Gérard Giraudon : "Le numérique et l'IA doivent rester des outils"

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(Crédits : Pixabay)
Alors que l'intelligence artificielle débarque avec ses promesses notamment en matière de personnalisation de la formation, le président du cluster EducAzur, basé à Sophia-Antipolis porte un discours plus équilibré. Métaphore du marteau à l'appui.

L'intelligence artificielle débarque dans le monde éducatif avec les mêmes promesses que dans l'industrie ou ailleurs. Ici on parle notamment de personnalisation. Du sur-mesure perçu de prime abord comme une évolution alléchante, un progrès forcément appréciable. Sauf que derrière le sujet, il est aussi question de data - ce n'est pas la mésaventure Facebook/Cambridge Analytica qui prouvera le contraire -  et d'adaptation à une réalité de terrain.

L'IA et l'éducation - comprendre au sens large la formation, notamment continue - font-ils bon ménage ? A priori oui. Sauf que...

"Il existe des enjeux de souveraineté", prévient Gérard Giraudon. "Qui maîtrise le contenu, maîtrise la culture".

Et l'ex directeur du site de l'INRIA - qui a mis la thématique EdTech dans son plan stratégique - à Sophia-Antipolis de développer. "L'intelligence artificielle peut donner de bons résultats. Cependant le numérique comme l'intelligence artificielle doivent demeurer des outils au service de, des outils maîtrisables". Et pour expliciter sa pensée, d'avoir recours à la métaphore du marteau, très utile pour rendre service en matière de bricolage, mais dangereux employé comme arme.

Gaffe aux... GAFA

Et quand bien même l'intelligence artificielle est perçue comme une avancée géniale, en matière d'éducation, demeure la question de l'égalité de l'accès. On se souvient de l'expérience EduCloud 06 menée en 2014-2015, issue de la collaboration entre Nvidia et Gayatech, qui plongeait l'élève dans l'Antipolis du temps jadis via un serious game. On se souvient aussi des problématiques de tuyaux, c'est-à-dire d'accès, qui n'ont pas pu rendre l'exercice accessible à tous. L'IA pose donc aussi celui de la non discrimination, qui va souvent de pair avec la fracture numérique. Ou quand à vouloir mettre tout le monde sur un pied d'égalité, on peut aussi contribuer à créer des différences.

Nul doute aussi, estime Gérard Giraudon, que les GAFA pourraient bien arriver avec des solutions prêtes et... gratuites. De quoi bouleverser le marché et le business modèles des entreprises françaises (et des autres) qui voudraient s'y installer. Il faut dire que se former coûte cher. Un étudiant qui échoue est d'un point de vue de la dépense, considéré comme une perte. Et comme un investissement en cas de réussite. L'intelligence artificielle peut jouer son rôle, aider à rendre les cours attractifs car adaptés à tout un chacun, lutter ainsi contre le décrochage... et aider aussi à réduire les coûts globaux.

Reste néanmoins à régler la question de l'égalité...

EducAzur toujours au créneau

L'intelligence artificielle et tout ce qui touche l'éducation numérique est un sujet pour EducAzur qui a consacré un colloque sur le sujet fin mars avec l'INRIA et EducPros. Basé à Sophia-Antipolis, le cluster continue de se structurer. Jean-Baptiste Piancentino, le directeur général adjoint de Qwant est désormais le secrétaire général de l'association, depuis le départ de Fabrice Moizan pour de nouvelles aventures entreprenariales ouutre-Atlantique. "Notre objectif est de porter une vision" dit Gérard Giraudon, "aborder tout ce qui concerne la recherche, l'entreprise et la formation. Mon ambition est de rassembler les acteurs locaux, régionaux et nationaux" et démontrer tout le dynamisme sur la question de l'éducation numérique de Provence Alpes Côte d'Azur. Inscrit dans les thématiques de la French Tech Côte d'Azur, cette filière mériterait, estime Gérard Giraudon, un regard plus appuyé de la Région.

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