Vesale, de l’appli de e-santé à la recherche

 |   |  967  mots
(Crédits : DR)
Développée par la startup installée à Marseille, NullPointerExcept°, cette application a pour but favoriser l’observance des traitements médicamenteux. Pour offrir ce service, elle veut vendre des données aux organismes et laboratoires de recherche, tout en tissant des partenariats avec le monde académique.

On le sait, l'aventure entrepreneuriale n'est jamais un long fleuve tranquille. Aléas, opportunités et contraintes en sont le quotidien, jusqu'à, parfois, refaçonner tout un projet. Vesale en est le parfait exemple.

L'idée de créer une application de e-santé naît assez tôt dans l'esprit d'Arnaud Schaeverbeke. Il songe d'abord aux maladies tropicales avant de se pencher sur les pathologies cardiaques. Il découvre alors que les anticoagulants, utilisés contre certaines formes de tachycardie, sont au cœur d'importants enjeux. "Selon l'Assurance maladie, on compte chaque année 5000 décès par hémorragie à cause de la mauvaise observance de ces médicaments. La moitié des patients ne les prennent pas correctement. Ce qui implique 9,7 milliards d'euros de perte dues aux médicaments non consommés, aux rechutes, ou encore à la ré-hospitalisation".

L'entrepreneur est alors bien décidé à adresser ce problème de non-observance. Et de miser sur l'éducation thérapeutique, largement promue par la Haute autorité de santé. Car s'il existe déjà un panel de piluliers numériques, ils sont rapidement supprimés des téléphones de leurs utilisateurs qui se sentent parfois traqués. "Il manque à ces applications le volet informatif et pédagogique", pense le président de NullPointerExcept°. Il envisage alors d'envoyer aux patients, en plus des inévitables rappels de prise de médicaments, des vidéos et autres articles autour de leur pathologie ainsi que des questionnaires à choix multiples afin d'évaluer leurs progrès et que leur hygiène de vie.

Un modèle économique fondé sur la donnée

Reste à savoir comment financer une telle application. "Les patients ne voudraient pas payer, les médecins non plus. Il fallait donc s'adresser aux laboratoires". Un premier contact est noué avec Pfizer qui se dit très intéressé... avant de finalement reculer, les laboratoires n'ayant pas le droit de communiquer directement avec les malades pour éviter les conflits d'intérêt. Il faut changer de stratégie et trouver une autre manière de les convaincre de payer.

Il se trouve que la question de l'observance des traitements intéresse grandement les laboratoires. "Une fois leur produit sur le marché, ils ont du mal à avoir des informations à son sujet. Ils aimeraient comparer l'observance de leur traitement à celle des traitements de leurs concurrents et savoir si la non-observance est due à des effets secondaires trop importants ou à une galénique qui ne conviendrait pas. Ce qu'ils peuvent ensuite améliorer". Ils seraient donc prêts à payer pour de la donnée. Arnaud Schaeverbeke envisage deux types de services : la réalisation d'études ainsi qu'un service d'abonnement qui donnerait accès à des données sur l'observance ou les effets indésirables.

Des liens étroits avec le monde de la recherche

Le modèle économique se dessine mais il faut encore créer le contenu pédagogique qui nourrira l'application. Un contenu voulu de qualité et conçu par des médecins. Car "pas question d'être un Doctissimo bis", souligne l'entrepreneur. "Nous avons donc convenu d'un accord avec le centre hospitalier Saint-Joseph à Marseille. On crée l'application, ils l'utilisent et montent grâce à elle des thèses sur le suivi des maladies chroniques". Un moyen pour Vesale de trouver ses premiers utilisateurs. "En échange, ils créent des contenus pour nous". Le premier service à entrer dans la danse est celui de la rhumatologie, pour les polyarthrites rhumatoïdes dans un premier temps.

Et l'implication de Vesale dans la recherche ne s'arrête pas là. "Nous travaillons avec des chercheurs en sciences cognitives et marketing social pour élaborer des techniques d'incitation douce afin de conduire plus effacement les patients à adopter le bon comportement". De quoi rendre l'application la plus pertinente possible. "Car dans les premières années de sa vie de malade, le patient fait souvent un déni. Amener des rappels quotidiens peut buter sur son blocage et serait inefficace".

"C'est ainsi qu'on est passé de développer une appli à faire de la recherche en sciences cognitives", sourit Arnaud Schaeverbeke. Un virage qui lui permet de chercher de nouveaux types d'accompagnement et de financement. "Nous nous rapprochons de la SATT et d'incubateurs tels que Impulse ou celui de la Belle de Mai à Marseille. Nous pourrions aussi être aidés par la Région et l'Agence régionale de santé qui ont lancé des appels à projet pour financer des solutions de e-santé".

Adresser un large panel de maladie, avec l'aide de l'IA

Car il faudra des moyens pour financer les recherches enclenchées - les thèses devraient démarrer en octobre -, et pour lancer une première version de l'application d'ici un an. "Puis il nous faudra encore un an pour adapter les messages, s'assurer de la bonne réception et développer notre service statistique". Un service qui devrait profiter d'un plus grand nombre de données que ce qui se fait habituellement. "Cela permettra d'avoir des résultats plus pertinents et de mieux préserver l'anonymat". "Nous aimerions avoir  2500 utilisateurs la première année. Et d'ici trois ans, l'objectif est d'atteindre  5000 patients sur une première maladie, 2 000 sur une seconde".

Car l'ambition est bien de couvrir un large panel de pathologies chroniques. Après les polyarthrites, les maladies cardiaques et les anticoagulant restent un sujet d'intérêt, de même que les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin ou encore l'asthme. "La cancérologie est également une piste car beaucoup de molécules se prennent désormais en autonomie, comme la chimio orale. Cela inquiète parfois les patients et les professionnels". Autre défi : développer l'intelligence artificielle pour proposer des conseils et suggestions qui soient le plus adaptées au profil de l'utilisateur.

Un long chemin reste donc à parcourir... avec, certainement, son lot de surprises.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :