Jean-Claude Gaudin : "Ensemble, nous serons plus forts"

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Nous avons ainsi objectif de mettre sur le marché 1.500 hectares de foncier économique aménagé d'ici 2030, dont 400 hectares dès 2021, assure Jean-Claude Gaudin.
"Nous avons ainsi objectif de mettre sur le marché 1.500 hectares de foncier économique aménagé d'ici 2030, dont 400 hectares dès 2021", assure Jean-Claude Gaudin. (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)
Aux manettes depuis bientôt deux ans, le président d'Aix-MarseilleProvence revient sur les chantiers en cours et futurs. Pour réussir à placer la métropole sur le podium européen, il mise sur le collectif, l'ambition et l'audace.

LA TRIBUNE - Un an et demi après sa naissance, où en est la Métropole ?

JEAN-CLAUDE GAUDIN - La Métropole Aix-Marseille-Provence est sur les rails. Elle avance sur les dossiers fondamentaux et a déjà fait voter deux documents structurants pour son territoire, qui ont fait consensus parmi tous les élus : l'agenda de la mobilité et l'agenda du développement économique. Parce que nous sommes une métropole unique, la plus vaste de France, avec plusieurs grands pôles urbains, riche de nombreux espaces naturels, nous avons dû aller vite pour résoudre ces deux défis essentiels : comment mieux relier les zones résidentielles et les bassins d'emploi ? ; comment être attractif pour faire venir les entreprises et les investisseurs ? Notre objectif est à la fois d'être ambitieux pour être un territoire économique incontournable à l'échelle internationale, et notamment méditerranéenne, mais également de répondre aux besoins des habitants pour améliorer leur quotidien, sans répéter les soubresauts de l'histoire qui nous ont fait prendre beaucoup de retard. Nous sommes en train de le rattraper et nous devons prendre de l'avance !

Dans un rapport paru en 2015, l'économiste Christian Saint-Étienne estime que l'avenir du territoire est lié à un projet collectif et partagé. Le « regard dans le même sens » est-il indispensable ?

Bien sûr ! Ce territoire a souffert pendant longtemps d'intérêts divergents qui ont freiné son développement. Pensez donc que, par rapport à d'autres agglomérations françaises qui ont pu se développer depuis cinquante ans, Marseille a dû attendre la loi Chevènement de 1999 pour créer sa communauté urbaine, dans un périmètre malgré tout restreint, puis 2016 pour voir naître une métropole qui nous permette de concurrencer les zones les plus dynamiques du reste du monde. Aujourd'hui, c'est un jeu collectif qui se construit, le seul qui pourra nous autoriser à réussir ce pari. Sur le développement économique, par exemple, nous avons pu fédérer l'ensemble des acteurs (CCIMP [Chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence, ndlr], Aix-Marseille-Université, le Grand port maritime de Marseille-Fos, Provence Promotion...) autour d'une même vision. C'est inédit, et c'est indispensable pour parler d'une même voix quand vous essayez de faire venir des investisseurs de Chine ou d'Amérique du Nord. De la même manière, notre travail conjoint avec la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, avec qui nous partageons la compétence économique, et le département des Bouches-du-Rhône, est un gage de sérieux pour nos interlocuteurs.

Quelle est la bonne recette pour développer la Métropole ?

Il n'y a jamais de recette miracle vers le succès, mais je suis convaincu que le dialogue et le consensus sont indispensables pour obtenir des résultats. Je suis en permanence à l'écoute des 92 maires de la Métropole pour que nous puissions trouver ensemble les meilleurs équilibres entre projets structurants au bénéfice de tous et investissements locaux pour aider les communes. Nous devons équilibrer en permanence cette vision globale et la dimension locale, et travailler en synergie.

Vous savez, des entrepreneurs chinois qui viennent pour s'implanter ici ne voient ni Aix, ni Marseille : ils connaissent la Provence comme une porte d'entrée vers les marchés européen et méditerranéen. Cela nous impose de ranger nos intérêts particuliers au nom de l'intérêt général.

