Quand Provence-Alpes-Côte d'Azur fait son cinéma

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En Provence-Alpes-Côte d'Azur, la filière dédiée au cinéma, et plus largement, la filière des industries créatives, est en passe de devenir un atout d'attractivité capable de jouer à jeu égal avec d'autres filières, comme le tourisme, dont elle est aussi une composante plus ou moins indirecte.
En Provence-Alpes-Côte d'Azur, la filière dédiée au cinéma, et plus largement, la filière des industries créatives, est en passe de devenir un atout d'attractivité capable de jouer à jeu égal avec d'autres filières, comme le tourisme, dont elle est aussi une composante plus ou moins indirecte. (Crédits : DR)
Alors que les projecteurs se braquent vers La Croisette et la 70e édition du Festival du film, la région travaille ardemment à structurer la filière des industries créatives. L'objectif : en faire un axe de différenciation économique.

À Cannes, les camions, grues et tentes ont pris possession des lieux, et les fans assidus de l'événement arpentaient déjà depuis plusieurs jours une Croisette en pleine effervescence, à la veille de l'ouverture officielle de la 70e édition du plus célèbre festival consacré au 7e art, mercredi 17 mai.

Un événement qui attire les projecteurs, comme les regards, tournés onze jours durant vers ces quelques kilomètres carrés où l'on parle, mange, dort, respire films, productions et financement. Pourtant, Cannes et plus largement la région Provence-Alpes-Côte d'Azur ne vibrent pas au rythme du cinéma uniquement tous les mois de mai. La filière dédiée, et plus largement, la filière des industries créatives, est en passe de devenir un atout d'attractivité capable de jouer à jeu égal avec d'autres filières, comme le tourisme, dont elle est aussi une composante plus ou moins indirecte.

Le cinéma, la Provence et la Côte d'Azur ont toujours constitué un trio qui fonctionne bien. De La main au collet d'Hitchcock, tourné en partie à Cannes, à Marseille, de Netflix, qui met en avant la cité phocéenne, en passant par les Taxi de Luc Besson ou De rouille et d'os d'Audiard, les lieux - diversifiés - la lumière (louée) et le climat ont toujours été des véhicules d'attractivité.

Manquait sans doute une vraie politique de structuration. Depuis dix ans, les acteurs (sans jeu de mots) qui en profitent, dont les communes et les décideurs économiques en premier lieu, ont compris tout l'intérêt et la nécessité qu'il y avait à penser le cinéma comme une industrie et pas comme une cerise sur le gâteau.

Californie de l'Europe ?

Du côté des Alpes-Maritimes, la Commission du film s'est constituée, agrandie. Aujourd'hui elle est la porte d'entrée pour les projets qui envisagent la Côte d'Azur comme décor. À Marseille, une Commission cinéma a été initiée voilà quinze ans, rappelle l'adjoint chargé de l'économie, Didier Parakian. Mais c'est avec une délégation métropolitaine que l'élu et une dizaine d'entreprises du secteur ont pris le chemin de Los Angeles et de Hollywood en début d'année, pour mieux faire connaître et surtout pour comprendre ce qui manque encore au territoire pour voir débarquer Mission impossible ou James Bond.

Car le sujet est bien celui-ci. La concurrence, comme le souligne d'ailleurs Stéphanie Gac, la responsable opérationnelle de la Commission du film des Alpes-Maritimes, « est davantage internationale, avec des destinations bien plus attractives en termes de coûts financiers ». Des pays comme la Belgique ou le Canada proposent en effet des conditions financières - sous forme de remboursment de taxes - supérieures à celles que le crédit d'impôt international français octroie avec ses 30 % d'abattement pour 250 000 euros engagés. Il n'était encore récemment que de 20 % pour un million d'euros. Un « effort » nécessaire qui paye, et qui serait encore mieux apprécié s'il était secondé par des aides en provenance des territoires eux-mêmes, à l'instar du coup de pouce donné par le conseil départemental des Alpes-Maritimes.

