David Lisnard : "Il n'y aura pas de rebond du pays sans rebond civique"

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(Crédits : DR)
Maire de Cannes et pourfendeur de ce qui abîme la cité, celui qui est aussi très engagé dans la défense du commerce de proximité, n'a de cesse d'appeler à un retour au bon sens civique. Son point de vue – presque sa philosophie – il l'a partage avec Jean-Michel Arnaud, dans un livre paru aux Editions Hermann. Où il est donc question de "Refaire communauté pour en finir avec l'incivisme".

La Tribune - L'incivisme est-ce de l'incivilité ?

David Lisnard - L'incivisme ne se traduit pas forcément par une incivilité. Mais en revanche, toute incivilité traduit l'expression d'un incivisme, d'une séparation de l'individu avec le groupe, avec la société.

Dans le livre, vous parlez d'incommunauté.

C'est un néologisme qui trouve sa place dans l'importance du renouveau civique et qui traduit des actes qui sont comme autant de coups de canif dans le contrat social tel que l'entendait Rousseau.

L'incivilité n'est-il pas devenu un mot-valise ?

L'incivilité renvoie, au départ, à la politesse puis, dans les années 80, ce mot apparaît au pluriel. Oui ce mot est devenu un mot-valise car il est utilisé pour édulcorer l'infraction ou pour faire du racolage électoral. Il n'y aura pas de rebond du pays sans rebond civique. Tout a été construit par une approche consumériste. Il faut revenir au fondement du contrat social de Rousseau. Je suis libre, donc je suis responsable.

Comment en est-on arrivé là ?

Tant qu'il y aura de la vie en commun, il y aura des incivilités. Ce qui est vécu comme une incivilité évolue dans le temps et l'espace. Aujourd'hui, ce que l'on constate, c'est une déliquescence du lien social. L'acte d'incivilité traduit le manque de cohésion sociale. Ces actes apparaissent lorsque il y a destruction de liens, lorsque il y a une distanciation par rapport au groupe, une sorte d'égoïsme social, d'où la nécessité d'agir sur plusieurs paramètres, l'éducation, la répression, la communication, l'éducation à la culture... Il faut refaire communauté.

Faut-il prôner la tolérance zéro ?

La tolérance zéro ce n'est faire preuve d'intolérance. C'est une évidence en démocratie, que lorsque la loi prévoit la punition d'une infraction, le Code pénal soit appliqué. Cela signifie que toute infraction doit faire l'objet de la répression. Et la punition doit s'appliquer à tout le monde. L'enjeu c'est le cadre de vie, c'est une question d'attractivité, d'équilibre financier...

Dans le livre vous donnez l'exemple du graffiti, perçu comme une incivilité mais qui a permis l'émergence d'artistes...

La vérité n'est pas manichéenne sauf que je suis un praticien et donc en tant que praticien je suis obligé de décider. Même si c'est un grand artiste, je fais appliquer la règle.

Quel doit être le rôle de l'Etat, de l'Education nationale ?

Il n'y a pas de société civile sans société civique. Le civisme est le carburant de la démocratie. Je fais de la micro-politique. La puissance publique doit être un catalyseur de valeurs communes. Le civisme doit nous rassembler, quelque soit l'âge, les conditions sociales. Il faut pour cela, définir un dénominateur commun. Nous ne sommes pas consommateurs de l'espace public, nous sommes co-responsables. Il faut une éthique comportementale. La cité est une agora. C'est aussi pour cela que je suis contre les centres commerciaux. C'est la rue, le regard de l'autre. Ce chez quelqu'un est aussi chez nous.

Vous avez mené des campagnes de communication contre les incivilités et pris des mesures. D'autres villes s'en sont inspirées. Es-ce le signe d'un changement ?

Nous sommes à un virage, nous sommes au 21ème siècle, nous devons retrouver le sens du collectif pour protéger l'individu. Ça traduit aussi une attente diffuse que nous essayons, nous maires, d'agréger pour changer.

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