Le pari de Biovotec dans la cicatrisation

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(Crédits : Shutterstock)
Née en Norvège, la startup a mis au point une solution anti-escarres chroniques dont la phase d'essai clinique devrait se dérouler au CHU de Nice. C'est à Sophia-Antipolis que la jeune entreprise vient d'installer sa R&D.

La problématique des escarres chroniques est un vrai sujet pour le monde médical, d'autant qu'il n'existe pas vraiment de traitement satisfaisant. Ce sujet sensible est justement adressé par Biovotec. Née en Norvège, co-fondée par Ralph Schmidt et Henri-Pierre Suso, la startup a mis au point une solution. Et pour cela elle s'est intéressée à déchet un peu particulier, celui de la coquille d'œuf et de sa membrane.

Un déchet qui est issu des casseries d'œufs, ces usines où l'industrie agro-alimentaire récupère le blanc et le jaune pour produire ensuite différentes préparations telles omelettes, pâtes, gaufres...

Ce déchet - une fois le blanc et le jaune d'oeuf récupérés - passe dans une machine conique qui dépare la membrane de la coquille et transforme les deux éléments, la coquille en une poudre, la membrane est une sorte de cornflakes, ensuite chacune récupérées dans des big bags.

Et si Biovotec s'intéresse de si près à un déchet d'apparence anodin, c'est précisément pour les caractéristiques de la membrane. Une membrane qu'elle récupère et qu'elle traite, la lavant de tout résidu et bactéries via de l'eau pure et la réduisant ensuite en poudre. "Cet ingrédient est utilisé comme un lait, la poudre obtenue présentant la particularité d'agir comme un aimant. Les cellules sont attirées par cette poudre, elles se reconnectent alors entre elles et se développent" explique Henri-Pierre Suso, CTO. Ce qui permet de "réparer" les escarres. Une poudre qui dispose également d'un effet anti-inflammatoire.

Et si Biovotec s'est intéressé à la membrane de l'œuf c'est qu'en Norvège, le placenta des femmes enceintes a longtemps été utilisé pour soigner les escarres chroniques et les brûlés au 3ème degré avant que le procédé ne soit arrêté dans les années 70 par l'Assurance qualité pour des raisons sanitaires, notamment de toxicologie et de réponse immunitaire.

"Nous devons développer un produit efficace qui soit le moins cher possible pour les hôpitaux qui ont un budget restreint. Nous ne voulons pas faire comme les autres", explique Henri-Pierre Suso.

Pour rendre cette poudre applicable, le choix a été fait de s'inspirer de ces films transparents qui fondent sur la langue, utilisés pour donner bonne haleine.

"Nous avons regardé cette technique de plus près", détaille Henri-Pierre Suso. Pour cela Biovotec s'est rapproché d'une entreprise pharmaceutique en Ecosse. "Ce film est utilisée comme un vecteur. Le film se dissout sur la peau, mais la poudre, elle n'est pas dissolvable, elle part dans l'escarre ou la blessure".

Après des tests précliniques déjà effectués à Lyon et finalisés en décembre dernier, s'ouvre désormais la phase clinique. Elle devrait être réalisée au sein du CHU de Nice en partie ainsi qu'en Angleterre, où le NHS (le système de santé publique au Royaume-Uni NDLR) a montré son intérêt, les escarres chroniques représentant 2 % de son budget national.

Installée depuis l'été à Sophia-Antipolis, guidé en cela par Team Côte d'Azur, Biovotec y a implanté sa R&D, pilotée par Henri-Pierre Suso. Un choix d'implantation qui doit tout à la filière silver économie azuréenne et au 27 Delvalle, la pépinière dédiée à la santé de la Métropole Nice Côte d'Azur ainsi qu'à la filière cosmétique, également fortement développée sur le territoire.

Le calendrier prévoit une finalisation des études cliniques à l'automne 2018. Le marquage commercial devrait intervenir mi-juin 2019.

Biovotec bénéficie par ailleurs d'une aide financière européenne dans le cadre du programme H2020.

La startup emploie 7 personnes au total, réparties dans les différents pays où elle est présente, en Allemagne pour la formulation du produit, en Angleterre pour l'industrialisation et la production à grande échelle, la Norvège pour l'administratif et la France qui concentre donc la R&D.

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