Séverine Grégoire - MesDocteurs : "Le digital, un effort à faire pour ne pas connaître le syndrome Kodak"

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(Crédits : DR)
Participant dernièrement au Numérique Lab initié par la CCIR, Séverine Grégoire revient sur les ambitions de sa plateforme de télé-conseil médical, MesDocteurs, mais aussi sur la place que les décideurs doivent accorder au digital, afin de garder bonne place dans la réalité économique de demain.

Pourquoi être passé de la mode, avec Monshowroom, à l'e-santé avec MesDocteurs ?

Cette histoire est déjà le fruit d'une nouvelle envie d'entreprendre ensemble (avec Chloé Ramade et Nicolas Orofino, NDLR). A titre personnel, nous étions très intéressés par l'e-santé. Nous nous sommes aperçus qu'il était devenu courant de googliser ses symptômes, nous étions les premiers à le faire car nous courions après le temps, et absorbés par l'aventure Monshowroom, nous ne l'avions pas forcément pour aller chez le médecin. Or, on s'angoissait à lire le contenu des forums, et nous avons commencé à réfléchir à un système qui replace le médecin au cœur de ces recherches. D'où l'idée de MesDocteurs, plateforme de télé-conseil médical qui offre la possibilité aux internautes de lui poser des questions... Après, même si le secteur est différent, de la mode à l'e-santé, cela reste du digital, avec des méthodes de gestion transférables d'un domaine à l'autre.

Vous abordez justement le digital... Vous venez de participez au Numerique Lab initié par la CCIR. Pourquoi cela ? Envie de témoigner de votre expérience ?

Oui, tout à fait. Le digital est un enjeu pour beaucoup d'entreprises. Elles ont cet effort à faire si elles ne veulent pas connaître le syndrome Kodak, qui a fermé pour cause de non anticipation du virage technologique qui s'amorçait... Les grandes boîtes ont tout intérêt à s'inspirer des start-up comme la nôtre, qui ont su montrer la voie en la matière, et capitaliser sur le numérique. Sachant que la clé du digital reste l'agilité : il faut savoir aller vite, s'adapter et avancer.

Le Numerique Lab a abordé la question de l'ubérisation... Selon vous, est-ce le mal, comme tend à le penser l'inconscient collectif ?

L'écueil, c'est que derrière le vocable ubérisation, on range tout et n'importe quoi. On nous présente parfois comme l'Uber de la santé. Or, Uber est décrié parce qu'on pense qu'il fait appel à des non-professionnels pour proposer un service assumé initialement par un corps de métier bien identifié. Ce qui n'est pas du tout le cas de MesDocteurs, qui a constitué une équipe composée à ce jour de 165 médecins, généralistes et spécialistes. Ces derniers sont rémunérés pour des prestations globales, puisqu'en plus de leurs réponses aux internautes, ils nous fournissent aussi du contenu rédactionnel publié sur le site. Donc, nous ne faisons pas appel aux profanes, et n'utilisons pas davantage d'algorithmes. Un système qui a trouvé l'adhésion des utilisateurs, puisque nous traitons à présent quelques 150 questions par jour.

Quid de votre business model ?

Il comporte donc une partie BtoC, puisque les utilisateurs posent directement leurs questions sur la plateforme et paient à l'acte. Mais également une activité BtoB : nous travaillons avec des assureurs et des mutuelles, auprès desquels nous proposons notre service en marque blanche et en marque grise. Ces acteurs peuvent donc proposer par ce biais MesDocteurs à ses bénéficiaires. Nous venons de contractualiser en ce sens avec une première mutuelle.

Quelle était la finalité de la levée de fonds de 1,2 M€, réalisée en décembre dernier ?

Ces fonds nous ont permis de nous acquitter d'une grosse partie relative au développement, car notre plateforme web recoupe de nombreuses fonctionnalités à développer, IT, application IOS et Androïd pour les mobiles, chats audio... Nous devons également répondre à deux gros enjeux. Le premier est lié à la communication et au marketing, dans la mesure où il faut créer chez les internautes le réflexe mesdocteurs.com, et évangéliser le marché.  Et le second, aux RH : nous sommes 7 collaborateurs à présent, et embaucheront une huitième personne d'ici la fin du mois.

L'une des velléités de MesDocteurs était aussi d'apporter une réponse à la problématique épineuse des déserts médicaux. Dans les faits, vos utilisateurs sont-ils basés en campagne, ou pas tant que cela ?

Sur nos six premiers mois d'activité, nous nous apercevons que notre plateforme de télé-conseil est un outil plutôt utilisé par des internautes vivant en milieu urbain, ou périurbain. Ce qui finalement n'est pas surprenant, dans la mesure où il correspond davantage aux usages de ce public-là. Des personnes qui ont un rythme de vie plus trépidant et vont se rassurer via le télé-conseil, en amont de leur rendez-vous chez le médecin.

Enfin, du télé-conseil à la télé-consultation, il y a un grand pas que vous envisagiez de franchir. Où en êtes-vous ?

C'est en cours. Toutefois l'e-santé est très encadrée en France. Nous devons obtenir l'aval de l'ordre des médecins, des ARS (Agences régionales de santé) et de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés). Difficile donc de faire des prévisions sur le lancement de cette nouvelle activité... Parallèlement à cela, des sites de télé-consultation conçus hors frontières commencent à émerger en France, tenus par des médecins étrangers. Il y a donc de la place, et notre message consiste à dire qu'en la matière, il vaut mieux travailler avec un acteur français. D'autant que nous nous sommes rajoutés des contraintes pour montrer justement que nous sommes sérieux.

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