Archistoire veut entrer dans une nouvelle dimension

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(Crédits : DR)
Portée par l’agence d’innovation culturelle 9B+, un studio allemand et le CAUE du Var, cette application permet de redécouvrir des lieux culturels en les enrichissant de contenus augmentés. Un premier pas avant la création d’une société qui élargirait la solution au-delà des frontières de la culture, au gré des opportunités…

Audioguides, 3D, réalité augmentée... Les musées ont su se saisir des nouvelles technologies pour rendre les visites toujours plus riches et immersives. Bizarrement, une fois franchies les portes de ces lieux de culture, le long des rues, autour des statues qui jalonnent les villes, de tels outils deviennent beaucoup plus rares. "Nous sommes livrés à nous-mêmes, sans rien pour décrypter ce qui nous entoure, que ce soit dans les villes ou dans la nature", observe Grégoire Chailleux, PDG de 9B+, une agence d'innovation culturelle toulonnaise.

Un constat qu'il partage avec Syntop, un studio allemand qui imagine et produit des expériences digitales pour des musées. "Nous avons donc cherché une solution pour expliquer au grand public ce qui l'entoure". Manque alors l'opportunité de passer à l'action. Ce qu'offre le Conseil d'architecture, d'urbanisme et d'environnement (CAUE) du Var. "Le CAUE organise des visites culturelles de Toulon au cours desquelles ils racontent l'histoire à partir de l'architecture. Mais ces visites ne réunissent que quelques dizaines de personnes à la fois. Beaucoup préfèrent faire une balade à leur rythme". Il faut donc leur offrir un outil combinant liberté et enrichissement culturel.

Après plusieurs mois de collecte d'informations et de développement, une application voit le jour en septembre 2017 avant d'être améliorée à plusieurs reprises. Gratuitement, l'utilisateur la télécharge et indique sa position géographique. Il est ensuite guidé par un outil de navigation qui l'informe des sites susceptibles de l'intéresser. Il peut alors se faire expliquer l'architecture d'un édifice, voir des objets disparus ou encore entrer virtuellement dans un bâtiment fermé au public.

 "Virtualité augmentée"

Avec un pari technologique : le choix d'une "virtualité augmentée" plutôt que de la réalité augmentée. "C'est-à-dire que des images préenregistrées se superposent à l'image des lieux, sur l'écran du téléphone qui est utilisé comme un scanner. Puis des informations apparaissent, ou bien des images anciennes. Cela ne serait pas possible en réalité augmentée car l'image flotterait. Nous avons privilégié une solution plus contraignante mais dont l'expérience ne sera jamais ratée".

D'abord développée pour la ville de Toulon, l'application a rencontré un certain succès et devrait prochainement être étendue à l'ensemble du Var dans une version prévue pour septembre, d'ici les prochaines Journées européennes du patrimoine. Un changement d'échelle qu'il sera ensuite possible de reproduire dans d'autres départements, d'autant que les fondateurs d'Archistoire ont été contactés par d'autres CAUE. "Nous travaillons avec Avignon pour un premier pilote". Même chose dans le département des Bouches du Rhône.

Une infinité d'applications

Mais si cette technologie permet de raconter l'histoire, ce n'est qu'une de ses nombreuses facettes. "Différents acteurs s'y intéressent", a pu constater Grégoire Chailleux à l'occasion de salons comme le CES Las Vegas ou Vivatech. "La SNCF pourrait proposer une expérience de lecture de paysages à ses passagers. Des compagnies de travaux y voient un intérêt pour donner des outils de signalétique à leurs employés". Et les constructeurs automobiles ne sont pas en reste, eux qui cherchent à occuper les voyageurs de véhicules autonomes. "Les salons confirment ou font émerger des opportunités auxquelles on n'aurait pas forcément pensé. Cela permet d'identifier des secteurs d'intérêt". Des opportunités encore à l'étude. "Nous essayons de ne pas trop nous perdre".

Et pour ne pas se perdre, l'activité incubée au sein de l'agence 9B+ devrait prochainement disposer de sa propre société, créée en lien avec le partenaire allemand Syntop. Les statuts devraient être déposés sous peu. "Cela permettra d'assouplir la gestion et de donner de la légitimité à notre projet".

Restera à trouver sa place sur un marché en plein essor. "L'idée d'applications pour les visites n'est pas nouvelle. Nous avons vu de nombreux acteurs se positionner sur une offre peu chère et très pauvre, avec beaucoup d'agrégateurs de contenus qui n'ont pas de maitrise sur ce qu'ils proposent. A l'inverse, il existe des solutions sur-mesure très développées qui relèvent presque du jeu vidéo mais qui coûtent plusieurs centaines de milliers, voire des millions, d'euros. Nous souhaitons nous placer dans une position intermédiaire".

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