Neayi, les agriculteurs vont (bientôt) lui dire merci

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(Crédits : iStock)
Avec sa plateforme d’évaluation, d’échange et de partage des nouvelles (et vertueuses) pratiques agricoles, la jeune pousse basée à Grasse s’empare du sujet de la transition agro-écologique qu’elle entend contribuer à déployer. Avec méthode.

Comment succéder à 50 ans de politique agricole essentiellement productiviste dont les impacts environnementaux et sociaux cristallisent aujourd'hui la défiance de la société civile et amplifient la fracture entre les agriculteurs et ceux qu'ils nourrissent ? Un sujet complexe sur lequel se penche la start-up grassoise Neayi, fondée en 2019 et dont le nom signifie Nouvelle Terre en grec moderne. "Les solutions techniques pour une agriculture plus vertueuse, que ce soit en termes d'équipements, de technologies, de gestion d'exploitation ou de protection des cultures, existent déjà mais les verrous à leur utilisation sont encore très nombreux", expliquent ses co-fondateurs, Bertrand Gorge et Henri de Richecour. Lesquels se sont donc intéressés à la question de la conduite au changement pour contribuer à lever ces freins à travers le développement d'une plateforme web dont la vocation est "d'aider la transition des agriculteurs vers des nouvelles pratiques agro-écologiques". Et ce, en leur permettant de les évaluer, de les partager pour, in fine, encourager et faciliter leur déploiement.

Une équation à triple entrée

"Nous sommes partis du principe qu'il faut arrêter de dire aux agriculteurs ce qu'ils doivent faire, mais plutôt encourager le partage des connaissances pour faire émerger, grâce à l'intelligence collective, les meilleures pratiques dans le contexte de chacun et faciliter ainsi leur appropriation". Sachant que "c'est dans la diversité des pratiques déployées que l'on obtiendra la résilience nécessaire face au dérèglement climatique et au cortège de nouvelles menaces qu'il apporte". Sachant aussi que la performance attendue doit être autant que possible triple, c'est-à-dire environnementale (sol, eau, CO²), sociale (pénibilité et temps de travail) et économique (équilibre financier de l'exploitation). Sachant enfin qu'"une plateforme technologique n'a de sens que si elle sert un objectif supérieur" et qu'il est donc préférable et plus impactant pour la start-up de privilégier "une approche pragmatique consistant à assembler des briques logicielles open source existantes, customisées en fonction de notre vision et évolutives au fur et à mesure des retours des utilisateurs".

Un forum, une base documentaire

Les termes de l'équation posés, à quoi ressemble Neayi aujourd'hui ? D'abord à un forum de questions/réponses, première brique de la plateforme qui prend la forme d'un site web (www.questions.tripleperformance.fr) sur lequel les agriculteurs peuvent poser tout type de questions dédiées à ces nouvelles pratiques. "Les agriculteurs sont bien plus connectés que l'on ne croit. Il n'y a qu'à voir le succès du groupe Facebook traitant d'agriculture de conservation, suivi par près de 42 000 personnes qui interagissent avec souvent des apports très pointus. Or, ces informations ne sont pas structurées et donc rapidement noyées dans la masse. C'est pourquoi notre plateforme permet d'optimiser la manière dont les questions reçoivent une réponse, organisée en fonction de sa pertinence". Deuxième brique implémentée : un espace documentaire, sorte de Wikipédia consacré aux pratiques vertueuses alimenté par des bases de données existantes et, c'est l'objectif, par la communauté elle-même.

Une communauté à construire

Une communauté d'agriculteurs en recherche de solutions innovantes qu'il s'agit de constituer. D'où le travail actuel de Neayi qui consiste à identifier et nouer des partenariats "avec des porteurs de projets comme les chambres d'agriculture qui regroupent déjà des communautés". Quant à son business model ? Il "a pour centre la fourniture de services aux acteurs de l'écosystème agricole (semenciers, assureurs, équipementiers, associations, institutionnels...) qui sont intéressés par les changements de pratiques que notre plateforme permettra". Et avec lesquels la start-up entend la co-construire. "Nous ne venons pas nous substituer à ces acteurs, mais accélérer et rendre pertinents leurs conseils et actions au moment de leur mise en œuvre". En attendant, "nous avançons étape par étape en agrégeant un maximum de projets, de connaissances et de communautés avant de lancer officiellement la plateforme".

Membre du pôle de compétitivité Terralia, hébergée à la pépinière d'entreprises Innovagrasse et accompagnée dans le cadre du parcours EFC (Economie de la Fonctionnalité et de la Coopération) Start-up par ImmaTerra, l'école supérieure de commerce Skema et l'incubateur Paca-Est, Neayi compte 3 personnes. Si elle a jusqu'alors autofinancé son développement, elle prévoit de solliciter les aides de BPIfrance en 2020 avant de s'engager dans une démarche de levée de fonds en 2021. "En matière de finance, nous avons là aussi la même approche progressive", à savoir, "mettre d'abord en place des leviers pour faire la démonstration de l'intérêt de notre produit et de sa capacité à créer de la valeur". Une feuille de route somme toute logique et vertueuse pour ces deux entrepreneurs chevronnés qui, dans une autre vie, ont respectivement contribué à la dynamique de l'écosystème azuréen en général, sophipolitain en particulier : Bertrand Gorge, en tant que co-créateur de la plateforme de digital learning Epistema, absorbée en 2009 par Crossknowledge, et Henri de Richecour, comme directeur, entre autres, de la filiale France de Dow Agrosciences.

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Commentaires
a écrit le 25/10/2019 à 12:20 :
L'essentiel c'est d'être autonome et ne pas attendre des subventions qui imposent son dictât de la centralisation "européenne"!

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