Bamboo for life et le concept d’agriculteur-dépollueur

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(Crédits : Shutterstock)
Située à Aix-en-Provence, cette société a développé une technique d’assainissement des eaux usées à partir du bambou. Un procédé qui permet en même temps de séquestrer le carbone, de produire de la biomasse et de faire baisser la température.

Autrefois utilisé pour faire fuir les esprits maléfiques, le bambou est utilisé depuis des siècles pour ses vertus thérapeutiques. Ce que l'on connaissait moins, c'est sa capacité à assainir des eaux usées. Une vertu sur laquelle a planché Bernard Benayoun depuis 2002, développant le procédé du bambou assainissement dans le cadre de la phytorémédiation. Utilisée depuis les années 19070, la phytorémédiation consiste en la dépollution par les plantes. Si l'utilisation de saules ou de peupliers est fréquente, celle du bambou est une nouveauté, prometteuse selon Bernard Benayoun : "il présente une efficacité dix fois supérieure, ce qui permet de construire des stations d'épuration dix fois plus petites".

Une efficacité qui s'explique par plusieurs facteurs, parmi lesquels une croissance très rapide, le bambou atteignant sa taille adulte au bout d'un mois. S'ajoute à cela "un système racinaire très oxygéné" qui constitue un terreau fertile pour les bactéries issues des eaux usées. Celles-ci transforment les minéraux des eaux en nutriments dont se nourrira la plante, particulièrement gourmande.

Une ressource et quatre fonctionnalités

De ces découvertes naît Bamboo for life, au printemps 2018. L'entreprise installe des stations d'épuration utilisant sa technique, se positionnant comme un "agriculteur-dépollueur". Ainsi, à partir de la ressource que sont les eaux usées, la startup est capable de réaliser du profit tandis qu'une station d'épuration classique n'est en général qu'une charge. Et ce, par trois fonctionnalités complémentaires à l'assainissement qui n'est que le premier rouage de la mécanique.

Par la biomasse d'abord. Nourri à partir des eaux usées, le bambou permet la "production d'une biomasse valorisable dans de nombreuses filières de développement : les parquets, le mobilier, le textile, les combustibles ... Il s'agit d'une fonctionnalité économiquement intéressante qui est une résultante de la dépollution".

"Le bambou est également un incroyable piège à CO2", complète le fondateur de l'entreprise. "Il absorbe 60 tonnes de CO2 par an et par hectare. Ce qui nous permet de gagner de l'argent avec le crédit CO2 qu'on remet sur le marché". Un marché en forte croissance du fait des impératifs écologiques actuels.

Enfin, la quatrième fonctionnalité est celle du rafraichissement bioclimatique en milieu ouvert, "par le biais d'un effet canopée d'une part : le feuillage fait écran entre les rayons solaires et le sol ; d'autre part par l'évapotranspiration". Deux effets combinés capables de réduire de 10°C la température en zone tempérée, et de 20°C en milieu chaud.

Un modèle prêt à exporter

Des fonctionnalités déjà mises en œuvre dans "une cinquantaine de stations en France, en Amérique latine, en Afrique de l'Ouest, en Asie, dans l'Océan indien..." Une implantation à l'international facilitée par la forte part de main d'œuvre utilisée. "Ainsi, le coût de la station s'adapte à celui de la main d'œuvre locale". De même," on peut adapter la technicité de la station. En France, on utilise des sondes, un système de gestion sophistiqué ... Mais on peut aussi simplifier à outrance pour s'adapter à tout pays, quels que soient ses moyens". Bamboo for life dispose également d'une fondation en faveur de l'accès à une eau assainie partout dans le monde.

Développer les partenariats public-privé

Parmi les clients qui ont opté pour les stations d'épuration de la jeune entreprise, des industriels de l'agroalimentaire, le secteur de l'hôtellerie et des collectivités locales. S'il est arrivé à l'entreprise de leur vendre des stations, le modèle est désormais clair : "nous voulons en garder la propriété. Nous voulons les concevoir, les financer, les construire et les exploiter". Et pour travailler avec les collectivités, "nous sommes partisans du développement de Semop (Société d'économie mixte à opération unique) pour développer des stations en partenariat public-privé".

Pour les convaincre, l'entreprise met en avant la baisse des coûts de réseaux permise par sa technologie grâce à un "assainissement satellisé en plusieurs poches de fraicheur sur le territoire". Autre argument de taille : l'absence totale de boues de rejet. Les seuls rejets étant les molécules d'eau s'évaporant des feuilles d'arbres. "Ce paramètre nous permet de nous implanter dans toutes les zones où le milieu récepteur est fragile".

Autre chantier pour 2019, le développement de partenariats avec des entreprises qui valorisent le bambou, à l'image de Cobratex, entreprise toulousaine qui "crée du matériau à partir de fibres de bambous pour faire du matériel composite pour l'aéronautique et l'industrie". Car la liste des possibilités offertes par le bambou semble sans fin, et Bamboo for life compte bien en profiter.

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Commentaires
a écrit le 31/01/2019 à 16:35 :
Une bien belle économie a qui l'on souhaite longue vie et prospérité. Et qui donne des idées en plus...

Merci beaucoup.

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