Pourquoi Ignilife accélère sur le marché de la prévention des maladies chroniques

 |   |  904  mots
(Crédits : DR)
Spécialisée dans le développement de plateformes de prévention santé, la jeune pousse, basée à Sophia Antipolis, profite de la crise du Covid-19 pour accélérer ses développements envers la population des malades à risques et chroniques, dont une première version sera déployée sous peu au Brésil.

Selon les chiffres publiés fin mars par la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), près d'un demi-million de téléconsultations ont été facturées entre le 23 et le 29 mars, ce qui représente plus de 10% des consultations réalisées en France, contre moins de 1% avant l'épidémie de coronavirus. Cet essor - fulgurant depuis la mise en place du confinement - laisse à penser qu'en matière d'e-santé il y aura bien un avant et un après Covid-19. Ce qui réjouit Fabrice Pakin : "Avec cette crise, la santé digitale va entrer dans les mœurs mainstream. Elle est promise à un bel avenir, même en France où elle avait du mal à décoller. L'évolution est inévitable".

Gamme de prévention complète

Co-fondateur d'Ignilife en 2014, il dirige la jeune pousse basée à Sophia Antipolis, spécialisée dans le développement de plateformes de prévention santé. Un axe peu valorisé dans un système essentiellement curatif alors qu'il s'agit d'un "enjeu de santé publique". "C'est même une des grandes valeurs du marché d'aujourd'hui et de demain", relève-t-il. "Les malades chroniques, qui représentent 75% de la dépense santé en France, nécessitent un accompagnement au quotidien fort, notamment en termes d'hygiène de vie, pour les aider à mieux contrôler leur maladie et éviter les hospitalisations". A cet égard, les outils numériques ont un rôle à jouer, parmi lesquels ceux développés par Ignilife. Qui, après avoir fait ses armes sur la prévention santé primaire (pour se maintenir en forme) avec une plateforme qui revendique 70 000 utilisateurs, s'attaque désormais au sujet des préventions secondaires (dédiées aux personnes à risques) et tertiaires (orientés vers l'accompagnement des patients chroniques). Et ce, de manière accélérée puisque l'entreprise annonce qu'elle disposera à l'issue de la crise du Covid-19 d'une gamme de produits complète.

Le Brésil comme tête de pont

"La crise actuelle nous pousse à accélérer notre stratégie de développement", reprend Fabrice Pakin, "ne serait-ce que pour répondre à la demande". En l'occurrence, celles de deux préfectures brésiliennes, l'une située dans la périphérie nord de Rio, l'autre dans la banlieue industrielle de Sao Paulo où Ignilife a ouvert sa deuxième filiale (après la Suisse) en novembre 2018. Plus précisément au Cumo, le Station F brésilien, probablement le plus grand accélérateur d'Amérique Latine. "Au Brésil, les préfectures, organismes publics municipaux, gèrent la santé des populations les plus défavorisées parmi lesquelles beaucoup de malades chroniques qui depuis le début de l'épidémie ne sont plus suivis, ce qui laisse à craindre des compensations énormes à venir. L'idée est donc de mettre en place une application permettant à ces personnes de faire remonter leurs symptômes, de recevoir des contenus adaptés à leur pathologie, d'alerter en cas de problème et d'interagir à tout moment via chat avec les équipes de santé". Lesquelles auront à leur disposition, entre autres, un dashboard de triage populationnel en fonction des risques, permettant de prioriser et d'améliorer l'efficacité de leurs interventions. Le produit devrait être finalisé d'ici à 3 à 4 semaines et déployé dans la foulée.

Nouvelles lois santé

Ce positionnement accéléré sur le marché de la prévention secondaire et tertiaire est d'autant plus attractif pour Ignilife que les nouvelles lois santé de par le monde, et notamment en Europe, poussent les thérapies digitales. Lesquelles, à condition de prouver leur efficacité, sont ou seront remboursées. Tout ou partie. "Si la France prévoit dans le volet digital de sa loi de santé 2022 le remboursement de ce type de thérapie, c'est déjà le cas en Angleterre où le NHS rembourse 50% du coût du traitement, et en Allemagne depuis le 1er janvier 2020", indique le dirigeant qui entend donc poursuivre son expansion géographique sur ces deux pays cibles. Deux marchés qui, à l'instar du Portugal et de la Belgique où la start-up est déjà présente, seront abordés via des distributeurs en direction des mutuelles et assurances, des entreprises "qui veulent mettre en place des politiques de santé et de bien-être auprès de leurs salariés", mais pas que : "notre clientèle va forcément évoluer avec ces nouveaux produits vers les hôpitaux, les cliniques, les maisons de santé..." D'où l'importance du lancement brésilien.

Pays émergents

Le Brésil pèse 10% du chiffre d'affaires de la jeune pousse de 10 personnes, qui se stabilise autour de 800 000 euros. "L'objectif est de porter sa part à 30 % dès 2020", précise Fabrice Pakin. Lequel s'est engagé dans un processus de levée de fonds afin soutenir ses développements, tant technologiques que géographiques. Car, au-delà de l'Europe, Ignilife lorgne de plus en plus vers les pays émergents. "Ce que l'on fait au Brésil est facilement duplicable ailleurs, en Afrique, en Asie du Sud-Est". Des pays à la "population mobile et très connectée qui vont avancer plus vite en matière de santé digitale". A l'instar de l'Indonésie où la jeune pousse vient de poser un pied en déployant gracieusement à la demande d'hôpitaux locaux une appli de test et de suivi des symptômes Covid-19 permettant d'orienter les personnes symptomatiques. Celle-ci est déjà disponible en France, en Belgique et au Brésil.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :