Stratobus, du POC à la pré-production

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(Crédits : DR)
Ni drone ni satellite, ce ballon dirigeable d'un nouveau genre, porté par Thales Alenia Space entame de nouvelles phases de démonstration qui doivent valider, notamment, les choix technologiques. Avant d'être opérationnel à horizon 2023.

Cela fait presque dix ans que l'idée de Stratobus est née, au détour d'un congrès organisé par celui qui s'appelait encore Pégase, depuis devenu pôle Safe. Une idée qui a mûri pour finalement donner naissance à un programme de R&D en 2016. Deux ans plus tard, Stratobus a fait beaucoup de progrès. Peut-être pas pour ceux dont c'est le sujet quotidien - Stratobus bénéficie en effet d'équipes dédiées - mais du point de vue de l'innovation et des preuves d'efficacité de celle-ci, sans aucun doute.

Ainsi, 2018 restera dans l'histoire comme l'année où la faisabilité du système a été validée. Une étape ô combien importante qui finalise une succession d'essais dont celui qui a vu un démonstrateur tester l'algorithme de guidage par exemple. Et si Stratobus y va pas à pas c'est que ce ballon dirigeable est une pure invention, sans référence préalable. C'est donc aussi et surtout un fabuleux laboratoire pour faire surgir des procédés totalement nouveaux. Et il ne s'agit pas que de technique.

Hélium et peut-être hydrogène

Car dans l'esprit, Stratobus a aussi modifié l'approche entre partenaires industriels. Ainsi, s'il est porté par Thales Alenia Space, le ballon dirigeable est surtout en train de prendre forme car il est nourri par un consortium. Outre la filiale de Thales, les bonnes fées qui se sont penchés sur son berceau sont la varoise CNIM, la provençale Solutions F, la grenobloise Airstar Aérospace et la vendéenne Tronico Alcen.

Chacune arrivant avec son expertise. Ainsi CNIM est responsable de la nacelle et de l'anneau composite, Solutions F de la propulsion électrique, Airstar Aérospace de l'enveloppe équipée, Tronico Alcen, du conditionnement de l'énergie à bord.

Stratobus disposera en effet d'un générateur solaire de 1 000 m2, rechargeant les batteries le jour, suffisamment pour que celles-ci puissent alimenter le dirigeable durant la nuit. Son enveloppe, mise au point exprès, assure l'étanchéité au gaz porteur, l'hélium. Dans le futur, le gaz porteur pourrait être de l'hydrogène. "Nous verrons comment assurer la transition", note Guy Boullenger, pointant les avantages de ce carburant "deux fois plus léger que l'hélium et moins cher", mais dont l'inflammabilité demeure le point noir.

Viser le marché des HAPS

Du consortium est née une équipe - 120 personnes au total - soudée qui travaille main dans la main pour donner corps à cet objet volant encore méconnu, pourtant porteur de promesses industrielles importantes.

C'est qu'il faut replacer le sujet dans son contexte. Notamment économique, qui voit les satellites ne pas être forcément la solution idoine, notamment en terme d'investissement financier. "Les satellites d'observation sont coûteux", note Guy Boullenger, le responsable du projet. Surtout, Stratobus se positionne déjà comme un produit capable de capter une partie du marché des HAPS, comprendre des High Altitude Pseudo Satellite, marché estimé à 1 Mds de dollars en 2020. Pierre Lipski, le directeur du site cannois ou même Jean-Loïc Galle, le PDG de Thales Alenia Space n'ont jamais caché l'intérêt que représente Stratobus sur ce nouveau segment. Les missions auxquelles le ballon dirigeable peut apporter sa plus-value sont principalement les missions de surveillance maritime, de frontières ou de sites critiques. "Il peut être un nœud de communication permettant aux troupes au sol de communiquer entre elles. Il existe une multitude d'applications et de missions à imaginer. Stratobus apporte quelque chose de différent" ajoute Guy Boullenger.

Google ou Airbus regardent également le marché des HAPS. Mais Thales Alenia Space s'estime suffisamment en avance de phase et porteur d'un projet très bien structuré, pour demeurer serein face aux concurrences qui pointent. Désormais le calendrier prévoit le vol des démonstrateurs technologiques notamment afin de tester l'enveloppe en environnement stratosphérique mais aussi valider le concept de lâché. Si pour l'heure, l'ensemble du développement du projet a mobilisé 45 M€, il convient aussi de travailler sur le financement des prochaines étapes, montant que Guy Boullenger préfère garder secret. Car la phase qui s'annonce est sans doute la plus essentielle. C'est celle qui doit définitivement faire passer du rêve à la réalité.

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Commentaires
a écrit le 24/11/2018 à 0:39 :
"Et si Stratobus y va pas à pas c'est que ce ballon dirigeable est une pure invention, sans référence préalable."
les zepplins ça ne vous dit rien ? il faudrait un peu se documenter ....

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