Spécialiste de la détection des infections, Pocramé vise un marché mondial

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(Crédits : Pixabay / CC)
Installée à Aubagne, cette startup a conçu une borne permettant de détecter de manière rapide et délocalisée un certain nombre d’infections. Après s’être développée auprès de deux clients locaux dans le domaine maritime, elle veut en conquérir de nouveaux, en mer mais aussi sur terre. Elle peut aussi compter sur son second produit, une boîte délivrant des protections sanitaires individuelles.

Épidémie de pneumocoque sur un chantier naval à Marseille, paquebot en quarantaine au Japon pour soixante-sept cas de Coronavirus, un passager atteint de légionellose sur un bateau de croisière... L'actualité le montre : une infection à bord d'un navire peut vite semer la panique, avec d'importantes retombées économiques. "Lorsque quelqu'un est malade et qu'il faut dérouter le bateau, cela représente un coût de 100 000 euros par jour", explique Pierre-Yves Lévy, co-fondateur de Pocramé.

Un déroutement nécessaire lorsqu'on ne sait pas dire si le patient est contagieux, si la pathologie est grave et si des traitements peuvent être administrés.

Ces trois questions, ce sont celles auxquelles essaie de répondre Mephilab, développée par la startup. Soit une borne-laboratoire mobile permettant de diagnostiquer en quinze minutes une série d'infections dangereuses et contagieuses. Pour ce, une personne formée - médecin, infirmier ou commandant de bord - indique sur l'écran tactile de la borne les symptômes du patient. A partir de ces indications, le logiciel propose une série de tests à réaliser. "Nous avons fait le choix d'une telle approche pour avoir un diagnostic le plus large possible. Ce n'est pas parce qu'on a de la fièvre et une infection respiratoire que l'on a forcément le coronavirus". Les tests peuvent consister en une analyse de sang, de salive ou d'urine.

Se renforcer auprès de deux clients avant d'élargir la clientèle

Depuis 2016, cette solution est mise à disposition de CMA-CGM et de la compagnie de croisières du Ponant, en essai d'abord, puis en commercialisation depuis 2017-2018. "Les bateaux de croisière et de cargaison présentent des problématiques différentes. Dans les premiers, il y a toujours des médecins et on est près des côtes mais la contagion peut prendre une grande ampleur avec plusieurs milliers de personnes à bord. A l'inverse, dans les bateaux de cargaison, il n'y a qu'une vingtaine de marins mais pas de médecin".

Une soixantaine de navires de CMA-CGM sont équipés et ceux du Ponant le seront tous dans les jours à venir. "Pour le moment, nous nous sommes limités à la région Provence-Alpes Côte d'Azur par tropisme régional. Cela nous a permis de bien tester nos modèles et de monter en puissance. Maintenant, nous allons nous attaquer aux croisières Costa et MSC ". La startup aimerait également toucher d'autres entreprises du fret mais aussi s'adresser à des acteurs terrestres, "un marché bien plus important".

A ce jour, trois bornes sont installées à l'IHU Méditerranée infection à Marseille, dont un pour le Coronavirus ; deux autres au Sénégal dans le cadre d'un partenariat universitaire. Mais pour aller plus loin, il faut améliorer le dispositif pour lui permettre de détecter de nouvelles infections, ce qui nécessite de nouvelles protections. "Elle doit aussi être plus mobile pour un envoi rapide sur des sites infectés".

Une levée de fonds organisée fin 2019 a permis de collecter 700 000 euros pour lancer une seconde version de Mephilab. "C'est un gros travail de recherche et développement". Un prototype devrait être présenté au deuxième semestre de cette année.

Un distributeur de protections sanitaires pour compléter l'offre

En parallèle, l'entreprise veut intensifier la commercialisation de son second produit, Mephibox. Lancé en 2017, il s'agit d'un distributeur d'équipements sanitaires individuels. "Il regroupe dans une boite propre de quoi s'équiper en masques, gants et lunettes avec prescriptions médicales". Ainsi, selon la maladie, l'appareil indique quelles protections utiliser. "Ce produit n'a pas de valeur ajoutée technologique majeure mais il répond à une vraie problématique". Présente au sein de l'IHU Méditerranée infection, la box l'est aussi dans d'autres établissements régionaux, aux Hospices civils de Lyon, ainsi que qu'en Suisse. Les établissements privés sont également visés, notamment les Ehpad.

Deux produits qui pourraient intéresser davantage du fait de l'actualité. "Les problèmes actuels d'infections sensibilisent les acteurs à la prévention et au dépistage. Cela devrait nous donner une visibilité plus importante". L'occasion de passer un cap et d'accélérer le développement, avec une croissance espérée à 50 % annuels dans les années à venir.

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