Phenocell veut devenir une société de découverte de molécules

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(Crédits : DR)
Située à Grasse, la startup réinitialise des cellules humaines pour tester des principes actifs dans des conditions les plus réalistes possibles. Alors que la recherche et le développement sont au cœur de son développement, elle veut faire ses propres découvertes, pour changer d’échelle.

C'est une technologie qui a été couronnée d'un prix Nobel. Une technologie qui permet de remonter le temps et de reprogrammer des cellules adultes en cellules souches. L'intérêt : celles-ci sont capables de se reproduire à l'infini et de se transformer en cellules spécialisées, en fonction de leur emplacement dans l'organisme. "Ces cellules nommées IPS pour induced pluripotent stem cells [ou cellules souches pluripotentes en français, ndlr] permettent une avancée révolutionnaire dans la recherche fondamentale et dans la pharmacologie où l'on peut aller plus vite dans l'élaboration et la découverte de médicaments, ainsi que dans la thérapie cellulaire". Dans ce domaine en plein essor, il est en effet possible de "prélever des cellules du patient et de les corriger pour remplacer celles qui présentaient une défaillance", explique Brigitte Onteniente, PDG de Phenocell qui utilisait la technologie en tant que chercheuse avant de se lancer dans l'aventure entrepreneuriale.

"Il me semblait que les IPS étaient à même d'apporter à la recherche fondamentale et clinique des atouts supplémentaires pas suffisamment exploités. J'ai donc voulu mettre cette technologie à disposition du plus grand nombre, aux chercheurs publics mais aussi à l'industrie pharmaceutique".

"Un super labo de recherche et développement"

C'est ainsi que naît Phenocell, en 2013. L'idée est alors de tester l'action et la toxicité de principes actifs grâce à ces cellules, au plus près de la réalité. Avec une double activité : "Au départ, nous voulions produire des cellules pour des clients en plus de réaliser certains tests nous-même. Désormais, en réponse aux demandes de nos clients, les tests représentent 80 % de notre activité". Faisant de Phenocell une sorte de "super labo recherche et développement pour les industriels". Des industriels présents en Europe, au Japon ou encore aux Etats-Unis, 55 % du chiffre d'affaire étant réalisé à l'export.

Et si des concurrents utilisent les IPS au niveau mondial, l'entreprise grassoise se distingue par un positionnement qui lui confère encore une certaine exclusivité. "Nous privilégions deux axes que sont la dermatologie et l'ophtalmologie". Et ce autour d'une problématique centrale : "les pathologies liées au vieillissement qui sont un sujet important en région".

Une stratégie qui lui a permis de réaliser un chiffre d'affaire de 360 000 euros en 2018, chiffre qu'elle aimerait voir doubler cette année grâce à un marketing renforcé. "Notre portefeuille clients s'est élargi. Nous commençons à nous faire connaître".

Près de la moitié du chiffre d'affaire consacré à la recherche

Et pour garder son avance, elle poursuit ses efforts en recherche et développement pour lesquelles elle consacre déjà près de la moitié de son chiffre d'affaire. Une innovation perpétuelle qui lui permet de s'adapter pour répondre aux demandes des clients, mais aussi de mener ses propres projets de recherche, ce à quoi elle s'attelle de plus en plus. "Nous voulons passer à une autre dimension en devenant une société de découverte de molécules actives capables de devenir des médicaments".

Ainsi, la société planche sur un moyen de complexifier ses modèles pour y incorporer davantage de cellules et être au plus près de la réalité en mimant les interactions à l'œuvre dans l'organisme. "Nous pouvons actuellement assembler les cellules deux par deux. Nous avons lancé les premières études sur des reconstitutions totales. Cela devrait aboutir cette année".

Mais son plus gros chantier concerne la DMLA sèche, une dégénérescence de l'œil liée à l'âge. "Nous essayons de mettre en place une plateforme pour faire un crible sur des cohortes de patients". Le but étant de créer des cellules IPS à partir de sous-groupes de patients pour identifier des molécules et donc des traitements personnalisés. L'outil aura ensuite vocation à être décliné pour d'autres pathologies grâce à l'automatisation et à la robotique. Un projet ambitieux qui devrait durer trois ans et pour lequel Phenocell est à la recherche d'investissements à hauteur de 400 000 euros.

De quoi lui permettre d'avancer et de recruter, alors que l'équipe ne compte pour l'heure que cinq collaborateurs. "Nous aimerions consolider notre équipe technique puis l'équipe dirigeante". Ainsi, Phenocell espère entrer dans une nouvelle phase de son développement et s'ouvrir à de nouveaux domaines.

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