Aix-Marseille est en pointe sur des thématiques telles que les biotechs, la microélectronique, la cleantech Les entreprises multiplient les compétences, notamment dans l'innovation. Mais si les entreprises ont des idées, elles ont aussi besoin de foncier. Quels sont les projets en ce sens ?

La Métropole, à travers son vice-président délégué au développement des entreprises, Gérard Gazay, élabore un schéma d'ensemble sur le foncier économique, en partenariat étroit avec la CCIMP. Cela entre dans le cadre des travaux issus de la convention-cadre que nous avons conclue avec la plus vieille CCI de France, devenue agence de développement économique, au service de la stratégie de notre jeune Métropole.

Nous avons ainsi pour objectif de mettre sur le marché 1.500 hectares de foncier économique aménagé d'ici 2030, dont 400 hectares dès 2021. En ce sens, nous travaillons notamment avec le Grand port maritime de Marseille-Fos pour aménager ensemble 600 hectares sur le site dit Piicto.

De la même façon, les startups sont beaucoup mises en avant. Pour autant, il manque des entreprises de taille intermédiaire (ETI) sur le territoire comme dans le reste de la France capables de jouer le rôle de locomotive économique. Comment aider les PME à devenir des ETI ?

La création de jeunes entreprises, comme les startups, est souvent mise en avant dans les dispositifs de soutien public pour les entrepreneurs. Pour autant, il est indispensable d'accompagner ces PME vers la taille critique, en termes d'innovation et d'export, pour devenir des ETI créatrices d'emplois. C'est pourquoi la Métropole lance dès à présent le chantier de refonte de son offre de création et d'accompagnement au développement des entreprises. L'objectif est de mieux cerner les besoins des entreprises au fil de leur cycle de vie pour leur proposer les meilleurs outils. Cette refonte se fait en lien étroit avec la CCIMP qui connaît ces besoins au plus près du terrain.

Enfin, nous pensons que l'échelon métropolitain est le plus pertinent pour identifier les TPE et PME pouvant développer de l'innovation et pouvant être compétitives à l'export. Si le gouvernement a concentré d'importants efforts, à travers BPI France, Business France et les CCIR, sur l'échelon régional, pour piloter des aides d'État, il serait souhaitable de déléguer à l'échelon des métropoles et des CCI territoriales des missions d'identification des entreprises susceptible de devenir ces ETI dont la France a besoin. Notre proximité sur le terrain rend l'identification plus facile.

De quelle façon Aix-Marseille doit-elle développer son attractivité ? Au-delà des bonnes volontés, regarde-t-elle assez efficacement vers la Méditerranée ?

Aix-Marseille-Provence se positionne en carrefour méditerranéen des échanges entre Europe et Afrique. Nous ne devons plus imaginer la coopération méditerranéenne, mais mettre en oeuvre l'entrepreneuriat transméditerranéen. La Mare Nostrum est un lieu de passage des affaires entre une Europe source d'innovation et une Afrique en plein développement avec des marchés dynamiques. Avec ses infrastructures portuaires (1er port de France et 5e européen), aéroportuaires et autoroutières, Aix-Marseille-Provence est l'entrée européenne des entreprises africaines qui s'internationalisent, et la voie de passage obligée des grands comptes européens qui souhaitent aborder l'Afrique. Cela passe aussi, bien évidemment, par le développement du tourisme, notamment avec l'activité croisières qui vise les deux millions de passagers annuels à l'horizon 2020. Il nous faut envisager de nouvelles liaisons, notamment via notre aéroport, à destination des pays du Golfe, au fort potentiel économique et avides de voyages. Notre patrimoine historique et culturel, qui n'est plus à démontrer depuis le succès de Marseille Provence Capitale européenne de la culture en 2013, est notre meilleur atout pour y parvenir.

Quels seraient les autres territoires ou pays avec lesquels développer des liens de coordination forts ?

