir ces nouveaux services débarquer sur le marché. Cette ouverture profite dans un premier temps aux services de paiement, dont un certain nombre se sont déjà taillés une belle réputation à l'instar de Adyen, MangoPay, HiPay ou le célèbre PayPal, mais aussi à des nouveaux services comme Bankin' par exemple, une application de gestion de son argent. Ce dernier se targue d'ailleurs désormais d'être "un acteur financier régulé au même titre que les banques, avec un niveau de sécurité équivalent". Mais ce n'est que le début et l'Open Banking va même au-delà des limites de la banque, puisque les assureurs peuvent aussi en profiter. Un très bon exemple est celui de Nestor, une application de la

MAIF qui "rassemble sur une même interface dépenses, revenus, épargne et crédits issus de vos établissements financiers" (plus de 140 actuellement).

Il est donc intéressant de constater que la DSP2 va "dans le sens de l'Histoire", en permettant à de nouveaux services de voir le jour, s'appuyant sur les infrastructures historiquement créées par les banques. Ces dernières sont d'ailleurs désormais tenues d'"assurer une communication sécurisée et standardisée", indique la directive européenne. Cela signifie notamment qu'elles doivent mettre à disposition des moyens technologiques pour l'accès à leurs données. Les APIs (ou interfaces de programmations), des sortes de passerelles informatiques entre plusieurs systèmes de données, se taillent donc la part belle dans ce nouveau schéma à plusieurs bandes. Mais surtout, tant la DSP2 que le RGPD (Règlement général sur la protection des données) consacrent un autre principe que celui de la transparence : celui de la valeur, dans tous les sens du terme, de la donnée.

Plus qu'une tendance, une réalité

Aux Etats-Unis, où l'Open Banking a déjà fait son chemin, deux tiers des banques le considère comme un moyen de rester compétitif. C'est ce qu'on peut lire dans une étude d'Accenture, qui montre aussi que c'est pour elles une opportunité d'échanger de la donnée bancaire au-delà du périmètre seul des Etats-Unis, et donc avec la région Asie-Pacifique et l'Europe.

Si l'Europe n'arrive pas en premier dans la bataille, cela permettra aussi probablement de tirer parti des expériences déjà vécues dans d'autres régions du monde. En l'occurrence, des services vont voir le jour sur le parcours client en lui-même, qui devrait probablement évoluer. L'Open Banking est surtout le moyen pour tous les acteurs de l'écosystème bancaire au sens large de nouer un contact plus direct le client final. Par exemple, grâce aux APIs, il sera possible d'imaginer des services comme l'intégration d'un service de crédit sur un site immobilier avant de rediriger vers une banque. Plus globalement, cela se traduit par le métier même de la banque qui va changer, pour se concentrer soit sur de nouveaux services non-bancaires, soit vers une spécialisation sur le crédit ou d'autres produits financiers ; les autres options sont évidemment encore nombreuses. On parle également beaucoup de la stratégie de "bank as a platform", dans laquelle l'établissement financier devient de plus en plus une passerelle vers d'autres services, en présentant évidemment des avantages pour les clients. Appréciée par de grands acteurs, cette vision permet plus de souplesse et de réactivité, tout en s'appuyant sur les APIs et en réduisant les coûts de fonctionnement. C'est par ailleurs un moyen intelligent de rentabiliser les dépenses en matière de big data réalisées ces dernières années. Par ailleurs, il est aussi tout à fait envisageable d'imaginer que les banques s'échangent des services, un peu à la manière des constructeurs automobiles qui se vendent et fournissent des composants ou des moteurs. Rien n'empêche demain une banque de proposer à un client une offre de crédit moins chère chez un concurrent...

En matière d'OpenBanking, les services chinois ont notamment déjà pris une longueur d'avance, avec des produits dont nous ne disposons pas encore réellement en Europe ; bien que la comparaison soit plus complexe. En l'occurrence, AliPay et WeChat sont déjà en soi en plein dans l'Open Banking en offrant des expériences de e-commerce "augmentées" à travers leurs plateformes qui permettent par exemple une personnalisation de l'expérience d'achat, mais aussi d'inclure différentes options de paiement, y compris pair-à-pair (P2P).

Par ailleurs, d'autres géants du secteur bancaire sont déjà prêts, avec des offres qui reposent sur la confiance et la sécurité. En l'occurrence, Mastercard a déjà dévoilé plusieurs nouvelles solutions qui "faciliteront l'interaction entre banques et fournisseurs tiers, et aideront à la réussite de l'open banking". Un autre géant, Visa, fait d'ailleurs de même de son côté avec ses propres outils. Pourquoi ces mastodontes prennent-ils les devants ? Parce qu'ils parient évidemment sur une véritable lame de fond qui devrait embarquer toutes les banques dans cette aventure de l'Open Banking. Actuellement, moins d'un établissement financier sur deux est doté de systèmes adaptés à la nouvelle réglementation, selon une récente étude de Microsoft et de l'Efma. Le marché est donc encore énorme, et si les premières applications se font jour actuellement, de nouveaux services innovants devraient déferler dans les années à venir...

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*Trustech est un événement consacré aux technologies de la confiance numérique. Il se tient à Cannes les 27 et 28 novembre 2018.

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