Coronavirus : comment peut-on relocaliser la production en masse ?

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(Crédits : BPIFRANCE)
La crise sanitaire que nous traversons en ce moment fait émerger un débat sur la nécessité de relocaliser certaines productions industrielles en France ou au moins en Europe. Il est difficile de prédire comment se fera la réorganisation de la production à l’échelle mondiale dans les années à venir, notamment parce que la crise va induire un gel des investissements et va freiner les prises de risques.

Plusieurs éléments plaident en faveur d'une relocalisation de certaines activités. Le premier argument est sûrement celui de la soutenabilité de notre système de production actuel. D'autres arguments peuvent également être avancés en faveur de la relocalisation : évolution de la demande vers une recherche de proximité et de réactivité avec des productions en petite série, modernisation des sites grâce aux technologies de l'industrie 4.0 qui participe à une réduction des coûts de production, coûts des productions éloignées des lieux de consommation (coût transport, besoin en fonds de roulement, coût environnemental, etc.), des enjeux de souveraineté, etc.

 Fragilités révélées

Toutefois, il ne faut pas crier victoire trop rapidement car la crise va également révéler les fragilités de notre outil productif et pourrait être fatale pour de nombreuses entreprises. L'industrie française a été considérablement affaiblie par quarante ans de désindustrialisation et la crise économique de 2008. En outre, les entreprises investissaient insuffisamment dans l'outil productif national avant la crise en raison de faibles marges, d'un endettement trop important ou d'un manque de visibilité. Par conséquent, auront-elles réellement les moyens ou simplement l'envie d'investir plusieurs millions d'euros dans de couteuses opérations de relocalisation alors que leur trésorerie va être considérablement consommée par la crise et que leur chiffre d'affaires sera durablement touché ?

Malgré une volonté forte du gouvernement et de l'Union européenne de préserver l'économie, certaines entreprises déjà fragiles ne résisteront pas à la crise, ce qui aura un impact majeur sur l'écosystème productif et sur les territoires. Les entreprises françaises seront également confrontées à l'arrivée en masse de produits asiatiques à la fin de crise alors que leurs chaînes de production seront encore à l'arrêt pour certaines, tout comme chez nos partenaires européens.

 Quelle reconstruction industrielle ?

Une autre limite mérite d'être évoquée : en combien de temps serons-nous capables de reproduire les biens stratégiques en Europe ? Si nous excluons les capacités d'investissement des entreprises, quarante ans de désindustrialisation ont eu un impact fort sur les compétences et les savoir-faire. Reconstruire des écosystèmes productifs performants prendra du temps et aura un coût. Il y aura aussi des oppositions à la construction de nouvelles usines et une aversion aux risques industriels et technologiques même dans les premiers mois qui suivront la crise.

Dans tous les cas, cette crise nous questionne sur notre manière de produire et de consommer. Collectivement, nous allons devoir trouver des réponses aux questions qu'elle soulève de manière inédite.

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