La solution d’Amypore pour lutter contre Alzheimer et Parkinson

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(Crédits : CBB Capbiotek)
Installée à Marseille, cette entreprise a mis au point un spray nasal censé combattre à la fois les maladies d’Alzheimer et de Parkinson. Les essais cliniques devraient commencer d’ici 2021, l’idée étant d’aller très vite, en s’appuyant sur un réseau de partenaires.

Alzheimer, Parkinson... ces maladies neurodégénératives donnent du fil à retordre aux chercheurs. Depuis plusieurs décennies, différentes hypothèses sont à l'étude sans que cela ne se traduise par des traitements efficaces. Parmi les théories les plus soutenues, celle de l'agrégation de plaques amyloïdes qui empêcheraient aux neurones et neurotransmetteurs de bien fonctionner. Une théorie de plus en plus remise en question. "On se rend compte que ces plaques sont présentes chez la plupart des personnes dès quarante ans. C'est une voie physiologique normale", expliquent Nouara Yahi et son époux Jacques Fantini qui, depuis leur laboratoire marseillais, planchent depuis plusieurs années sur une autre hypothèse : celle de l'overdose de calcium, soutenue par plusieurs milliers de publications internationales. Il s'agirait, selon ses défenseurs, de la cause première des maladies d'Alzheimer et de Parkinson.

Selon cette théorie, les protéines impliquées dans la maladie se fixeraient sur des récepteurs cellulaires (les gangliosides) qu'ils perforeraient, leur donnant l'aspect de donuts. Cette brèche dans la membrane laisserait alors passer des ions de calcium qui, au terme d'une cascade d'événements, entraîneraient la mort du neurone.

Pour enrayer ce phénomène, les deux chercheurs ont conçu un peptide capable de se fixer sur les gangliosides afin d'empêcher les protéines de s'y installer et de percer la membrane et donc, d'éviter la redoutable overdose de calcium.

Du laboratoire au marché

Reste à faire sortir cette invention de son laboratoire, ce à quoi s'attelle le fils des chercheurs, David Fantini, étudiant à Kedge, en créant en 2018 la société Amypore. L'école de commerce soutient le projet, qui est ensuite incubé chez Impulse. Nouara Yahi et Jaques Fantini transfèrent la licence de brevet à la société qui bénéficie rapidement de fonds européens dans le cadre du programme européen H2020.

Les premiers tests sont réalisés sur des animaux et permettent de confirmer d'une part que la molécule est active, d'autre part qu'elle n'est pas toxique. Elle aide également les concepteurs du projet à définir son mode d'administration. Le choix se porte sur un spray nasal qui pourra être utilisé en soin préventif ou curatif, de préférence à un stade précoce de la maladie. "Les essais cliniques vont nous aider à déterminer à quelle stade de la maladie donner le médicament". Ces essais cliniques devraient commencer dès 2021 grâce à de nouveaux fonds européens qu'espère obtenir la société. "En France, on se heurte aux tenants de la théorie des plaques amyloïdes", regrette Nouara Yahi. "Les leaders d'opinion sont tenus par des contrats de consultants qui sont légaux mais posent néanmoins des problèmes de conflits d'intérêt. C'est pour cette raison que nous nous tournons vers l'Europe".

S'appuyer sur des partenaires stratégiques pour gagner du temps

Si les essais cliniques durent en général une dizaine d'années pour ce type d'innovation, l'entreprise espère aller plus vite grâce à la non-toxicité de ses peptides. Aller vite : c'est là tout l'enjeu. Et cela passe par plusieurs aspects.

Sur la fabrication des molécules d'abord : "Nous ne voulons pas créer de structures doublons", insiste Philippe Crespo, chargé de projet au sein de la société. "Nous souhaitons nous appuyer sur les centres de production existant". Un moyen de gagner du temps d'autant qu'il existe dans la région "des personnes qui savent fabriquer des peptides". Il s'agit en fait de déléguer le plus de tâches possible afin qu'Amypore se consacre à deux missions : "s'assurer le suivi scientifique de la solution et gérer les sous-traitants".

Sur la diffusion du produit ensuite, il s'agira de choisir avec soin les partenaires. "Il nous faudra des partenaires prêts à couvrir le plus vite possible les patients. Nous serons sans merci sur les exigences de distribution et de production".

Une fois la molécule validée et mise sur le marché, Amypore espère étendre son offre en combattant d'autres maladies. L'ambition étant de devenir une biotech spécialiste des maladies dans lesquelles est impliquée une accumulation anormale de protéines. Et de créer ainsi un arsenal contre Alzheimer, Parkinson, mais aussi la maladie de Charcot ou encore le diabète de type 2.

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