Mycophyto, cette deeptech qui fait la preuve du concept

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(Crédits : DR)
Issue de la recherche, la startup installée à Sophia-Antipolis est l'une de ces jeunes pousses dont la solution constitue véritablement une innovation de rupture, c'est-à-dire, capable, par son application, de modifier les usages tout en répondant à ce qui constitue les défis modernes. Ou comment allier business et recherche.

C'est le mot qui fait frémir les investisseurs - dans le bon sens du terme -, qui intrigue le néophyte mais qui est surtout le synonyme d'une innovation "profonde". Comprendre de rupture.

Longtemps regardées du coin de l'œil, les deep tech, ces startups prêtes à changer le monde ou plutôt à répondre aux changements qui s'imposent à celui-ci, sont désormais chouchoutées. Car l'innovation qu'elles offrent est précieuse.

C'est le cas de Mycophyto, jeune entreprise créée en 2017 par Justine Lipuma, diplômée en biologie de l'Université Côte d'Azur qui a mis au point des solutions biologiques naturelles s'appuyant sur le pouvoir "magique" des champignons mycorhiziens, ces champignons capables de favoriser le développement racinaire. Avec comme effets secondaires remarquables, ceux d'offrir une croissance végétale accrue, des gains de rendement augmentés, des économies d'eau en même temps qu'une résistance aux pathogènes, bienvenue. Ou comment permettre aux professionnels de l'agriculture de développer de meilleurs rendements de leurs cultures et de faire face, en même temps, à certains effets climatiques.

Recherche et business, l'addition gagnante

C'est donc assez logiquement que Mycophyto a été lauréate du concours iLab en 2019, ce concours d'innovation organisé par Bpifrance et qui vient en soutien financier et en conseils avisés. "Nous avons été lauréat car nous avons été identifié deeptech", précise Justine Lipuma. Mais ne peut se prévaloir deeptech qui veut. Pour se faire,"il faut respecter certaines étapes au préalable", explique la jeune dirigeante qui a d'abord obtenu une bourse French Tech avant de structurer sa petite entreprise, étape par étape, en ressources humaines et en apport financier, notamment via une levée de fonds qui lui a permis de passer au stade supérieur.

"Nous avons beau être une deeptech, nous sommes attendus sur du business", indique Justine Lipuma. Et le business passe par la... recherche.

Mais la recherche suggère du financement. Fort heureusement, les investisseurs ne sont plus frileux face à cette typologie de startups disruptives. Du moment que le développement est extrêmement organisé.

"L'enjeu est de conclure des contrats structurants avec des leaders et d'avoir, en parallèle, les projets de recherche qui tournent", explique Justine Lipuma. Ce qui permet ainsi de proposer des projets qui sont adaptés au besoin client, "d'appliquer ainsi notre savoir-faire" avec des offres à façon.

Être considérée comme une deep tech constitue un avantage, reconnaît par ailleurs Justine Lipuma, "c'est un atout, alors que cela ne l'était pas auparavant". Entre temps, Bpifrance est passé par là, lançant notamment il y a un an, un plan spécifiquement dédié qui a contribué à modifier la perception de ces jeunes pousses différentes. Sous-jacent, il s'agit de soutenir l'innovation, et au-delà, évidemment la compétitivité française. Et l'indicateur qui dit beaucoup est celui du montant des levées réalisées en 2019 par celles qui ne représentent que 10 % des startups au total : 1,5 milliard d'euros. Soit 30 % des levées toutes catégories confondues.

Parce qu'il n'y a pas que l'IT

L'autre enjeu est même un double enjeu. Il est d'abord de montrer que le monde de la recherche et le monde de l'entreprenariat regardent enfin dans la même direction. C'est redit et répété, souhaité par les acteurs économiques, mais entre les discours et la réalité, c'est mieux quand un acteur du financement avalise. Ça rassure, entre autres, du côté des investisseurs et financeurs. Le second enjeu c'est de démontrer que non il n'y a pas que l'IT qui soit identifié comme deep tech. L'IT ne fait pas tout. Et c'est bien de le (re)dire. Surtout quand on est implanté sur la première technopôle d'Europe, plutôt reconnue pour son appétence sur ce thème.

"On a tendance à considérer que l'agri-tech, ce sont des robots dans un champ", raconte Justine Lipuma, sans forcer le trait. Laquelle a justement appuyé le développement de Mycophyto sur deux piliers solides et reconnus : l'INRIA et l'INRA. "Nous avons cherché à travailler dès le début avec l'INRIA qui est une structure bien organisée, qui sait mettre en place le gagnant/gagnant". Relevant du secteur agricole, la collaboration avec l'INRA est tout aussi fondamentale. "Nous bénéficions ainsi d'une double caution, agricole avec l'INRA, tech grâce à l'INRIA", résume Justine Lipuma.

Stratégie bottom-up

Des partenariats qui comptent dans le développement de Mycophyto. Ainsi une thèse a démarré en co-tutelle avec l'INRA, afin d'identifier des champignons qui ne l'ont pas été et cela afin de générer de la donnée. Avec l'INRIA, c'est une post-doctorante qui intègre l'équipe pour travailler sur un modèle de prédiction, évidemment pas dépourvu d'IA. Et cela afin de développer deux axes, l'un baptisé MyCollection et qui concerne la bio-banque, le second appelé MyConnection. Le recrutement pour ce point précis d'un ingénieur procédé est envisagé.

Le service production, qui s'appuie sur un brevet que Mycophyto exploite, va passer d'une production de moyenne échelle et grande échelle.

Côté service Développement de projets, réflexion active est menée sur des positionnements stratégiques de développement, qui pourraient concerner institutionnels et lycées agricoles.

"Il est essentiel de posséder un ancrage territorial fort", dit Justine Lipuma, car cela sert l'offre proposée, raccord avec les besoins terrain. "Nous déployons une stratégie bottom-up", qui permet de pénétrer les filières par le haut. Et de valoriser l'expertise de la startup. Une stratégie qui est un choix assumé par Justine Lipuma et Christine Poncet, ingénieur hors classe de l'INRA, également co-fondatrice. Mycophyto, installée au sein du Village by CA emploie 8 personnes. Une levée de fonds est également envisagée pour fin 2021.

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