Xavier Bertrand : "Les entreprises et les citoyens sont les clients de la Région"

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(Crédits : Reuters)
Les collectivités, des entreprises à faire tourner ? C’est la vision de Xavier Bertrand, venu "exporter" à Marseille sur invitation du MEDEF PACA, sa culture managériale de sa région Hauts de France. Un atout pour parler le même langage que les dirigeants du territoire, dit-il.

L'ancien ministre du Travail le martèle : son "parti maintenant, c'est la Région". Et encore, parler de parti n'est pas tout à fait juste... puisque c'est en entrepreneur qu'il se pose désormais. Quoi de mieux en effet qu'un dirigeant pour s'adresser au monde du patronat et amorcer avec lui la co-construction, en vue d'un développement économique plus efficient. C'est exactement le message que Xavier Bertrand a voulu faire passer, convié à Marseille par le MEDEF PACA et l'UPE 13. Bien évidemment, son homologue en PACA, Renaud Muselier, était là. Car les deux Régions, comme les deux présidents, ont quelques points communs. Première préconisation : le changement d'approche. "Auparavant, on se situait plutôt dans une configuration BtoB, en discutant soutiens financiers de projets entre élus. Il nous faut aujourd'hui changer de logique, se placer dans celle du BtoC, considérer les entreprises et les citoyens de notre territoire comme des clients", appuie Xavier Bertrand. D'où la culture managériale qui est celle de ces deux collectivités qui bien qu'opposées géographiquement, nourrissent des ressemblances, en matière de taux du PIB comme de chômage.

Elle culture qui passe notamment par une analyse accrue de la performance, le pointage de ce qui est perfectible, comme le fonctionnement "du guichet unique, moyennement satisfaisant", observe de son côté Renaud Muselier. A l'image d'une entreprise, les deux présidents savent aussi mobiliser les financements à leur portée, tel que le fait Renaud Muselier avec les fonds européens, ou se muter "en VRP, en avocats de leurs territoires puisque nous nous positionnons nous aussi sur le tourisme à l'international", reprend Xavier Bertrand, faisant état de rapprochements dans cette optique avec la Chine.

Envisager ensemble la question de l'emploi

Et cette posture managériale, elle ne peut que plaire aux entreprises. De fait, les Régions ont besoin de connaître leurs besoins afin de mettre en place les politiques à même de les accompagner sur la voie du développement et de la croissance. C'est notamment le cas en termes d'emploi, illustre le président des Hauts de France. L'édile, qui a mise en place le dispositif Proch'emploi, se prévaut d'un taux de 45n% des demandeurs d'emploi ayant contacté la plateforme remis en activité. Précision, il s'agit d'embauches, mais aussi de contrats d'apprentissage ou encore d'entrées en formation avec un poste à l'issue. "C'est un service complémentaire à Pôle Emploi, et il marche, parce que la Région a aussi la main sur la compétence de la formation professionnelle". Le bon moyen pour induire du liant dans la délicate équation entre offre et demande. Mais faire coïncider besoins en ressources et profils de candidats adaptés, cela présuppose plusieurs choses : "une approche sur-mesure, un raisonnement par bassin d'emploi, car les besoins ne sont pas les mêmes par exemple à Dunkerque, dans le Sud de l'Oise ou dans l'Aisne, mais aussi un rapport de proximité avec les entreprises, afin qu'elles nous expriment ces besoins en formation. Ma difficulté aujourd'hui, c'est justement que les branches disent à la Région sur quels profils elles peuvent avoir des pénuries de main d'œuvre, à un an, à trois ans". C'est pourtant ce type de remontées d'information qui permettra aussi de répondre à une problématique "angoissante" pour Xavier Bertrand : la destruction massive des emplois, due à l'utilisation accrue de l'intelligence artificielle. Sans être bien sûr  dans la diabolisation. "Derrière un robot, il y a trois emplois. Mais pour l'heure, ils se fabriquent davantage à l'étranger, au Japon, en Corée, ou encore en Allemagne, en Italie. Il faut attirer ces industries sur nos territoires". Mais il s'agit aussi de considérer cette question-là dans sa pleine mesure : "L'IA, elle est là et bien là. Donc ça va changer quoi ? Des bataillons de collaborateurs se retrouveront sans emploi et sans perspective, et ce sont surtout les cols blancs, plus que les cols bleus qui vont être touchés. Il faut bien réfléchir à cela". Outre le stade de la réflexion, il faudra bien passer le cap de l'action, et cela passe avant tout par la constitution de data à même d'appréhender la question sous l'angle prospective. "Il s'agit de GPEC, croisée avec une gestion territoriale des besoins par bassin d'emploi".

Les coudées franches ?

