Pythéas Navigation dans la course aux normes

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(Crédits : Shutterstock)
La solution disruptive de chirurgie assistée par ordinateur mise au point par la start-up, basée à Marseille, veut séduire les marchés européens et américains. Son atout : elle sécurise le geste lors des opérations de la colonne vertébrale et vient combler un manque en termes d’outil.

C'est un constat sans appel qui a poussé Yann Glard, Marc Forman et Vincent Pomero à fonder Pythéas Navigation et à concevoir des solutions innovantes de chirurgie assistée par ordinateur, ce en se focalisant sur une indication particulière, la navigation du rachis. En effet, 40 % des patients se faisant opérer d'une scoliose ont au moins un implant mal placé, et plus généralement, 20 % des implants sont mal placés en cas de chirurgie de la colonne vertébrale. Pire encore on évalue à 5 % le taux de complications sur ces types d'opérations, celles-ci pouvant aller jusqu'à la paralysie. Complications qui par ailleurs, coûtent la bagatelle d'un milliard d'euros annuels à la sécurité sociale... "Il se trouve que dans l'exercice de mon métier, j'opère des scolioses, je manipule des implants toute la journée. Et j'ai ressenti le besoin d'une technologie qui permette de sécuriser le geste, à plus forte raison quand il s'agit de colonne vertébrale. Il existe bien sûr déjà des appareils mais ils ne répondaient pas pour moi de façon suffisante à cette question, il manquait un outil", explique le chirurgien orthopédiste Yann Glard.

Plus de 5 M€ de levée de fonds

La réponse, elle tient en un système de navigation basé sur le principe de la centrale inertielle (la même technologie que la console Wii).  L'idée : "placer en amont les implants dans la maquette numérique 3D représentant le corps du patient, puis se servir d'un outil connecté miniaturisé, tenant dans la main du chirurgien pour traduire, monitorer ses gestes en chirurgie réelle".  Les premiers croquis ont été lancés en 2013, la création de Pythéas Navigation a lieu deux ans plus tard. Et depuis 2016, l'équipe, couronnée cette année-là par le prix de l'innovation Académie de chirurgie, s'adonne à la mise au point du système. "Nous avons réalisé la preuve de concept à l'hôpital Nord, nous avons aussi le logiciel, que l'on utilise déjà. Il faut aujourd'hui nous atteler à la version finale, celle qui pourra répondre aux normes strictes imposées par l'Europe et les Etats-Unis", et se voir donc obtenir l'estampille européenne CE, ainsi que son homologue américain, FDA. "Et ce travail-là a un impact direct sur la taille des équipes, même si notre technologie demeure assez simple. Il nous faudra donc pour cela une équipe de six ingénieurs, c'est pour cela que nous avons lancé une campagne de levée de fonds, pour obtenir 5,5 M€. Nous en avons obtenu déjà 1,45 M€ de Bpifrance, via subventions et PTZ. Il nous reste à trouver les 4,15 M€ restants". Dans cette optique, Pythéas Navigation a fait partie du dernier cru d'Invest in Biomed, mené par Eurobiomed et la Satt Sud-Est.

Une stratégie Europe plus US

Ainsi, la finalisation de cette solution dépendra du temps à réunir les fonds.  La norme CE pourrait s'obtenir 21 mois après la date de l'obtention des financements, la norme FDA, 27 mois. La commercialisation pourrait alors s'amorcer... "Nous nous positionnerions d'emblée sur les deux territoires, l'Europe et les Etats-Unis. Nous ne visons pour l'heure pas d'autre zones, où la réglementation, différente, nous demandera un nouveau surcroît de travail, ce pour un public cible relativement restreint. Et la bonne stratégie, c'est de toucher non seulement les chirurgiens, qui font remonter le besoin de nouveaux outils, mais aussi le payeur, donc l'hôpital". Pour ce faire, il faut donc convaincre que ces solutions disruptives coûtent moins chères que les surcoûts découlant de complications médicales... Question modèle économique, il s'inspire un peu de celui des téléphones portables. Il consiste en un kit contenant le matériel nécessaire à la navigation, qui sera commercialisé au prix de 40 000 €. Mais Pythéas Navigation prévoit également de facturer  à la consommation en fonction du nombre de vis posées à l'aide du système. Enfin, en termes de parts de marché, la start-up vise 20 % d'opérations de scoliose réalisées par le biais de leurs solutions, en France et aux Etats-Unis. Et 8 % sur les autres indications possibles de cette technologie (opération de l'épaule, du genou ou encore de la hanche).

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