Pytheas Navigation veut démocratiser la chirurgie assistée par ordinateur

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(Crédits : DR)
Installée à Marseille, cette PME développe un outil de chirurgie assistée par ordinateur dédié aux déformations de la colonne vertébrale. Après une levée de fonds qui lui a permis de constituer une équipe, l’entreprise cherche à affiner son dispositif grâce à l’intelligence artificielle et espère le mettre sur le marché d’ici deux ans.

C'est un art difficile que celui de redresser une colonne vertébrale déformée. Il consiste à placer des implants selon un trajet très précis, sans toucher à la très sensible moelle épinière, au risque d'entraîner des dommages irréversibles. "On estime que 40 % des patients ont un implant mal placé", complète Yann Glard, co-fondateur de Pytheas Navigation. D'où de graves complications dans 5 % des cas. "En temps normal, être opéré c'est un peu comme prendre l'avion. Il existe des risques mais on est plutôt sûr d'arriver à destination. En ce qui concerne les opérations de la colonne vertébrale, on n'est plus dans cette logique". Une imprécision qui, en plus de ses coûts humains incommensurables, représente pour les assurances une dépense annuelle mondiale d'un milliard de dollars.

Pourtant, des outils de chirurgie assistée par ordinateur proposent d'accompagner les gestes du praticien. Mais selon Yann Glard, ceux-ci sont "très volumineux, chers et infernaux à mettre en œuvre". S'ajoutent à cela de nouveaux risques liés à une anesthésie prolongée. Résultat : peu les utilisent.

La Wii de Nintendo version chirurgie

Face à cette absence de solutions pratiques, Yann Glard, accompagné de Marc Forman et Vincent Pomero, dessinent dès 2013 les premiers croquis de ce qui doit devenir un outil de démocratisation de la chirurgie assistée par ordinateur, pour les déformations de la colonne vertébrale. Sept ans plus tard, le dispositif prend forme.

En amont, le chirurgien simule l'opération sur une modélisation de la colonne vertébrale de son patient, sorte de "jumeau numérique" de celui-ci. Il définit alors sur une maquette numérique le trajet à adopter pour placer les implants. Ensuite, ses outils sont équipés de puces qui lui indiquent si ses gestes correspondent au trajet prédéfini, selon une technologie proche de celle des manettes Wii de Nintendo, avec leurs accéléromètre et gyroscope. Une solution qui tient dans la main du chirurgien et qui lui coûte 40 000 euros, contre un million pour un dispositif classique.

Une mise sur le marché d'ici deux ans

Après une série de tests sur de faux os puis sur des cadavres, Pytheas Navigation organise une levée de fonds fin 2018. Environ trois millions d'euros sont collectés auprès de Bpi France et d'acteurs privés étrangers. "Les fonds français sont plus à l'aise dans le capital développement que dans le capital risque". Une difficulté qui s'ajoute au fait que "les produits de santé effraient. Il y a beaucoup de freins réglementaires. Même si une idée est bonne, cela ne veut pas dire qu'elle aboutira à une mise sur le marché". Qu'à cela ne tienne. La levée de fonds permet de constituer une équipe de dix personnes "pour faire mûrir la technologie et en faire un objet industriel". Cela passe par une validation à venir aux normes CE et FDA, l'Europe et les Etats-Unis étant les deux marchés visés en raison de la stabilité de leur réglementation.

Mais si la mise sur le marché est prévue fin 2021 ou début 2022, d'autres échéances plus immédiates sont à venir. "Dans dix mois, il faut que nous ayons un prototype qui préfigure le produit final, tant d'un point de vue matériel que logiciel" ; de sorte que les premiers tests sur l'homme aient lieu dès 2021. "Nous avons déjà des contacts avec des Centres hospitaliers universitaires de la région, à Marseille ou Nîmes".

Si la première version du produit sera dotée d'une part d'intelligence artificielle permettant d'automatiser la procédure, Pytheas Navigation pense déjà au coup d'après et à l'introduction d'une dose de réalité augmentée. "La maquette pourrait s'afficher directement dans des lunettes afin d'améliorer l'interface homme-machine", de sorte que le chirurgien n'ait plus à se tourner constamment vers son écran mais puisse, au contraire, se focaliser sur son patient.

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