Mais satisfaire les "clientes" que constituent les entreprises, c'est aussi cibler les trous dans la raquette dans l'accompagnement qu'on leur prodigue. Ce peut être en amenant les TPE et les PME dans la voie de la digitalisation, en les aidant dans le domaine de la cyber-sécurité. Mais c'est aussi et surtout en les soutenant financièrement. La région PACA y a en partie répondu par la mise en place du Fier (Fonds d'investissement pour les entreprises de la région), une palette de divers outils financiers dotée initialement de 94 M€. Du côté des Hauts de France aussi, on cible les manques.  D'où la création d'un fonds de premier secours, suite à une concertation avec le tribunal de Commerce, qui offre la possibilité d'avancer des petits tickets pour les TPE à sauver. "Autre réflexion, celle initiée avec la CCI, pour permettre à des entreprises défaillantes de passer un gros trou d'air. Pas question bien sûr d'aider des canards boiteux, mais de prêter main forte à des boîtes stratégiques et de sauver des emplois, avec des tickets allant jusqu'à 200 000€".

Reste à savoir si les régions continueront à avoir la même capacité d'autonomie pour œuvrer au soutien économique de leur territoire. Renaud Muselier comme Xavier Bertrand l'expriment l'un comme l'autre, ils vivent mal la vassalisation de la collectivité qui s'amorce au profit du pouvoir central. Elle pourrait se profiler via les réformes en gestation, notamment celle de la formation professionnelle qui devrait changer la donne en termes de gouvernance et de financement. Mais aussi avec la loi de programmation 2018-2022, qui entend imposer aux collectivités de ne représenter que 5,9 % de la dette publique en 2022, contre 8,6 % aujourd'hui... Et ça pose là encore la question de la mainmise de l'Etat sur les futures décisions d'investissements. Sans parler de la dotation, qui  certes, ne baissera pas en 2018, mais va se stabiliser après des années de réduction.  Ainsi, comment d'un côté maîtriser dépenses et dette et de l'autre,  soutenir l'investissement et l'activité économique? D'autres préoccupations habituellement du chef d'entreprise auxquelles les présidents de Région seront de plus en plus confrontés.

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Commentaires
a écrit le 05/12/2017 à 8:51 :
Encore un qui n'a pas lu le début de notre Constitution : le principe de notre république, c'est "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple". (article 2)
Maintenant, si les autochtones ont élu quelqu'un qui ne sait pas lire...
a écrit le 04/12/2017 à 22:03 :
Bah mon gros, tu ferais mieux de te taire, les citoyens ne sont pas des clients, mais des financeurs à qui tu dois des comptes... Ce sont bien leurs impôts qui font fonctionner ta région et la "France". Faut pas tout mélanger : quand tu parles de client, on voit bien la dérive électoraliste
a écrit le 04/12/2017 à 21:18 :
Les électeurs qui élisent les élus de la Région ne peuvent pas être ses clients. Comment ces électeurs qui contribuent financièrement au budget de la Région peuvent-ils être ses clients ? C'est un non-sens politique et même éthique. Les élus de la Région sont des simples représentants des électeurs pour lesquelles ils doivent rendre des comptes...et non l'inverse. Ces représentants ont été élus pour mettre en place les promesses faites aux électeurs et non pour être une startup et gaspiller l'argent des contribuables dans des projets aventureux et qui n'ont aucune utilité aux électeurs et contribuables. En résumé, c'est l'électeur qui est le patron et les élus sont ses employés. Il est temps que les politiques comprennent le sens de leur mission. C'est pas gagné.
a écrit le 03/12/2017 à 19:27 :
Soyons clair les administrés deviennent des clients ..moi ...je deviens le PDG je fixe ma rémunération , m attribue des stocks options, etc etc ..
Et le patron des patrons d applaudir des deux mains devant cet élan entrepreneurial .
Ce tableau impressionniste est le résultat d une altération de la pensée , peut être de la mienne mais plus surement de se savoir ou de vouloir faire parti des gagnants . Comme disait un poète génial ... je te plains jeune homme ....
Ils ont presque tout mais il leur manque l essentiel .
a écrit le 03/12/2017 à 19:25 :
Cette manie de se prendre pour des entrepreneurs avec l'argent du contribuable est un effet de mode très malsain, même si en apparence ça part d'un bon sentiment. Ça relève d'un mélange des genres assez pervers et un brin démagogique. Service public ne doit pas être confondu avec société de service. La vocation du service public n'est ni la croissance ni le profit. Celle de l'entreprise, si.
a écrit le 03/12/2017 à 18:55 :
Yen a marre des ces formules vides de sens seulement pour le spectaculaire et la fabrique à opinion.

Pourtant c'est facile à comprendre, le secteur marchand s'adresse aux consommateurs et le secteur public aux citoyens. Amalgamer les deux n'est que démontrer son incapacité à penser au plus grand nombre afin de se focaliser sur ses propres intérêts.

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