Que manque-t-il donc à Provence-AlpesCôte d'Azur pour jouer dans la cour des très grands et ne pas avoir à rougir de ce qu'elle propose ? « Des infrastructures de standard international », répond Didier Parakian. Un vrai sujet qui doit faire passer le territoire au niveau supérieur. C'est ce que dit aussi la productrice marseillaise Sabrina Roubache. Elle a produit Marseille, la série de Netflix décriée par la critique mais adulée par le public, notamment en Amérique du Sud, et travaille actuellement à un projet de backlot, ces décors extérieurs permanents destinés aux tournages. Un complément qui devient indispensable aux studios existants, comme Provence Studios à Martigues ou La Victorine à Nice qui devrait, elle, connaître un nouveau sort prochainement.

L'autre structuration qui doit encore s'améliorer est celle des compétences techniques. Trouver le talent sur place est indispensable pour les productions.

« Notre base TAF [techniciens, artistes, figurants, ndlr] comprend 250 locaux inscrits », explique Stéphanie Gac.

La présence même des productions qui s'installent dans la durée, comme la série

Section de recherches qui tourne à Grasse depuis 2013 et dont chaque saison comprend 14 épisodes, contribue à nourrir les potentiels en local. « 30 % de nos techniciens sont des anciens élèves d'écoles locales, comme l'ESRA de Cannes », note Loïc Berthézène, le directeur de production de la série diffusée sur TF1.

Cannes, qui dispose de son technopôle de l'image, baptisé Bastide Rouge, accueillera des 2019 des formations en masters spécialisés en cinéma et industrie créative, en plus de la pépinière d'entreprises, déjà remplie à 100 %.

Marketing de l'offre

C'est que pouvoir faire appel à des compétences particulières est précieux, affirme Jean-Baptiste Pietri, de Drones06, qui a développé un savoir-faire en matière de tournage d'images par drone : « L'industrie cinématographique était frileuse, aujourd'hui nous possédons une expertise qui nous démarque. Nous avons été l'une des premières sociétés à embarquer des caméras de cinéma. Cela a contribué à installer notre nom dans l'industrie. »

Le travail d'équipe, c'est ce qui doit aussi permettre au territoire de se démarquer. C'est-à-dire rassembler les forces de toute la région et ne pas laisser Marseille et Nice aller séduire en solo. Une politique régionale, c'est aussi ce dont les entreprises locales ont besoin pour être visibles, tout autant que les infrastructures. Au point que le patronat régional est en train de mener une réflexion pour aider à traiter la complexité des projets.

« Une vraie politique commune de production serait plutôt bienvenue, selon Loïc Berthézène.

Il faut être cohérents tous ensemble, il manque une liaison et une politique globale. » Créer des complémentarités et non des concurrences. Le pôle Primi, pôle régional dédié aux industries créatives, et sa nouvelle présidente, Marianne Carpentier, le savent bien. « Il faut travailler avec la Région, les CCI, les French Tech ». C'est ce qui s'appelle une task force.

Ou un alignement des planètes.

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ENCADRE : INTERVIEW

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Trois questions à Sabrina Roubache, productrice, dirigeante de Gurkin Invest Films

Comment le territoire est-il perçu et que faut-il pour qu'il soit véritablement reconnu à l'international ?

Le territoire est clairement identifié comme attractif, ne serait-ce que pour ses techniciens de haut niveau. Mais nous ne pouvons pas rester des challengers. Nous devons créer des outils de standard internationaux, des outils qui ont la vocation à entraîner toute la filière vers le haut. La stratégie doit être la même que celle qui a été appliquée pour les stades, avec un portage public-privé. Le cinéma est une filière d'avenir qui doit être soutenue. Il faut former, travailler avec les universités, mettre en place des formations spécifiques. Le monde aujourd'hui va très vite. Et puis, le prochain marché, c'est l'Afrique. Et qui mieux que Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui est ouverte sur la Méditerranée, pour en être la porte d'entrée ?

Vous avez collaboré avec Netflix via la série "Marseille". Quid du digital ?

L'arrivée des plateformes digitales génère des appels à projets. Nous, petits producteurs, travaillons avec eux. Il y a un état d'esprit qui est en train de se transformer. Lorsque les gros producteurs veulent travailler avec moi, je me dis que quelque chose est en train de changer.

Une stratégie régionale, c'est indispensable ?

L'union fait la force, indiscutablement. Une interpro est en train d'être créée. Nous menons avec les unions patronales et les CCI une réflexion pour une meilleure structuration. Il y a un alignement des états d'esprit.

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