Où en est ImCheck Therapeutics ?

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(Crédits : DR)
La biotech marseillaise pourrait faire basculer l’immuno-oncologie dans une autre dimension. Les 20 M€ levés en avril dernier ont pour but de développer une nouvelle génération d’anticorps capable de contourner les résistances à la première vague d’immunothérapie. Les travaux se poursuivent donc... Point d’étape.

C'est indéniable, l'immunothérapie a ouvert de nouvelles perspectives dans le traitement du cancer. Une révolution qui ne touche encore qu'une fraction des patients (autour de 20 % seulement aujourd'hui, mais les combinaisons d'anticorps d'immunothérapie ont permis de doubler ce taux) et qui peut être associée à des effets toxiques propre à ces "inhibiteurs de points de contrôle de l'immunité" qui brouillent la communication entre cellules immunitaires et cellules tumorales.

Nouvelle génération

C'est justement le positionnement d'ImCheck Therapeutics : développer une nouvelle génération d'anticorps thérapeutiques fondée sur de nouveaux systèmes de brouillage.

Pour se faire, la biotech travaille non seulement sur le développement d'anticorps inhibiteurs mais aussi activateurs. Dans les deux cas, ils mobilisent simultanément plusieurs tueurs de tumeurs - les lymphocytes T et T Gamma Delta, les font proliférer et décuplent leur efficacité anti-tumorale. Si Imcheck a su réaliser un tour de table international remarqué en avril dernier et lever 20 M€ auprès de cinq fonds européens dont Boehringer Ingelheim Venture Fund (BIVF), Kurma Partners et Idinvest,rejoints depuis lors par Gimv et LSP, ce n'est pas pour rien, explique le Président d'ImCheck Therapeutics, Pierre d'Epenoux. "Nous présentons deux points majeurs de différenciation par rapport à nos l'environnement actuel. D'abord le fait de développer des anticorps contre de nouvelles cibles thérapeutiques, de nouveaux mécanismes biologiques, puis la capacité de mobiliser une sous population de lymphocytes T au potentiel encore inexploité : les Gamma Delta". Ces dernières, se situent à l'interface de l'immunité innée et de l'immunité acquise.

Elles sont donc aujourd'hui mises à profit dans de nouvelles approches thérapeutiques contre les cancers. "Notre approche s'appuie sur les découvertes du Professeur Daniel Olive, cofondateur d'ImCheck Therapeutics, qui combine ces deux expertises : les nouvelles cibles et la connaissance de cette population particulière de cellules, les lymphocytes T Gamma Delta. L'idée est donc d'intégrer ces deux expertises pour développer une nouvelle génération d'anticorps immuno-modulateurs".

Développement de lignées cellulaires

Le challenge est donc d'importance. Il se résume en quelques chiffres et une première échéance : "20 M€, deux ans de recherches et de développement préclinique pour obtenir des autorités réglementaires deux autorisations d'entrée en clinique chez l'homme en 2020, ce pour deux candidats : l'un inhibiteur, un anti BTLA (la première génération d'anticorps ciblant plutôt PD1 et CTLA4, NDLR), l'autre activateur. Les anticorps de la société peuvent représenter un intérêt également dans les maladies auto-immunes, pathologie dans lesquels le système immunitaire se retourne contre son hôte. C'est un potentiel réservoir de valeur pour ImCheck". Avant cela, ces deux anticorps pourraient déjà permettre une application de la thérapie sur un spectre de cancers assez large. "Nous étudions aujourd'hui aussi sur quelles cellules tumorales on retrouve les récepteurs ciblés par nos deux anticorps, et pour l'heure nous les retrouvons sur un large panel de cellules tumorales", poursuit Pierre d'Epenoux. Fort de ses 20 ans d'expérience en big pharmas, il entend malgré tout rester prudent. "Il s'agit aujourd'hui de générer suffisamment de données scientifiques crédibles afin de convaincre les autorités règlementaires".

Pour y parvenir, la biotech œuvre notamment avec ses partenaires à la production d'anticorps. "La production de ces anticorps est un processus industriel très onéreux qui mobilise à minima 50% de nos fonds. C'est une compétence qui est offerte aujourd'hui par quelques sociétés spécialisées à travers le monde. L'intégralité du processus de production et de développement prend 24 mois. Pour ce faire, il faut construire une lignée cellulaire qui va elle-même fabriquer des anticorps. Nous avons choisi notre partenaire industriel, nous en sommes à l'étape de développement de la lignées cellulaires de notre premier anticorps", poursuit Pierre d'Epenoux.

ImCheck Therapeutics se concentre ainsi sur l'échéance clé de l'entrée en clinique, mobilisant sur ce projet une quinzaine de collaborateurs, dont 80 % en R&D. Les fonds ont permis d'étoffer les effectifs... Cela n'empêche pas la biotech de se projeter et d'anticiper les prochaines étapes. "Tout un pan de notre activité consiste aussi à progresser dans le développement de bio-marqueurs qui nous permettront de stratifier les patients, de savoir qui a le plus de chance de répondre à quel traitement". Nul besoin d'être grand clerc pour comprendre l'intérêt pharmaco-économique de la démarche. "Pour les thérapies existantes la prédiction reste faible. Pour l'un de nos anticorps, nous en avons identifié un, qui pourrait être aussi un prédicteur de mauvais pronostic. L'association d'un biomarqueur et d'un agent thérapeutique est synonyme d'une plus grande efficacité clinique, ce sera clé quand nous en serons aux essais de phase 2. L'éventualité de partenariats avec la big pharma se posera donc peut-être plus tard".

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