Chaire Smart City : pourquoi les industriels azuréens y vont

Par Gaëlle Cloarec  |   |  744  mots
(Crédits : BooblGum)
A l'initiative de la Chaire universitaire centrée "Philosophie et Éthique”, qui sera opérationnelle à la rentrée 2018, Charles Pallanca, Bernard Alfandari, Marcel Ragni et Daniel Sfecci y voient surtout l'occasion d'aborder les sujets de responsabilité sociétale, d'engagement social sans oublier les considérations stratégiques.

A quoi ressemblera la ville de demain ? Il n'est pas nécessaire d'être un super-expert pour en dessiner les grandes lignes : dense donc verticale, intelligente donc connectée. Hyper connectée même si l'on se fie aux cabinets Gartner et Idate qui estiment entre 20 milliards - pour l'Américain - et 80 milliards - pour le Français - le nombre de capteurs attendus en 2020. "Et l'homme dans tout cela ?" s'interroge la philosophe Laurence Vanin. Surbooké, connecté, certes pas encore augmenté, mais "déjà déshumanisé". Alors, "puisque nous vivons, avec la révolution de l'habitat et des technosciences, un changement de modèle de vie et de société, profitons-en pour réinjecter de l'humain dans ce tout technologique et reconsidérer la place de l'homme au cœur de ces agglomérations du futur". Et ce, "en fédérant les réflexions pour penser l'avenir".

Reformatage intellectuel

C'est tout l'objet de la Chaire "Smart City : Philosophie et Éthique", lancée début mai par la Fondation partenariale Université Côte d'Azur (UCA), hébergée à partir de la rentrée 2018 à l'Institut Méditerranéen du Risque, de l'Environnement et du Développement Durable (Imredd) et dirigée par le Dr Laurence Vanin. Dotée d'un budget de 500 000 euros sur cinq ans, elle doit son existence à quatre industriels azuréens, Charles Pallanca, Bernard Alfandari, Marcel Ragni et Daniel Sfecci, pour lesquels le meilleur moyen de prédire l'avenir, c'est encore de le co-construire. Mais pas n'importe comment !

"En tant que chef d'entreprise, il importe aujourd'hui que je sois dans la réflexion et l'anticipation de ce que sera demain l'entreprise et sa relation avec ses salariés", explique Bernard Alfandari, PDG de la PMI niçoise Résistex (15 M€ de CA - 15 salariés), positionnée dans le domaine de l'éclairage - intelligent évidemment - des bâtiments. "D'ailleurs l'entreprise existera-t-elle toujours comme lieu physique alors que l'on parle télétravail, dématérialisation ? Une chose est sûre, les changements à venir vont être radicaux et rapides. Ils nécessitent, selon moi, un reformatage intellectuel du dirigeant que l'éclairage du philosophe peut faciliter au regard d'un avenir certes fascinant, source de progrès et de profits, mais à l'heure actuelle encore fort ténébreux".

Pilier de la société à préserver

Il s'agit donc, pour ces entrepreneurs citoyens, d'encourager et de contribuer à une démarche prospective collective d'autant plus importante que "l'entreprise est aujourd'hui un des derniers piliers forts de notre société, un lieu d'émancipation, d'épanouissement social où le collaborateur entre pour se réaliser et qu'il convient, demain, de préserver", avance Charles Pallanca, initiateur de la Chaire et dirigeant de l'entreprise Electronie, basée à Mouans-Sartoux, spécialisée dans la conception et la production de cartes électroniques (2,6 M€ de CA - 30 salariés). Comment ? "En plaçant l'homme au cœur de cette réflexion, et notamment comme le point central du devenir d'une entreprise toujours plus numérique", insiste Daniel Sfecci, président de l'UIMM 06.

Être plus novateur

"Il s'agit aussi de montrer une image différente de l'industriel qui s'engage pour faire bouger les lignes tout en valorisant une vision, en l'occurrence pour Ragni, celle d'un éclairage raisonné et d'un usage plus responsable de la ville", indique de son côté Marcel Ragni, président du groupe familial éponyme (36 M€ de CA - 80 salariés), spécialiste de l'éclairage public. Dont l'engagement dans la construction de la smart city s'affirme de plus en plus. En témoigne sa participation au programme Manarati, supporté par le gouvernement de Dubaï. Ce projet, "encore à ses balbutiements", vise à développer une nouvelle génération de services liés à la ville intelligente pour lequel l'industriel cagnois va concevoir et déployer toute une série de candélabres connectés et modulables. "On travaille sur le sujet Smart City depuis 10 ans mais toujours en lien avec une demande. Avec cette Chaire, au travers de nos réflexions philosophiques et industrielles, peut-être serons-nous plus novateurs et en position de force pour ne plus subir les assauts des concurrents à bas coûts".

Car qu'on se le dise, pour ces quatre milleniums (c'est ainsi qu'ils se surnomment), l'argent engagé dans la Chaire, bien qu'il entre dans le cadre d'un mécénat d'entreprise, n'est pas considéré comme tel. "Il s'agit clairement d'un investissement", conclut Bernard Alfandari. Et qui dit investissement, dit retour ! A bon entendeur...