Plusieurs cibles prioritaires ont été définies. Nous avons ainsi identifié les États- Unis, en particulier Miami et la Floride, ainsi que l'Allemagne, premier partenaire économique de la France, le Japon, le Maghreb, le Sénégal et la Côte d'Ivoire. Parmi les destinations à fort potentiel, nous avons choisi de travailler sur la Chine, l'Italie, le Royaume-Uni, Israël et le Golfe arabe, en particulier Dubaï. Ces pays ont été choisis à l'issue d'un long travail méthodique et commun entre la Métropole, la CCIMP, le département et la ville de Marseille.

Plus largement, l'image d'Aix-Marseille-Provence à l'international est-elle en adéquation avec ce qu'est le territoire ? Comment amplifier son positionnement géostratégique ?

Nous allons intensifier notre présence à l'international pour faire connaître le potentiel métropolitain. Cela implique de renforcer notre présence sur les nombreux salons professionnels, bien sûr, du MIPIM [Marché international des professionnels de l'immobilier] à Cannes, au CES [Consumer Electronics Show] de Las Vegas, en passant par Le Bourget pour nos industries aéronautiques, mais aussi de développer nos missions de prospection internationale avec nos partenaires, comme celle que j'ai conduite l'année dernière à Londres avec la présidente du conseil départemental, Martine Vassal. Et d'ailleurs, dans quelques semaines, nous devrions nous rendre, à nouveau, ensemble, à Miami.

Ces missions seront d'autant plus efficaces qu'elles ciblent les destinations stratégiques que nous avons définies, avec un travail précis en fonction des filières que nous voulons développer avec chacune d'elles. Provence Promotion, l'agence métropolitaine de marketing territorial et de promotion internationale, copilotée par la Métropole et la CCIMP, nous aide dans ce travail de prospection des entreprises étrangères. Enfin, la Métropole est également sur le point de se doter d'un bureau permanent à Paris, afin de pouvoir rencontrer plus facilement les prospects qui viennent en France.

La Métropole possède un fabuleux potentiel. Comment la projeter à l'horizon 2030 ?

Si nous réussissons le défi des transports dont je parlais, nous aurons levé le principal frein au développement économique de notre territoire. C'est en rapprochant nos atouts naturels et nos talents que le potentiel de la métropole pourra pleinement s'exprimer. Vous le dites, le potentiel est là. Nous avons aussi un cadre de vie exceptionnel. En 2030 nous pouvons être une vitrine de l'excellence pour la France. Je crois que l'État s'en rend désormais compte et j'espère qu'il pourra nous accompagner dans cette ambition.

Quelle est votre ambition et votre vision pour la métropole ?

Vous le savez, notre institution est jeune. Et la jeunesse autorise à être audacieux. J'espère que la Métropole Aix-Marseille-Provence saura conserver son originalité, qui en fait un territoire unique et envié, pour se donner les moyens de réussir. Alors que beaucoup d'élus n'y croyaient pas, nous voyons aujourd'hui qu'elle fait sens. Ensemble, nous serons toujours plus forts. Soyons fiers de ce que nous sommes en train d'accomplir pour les générations futures.

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Aix-Marseille-Provence c'est :

- La plus grande métropole de France avec un périmètre de 3 173 km2, réunissant 92 communes. 90 sont situées dans les Bouches-du-Rhône, 1 dans le Var (Saint-Zacharie), 1 dans le Vaucluse (Pertuis) 1,83 million d'habitants 240 conseillers métropolitains Au 1er janvier 2018, les compétences qui relèvent d'une métropole et qui sont encore exercées par les communes seront transférées à Aix-Marseille- Provence ;

- 4 zones d'activités : Technoparc des Florides à Marignane, Athélia à La Ciotat, le Parc des Aiguilles à Ensuès-la-Redonne, le Parc d'Empallières à Saint-Victoret ;

- 2 parcs technologiques : Château Gombert et Marseille Luminy ;

- le pôle Média Belle-de-Mai, l'un des plus grands pôles dédiés à l'audiovisuel et au multimédia, soit 23 000 m2 dont 17 000 m2 de bureaux aménagés, 4 plateaux de tournage qui accueillent la série Plus belle la vie. Le pôle héberge également Marseille Innovation, pépinière qui accompagne une trentaine d'entreprises.

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