Le mantra de Christian Estrosi  : démolir pour verdir la ville… et rester compétitif

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Christian Estrosi, maire sortant et candidat à sa propre succession, lors de son premier meeting de campagne à Nice, le 19 janvier.
Christian Estrosi, maire sortant et candidat à sa propre succession, lors de son premier meeting de campagne à Nice, le 19 janvier. (Crédits : SIPA)
L'annonce de la démolition du palais des congrès Acropolis et du déplacement du Théâtre national de Nice place, de fait, la campagne du maire sortant sur le sujet de l'urbanisme et de l'environnement. Mais c'est surtout une question sous-jacente de maintien de l'attractivité de la cinquième ville de France.

C'est ce qui s'appelle créer la surprise. Du genre à réveiller une campagne municipale qui s'annonçait assez calme, le retrait d'Éric Ciotti, le frère ennemi, ayant annulé le potentiel duel fratricide. En faisant état de sa volonté - s'il est réélu - de prolonger la Coulée verte, un parc de 12 hectares posé en plein centre-ville, Christian Estrosi entend continuer sur sa lancée, entamée il y a presque dix ans, lorsqu'il annonçait la démolition de la gare routière et du parking attenant, verrues urbaines qui coupaient la ville en deux, pour y planter gazon, arbres et fleurs. L'annonce - on est en 2011 - produit son effet de surprise. Et d'incrédulité.

Près d'une décennie plus tard, le résultat et cette coulée de verdure ont, semble-t-il convaincu, même les plus récalcitrants. Démolir Acropolis et, dans le même mouvement, déplacer le Théâtre national de Nice, au cœur même de la Vieille Ville répond donc à cette même logique de verdissement. Sauf que la raison principale est ailleurs.

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Christian Estrosi, 19 janvier, #estrosi2020

[Crédit photo : SIPA]

Acropolis, construit au début des années 1980, en a la silhouette typique, faite de verrières et de grandes salles, mais plus vraiment au goût du jour. Et c'est là le nœud du problème. Car Acropolis ne répond plus aux besoins de la cinquième ville de France en termes de tourisme d'affaires. Quand Cannes et Monaco disposent de palais des congrès taillés pour la compétition européenne, Nice ronge son frein.

Attirer les grands salons

En 2017, la reprise en régie municipale, après son passage dans le giron de GL Events, permet à la ville de reprendre la main. Mais les opportunités de salons d'envergure s'échappent ailleurs. Entre-temps, il y a le projet d'un palais des congrès et parc des expositions unis dans une seule structure - répondant au nom de PEX - prévu pour s'installer à l'ouest de la ville, dans le périmètre de l'Éco-Vallée, en lieu et place du Marché d'intérêt national, parti ailleurs. Un PEX pensé pour justement rendre à Nice sa capacité à attirer les manifestations de grande taille. « Un projet qui date de 2008 », tient à rappeler Christian Estrosi, histoire de montrer que cela fait partie d'une stratégie cohérente d'autant qu'il est l'une des quatre opérations déclarées prioritaires de l'Établissement public d'aménagement Nice Éco-Vallée, ratifiées dans les protocoles d'accord financiers en 2012 et 2019. Une suite logique et pas une lubie soudaine.

Avec ses 70 .000 mètres carrés incluant 4. 000 places d'auditorium sur 25. 000 mètres carrés côté congrès - soit au­tant que chez les concurrents que sont Vienne et Madrid - et 60 .000 mètres carrés de surface d'exposition dont 15 000 mètres carrés mutualisés avec les congrès, le futur équipement est d'ores et déjà investi d'une mission : redonner du tonus au tourisme d'affaires. En comparaison, avec ses 13 .000 mètres carrés et ses 2 500 places, Acropolis semble tout petit... « Le PEX n'est pas un projet, c'est un aboutissement », insiste Christian Estrosi pour dire que, démolition d'Acropolis ou pas, Nice aura bien un nouvel outil pour se positionner face à Barcelone, Londres, Milan ou Francfort.

Reconfigurer le Palais des expositions

Le PEX, qui devrait être géré par une société d'économie mixte, a déjà un premier investisseur, la CDC, qui a apporté notamment sa contribution au financement du tramway. Les organisateurs de congrès ont manifesté leur intérêt pour des événements consacrés à la santé, la mobilité, le design, le numérique ou l'aérospatial, assure le maire. Le coût ? 250 millions d'euros. Les retombées économiques estimées ? 800 millions d'euros par an. Mais le PEX a une autre incidence. Le Palais des expositions, situé dans le prolongement d'Acropolis, va lui aussi être revu, repensé en équipement culturel et sportif avec salle modulable de 2. 000 places et nouvel écrin pour les ateliers du Carnaval de Nice. Son esplanade va devenir... un espace vert paysager. Tout cela est prévu pour une livraison en 2024. Autant dire demain. Si Christian Estrosi est élu, il ne lui restera plus alors qu'à appuyer sur le bouton, comme il dit.

Ce nouveau projet d'aménagement est-il un projet de maire ou de candidat ? Le risque de l'annoncer avant le scrutin, était de créer une sorte de rejet face à la perspective de nouveaux travaux dans la ville. C'est d'ailleurs ce que lui reprochent ses adversaires, Patrick Allemand et Philippe Vardon en tête, insistant sur des coûts supplémentaires, contribuant à creuser la dette.

À la Coulée verte, la liste Nice Écologique de Jean-Marc Governatori oppose l'aménagement d'une « Coulée bleue ». Mais pour Christian Estrosi, annoncer la démolition d'Acropolis, même si cela irrite ou déplaît, c'est aussi une façon d'imprimer sa marque et de rendre tout autre programme moins impactant. Et donc de couper l'herbe - verte - sous le pied de ses opposants.

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